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La Bretagne, un futur refuge climatique ?

Déménager en Bretagne pour éviter de trop subir les ravages du changement climatique, est-ce vraiment une bonne idée ?

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La Bretagne n'est pas à l'abri des effets du changement climatique, qui y cause des problèmes de sécheresse de plus en plus préoccupants. Capture d’écran de Météo France/Martin Cígler/Maëlick, CC BY

Beaucoup d'entre nous ont déjà pensé à déménager pour moins souffrir des conséquences imprévisibles du changement climatique. La région que nous imaginons souvent pour cela est la Bretagne. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Finirons-nous tous par nous installer en Bretagne ? Il y a dix ans, cette question aurait semblé peu probable, mais elle est aujourd'hui une préoccupation sérieuse soulevée par différents médias nationaux et qui commence à préoccuper les gens. En effet, à l'heure où le climat change, la Bretagne, souvent perçue comme un endroit où « il pleut tout le temps » et où « les étés sont mauvais », pourrait devenir un abri possible face à la chaleur qui ne cesse de monter.

En fait, selon un sondage récent, environ un Français sur trois envisage de déménager à cause du changement climatique. La Bretagne est la région la plus populaire pour cela, en plus d'être déjà la plus attractive pour les personnes à la retraite. Mais est-ce vraiment une bonne idée de s'installer en Bretagne pour fuir le changement climatique ?

La situation est plus complexe qu'il n'y paraît. Premièrement, la région n'a pas un climat uniforme, surtout si l'on compare, par exemple, Rennes (Ille-et-Vilaine) et Brest (Finistère). De plus, la Bretagne est loin d'être épargnée par le changement climatique. Elle est particulièrement exposée au risque de sécheresse, ce qui peut compliquer la gestion de l'eau. Ses habitants sont d'ailleurs les Français les plus inquiets face au changement climatique, d'après le même sondage. La seule différence, c'est qu'ils n'ont pas vraiment de solution de déménagement pour les rassurer.

Les différents climats en Bretagne

La Bretagne est généralement considérée comme ayant un climat océanique (étés frais, hivers doux et pluies régulières toute l'année). Cependant, en y regardant de plus près, il existe des différences notables entre l'est et l'ouest de la région. Par exemple, la différence de température moyenne annuelle entre Rennes et Brest n'est que d'un degré, mais les hivers sont plus doux et les étés plus frais à Brest qu'à Rennes. La quantité de pluie est presque deux fois plus importante à Brest (1220 mm) qu'à Rennes (690 mm). Cette différence est encore plus marquée selon les saisons : en hiver, il pleut trois fois plus à Brest qu'à Rennes, tandis qu'en été, l'écart est moins important.

Quantité totale de précipitations et températures moyennes mensuelles à Rennes (Ille-et-Vilaine) et à Brest (Finistère), sur la période 1991-2020. Fourni par l'auteur

Il existe donc plusieurs types de climats en Bretagne, qui ont été représentés sur une carte pour distinguer le littoral nord et sud de la Bretagne, l'est et l'ouest, ainsi que l'intérieur de la région. En général, les côtes bretonnes sont moins touchées par les risques climatiques comme les températures extrêmes (chaud et gel) et les précipitations (sécheresses et fortes pluies). De plus, le sud de la Bretagne est plus chaud et plus sec que le nord.

Une région qui subit le changement climatique

Pourtant, le changement climatique se fait sentir partout en Bretagne, avec une augmentation de la température moyenne annuelle d'environ 0,9 °C à 1,1 °C entre les périodes 1951-1980 et 1991-2020. Bien que cela soit moins important qu'à l'échelle de la France (+1,5 °C), cela reste plus élevé que le réchauffement mondial (+0,7 °C sur les mêmes périodes).

D'ici 2050, la température devrait encore augmenter d'au moins 1 °C, et de 1,5 °C à 3 °C d'ici la fin du siècle. Dans le scénario le plus pessimiste, à la fin du siècle, la température moyenne à Brest pourrait être similaire à la température actuelle de Bordeaux, et celle de Rennes à la température de Marseille. Parallèlement, les quantités de pluie devraient rester à peu près les mêmes sur l'année, avec des précipitations plus concentrées en hiver et moins importantes en été. Les risques et dangers liés au réchauffement climatique sont déjà importants et devraient s'aggraver.

Prenons l'exemple du risque de fortes chaleurs, en examinant les journées où la température dépasse 30 °C, ce qui est un indicateur du changement climatique. Il y a une différence marquée entre l'est et l'ouest concernant ce risque actuel, avec en moyenne 8 jours en Ille-et-Vilaine contre seulement 1 à 2 jours dans le Finistère. D'ici 2050, le nombre moyen de journées très chaudes devrait plus que doubler. À la fin du siècle, les fortes chaleurs seront encore plus fréquentes, affectant en moyenne 20 jours par an dans la région. Ce chiffre variera de moins de 10 jours sur le littoral nord à plus de 30 jours au sud de Rennes (ce qui est comparable à la moyenne de Toulouse).

Dans l'ensemble, seul le littoral nord semble relativement protégé de ce risque de fortes chaleurs, même si celui-ci augmente.

Cartographie du nombre de jours très chaud par an (température maximale supérieure à 30 °C) avec la situation actuelle observée et la situation future projetée dans le scénario pessimiste
Carte montrant le nombre de jours très chauds par an (température maximale supérieure à 30 °C) dans la situation actuelle et dans le scénario pessimiste projeté pour le futur. Fourni par l'auteur

La Bretagne face au problème de l'eau

Le changement climatique affecte également l'intensité et la fréquence des sécheresses. Cela peut sembler surprenant, mais la Bretagne est très vulnérable face à ce risque. En effet, plus de 75 % de l'eau potable provient de sources de surface (rivières, lacs, étangs), alors que ce chiffre n'est que de 36 % pour l'ensemble du pays.

La Bretagne est donc extrêmement dépendante des conditions météorologiques. Si, d'habitude, le climat est plutôt humide avec une bonne répartition des pluies tout au long de l'année, certaines années connaissent de longues périodes sans pluie, entraînant des sécheresses.

Par exemple, en 2022, la région a vécu une sécheresse historique : en août, toute la région était pour la première fois en état de crise sécheresse à cause de très faibles précipitations et de fortes chaleurs. Cela a mis une forte pression sur l'île de Groix (Morbihan), il y a eu des menaces de coupure d'eau à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), ainsi que dans le département des Côtes-d'Armor où la préfecture a signalé un « risque sérieux de rupture de l'approvisionnement en eau potable pour les dernières semaines d'octobre ». La région a finalement été sauvée de la pénurie grâce à des pluies bienvenues en septembre. Cependant, cette situation a révélé la fragilité de la Bretagne face à ces conditions climatiques exceptionnelles.

De plus, une étude récente a montré que ces sécheresses extrêmes vont devenir de plus en plus fréquentes. D'ici 2050, environ un été sur cinq sera au moins aussi chaud et sec que celui de 2022 ; à la fin du siècle, cela représentera un été sur deux. Dans ce contexte, la région risque de faire face à des difficultés croissantes pour accéder à l'eau, alors que la population devrait augmenter d'au moins 250 000 personnes d'ici 2050.

Cette évolution démographique risque donc de rendre le partage d'une ressource de plus en plus précieuse encore plus difficile. L'objectif est donc de garantir l'accès à l'eau dans un avenir climatique plus sec et plus chaud, en particulier autour de Rennes et sur le littoral sud de la Bretagne.

Le risque d'une mauvaise adaptation

Par conséquent, même si s'installer en Bretagne peut sembler une bonne idée face au changement climatique au premier abord, il s'agit plutôt d'une forme de mauvaise adaptation. En effet, une augmentation importante de la population en Bretagne pourrait aggraver les conséquences négatives du changement climatique, notamment le risque de sécheresse, et entraîner une crise de l'eau. La région n'est donc pas un refuge climatique idéal à long terme. Outre les problèmes liés au manque d'eau, la Bretagne doit également faire face à la montée du niveau de la mer, qui affecte directement ses 1 700 kilomètres de côtes.

Enfin, le changement climatique n'est qu'un aspect d'une crise environnementale plus large (pollution, extinction de la biodiversité, acidification des océans...). Par exemple, la Bretagne est en première ligne face à la pollution par les nitrates qui peut nuire à la qualité de l'eau et aux plages à cause des algues vertes.

La crise climatique doit donc être abordée collectivement, d'une part pour en réduire l'intensité en diminuant les émissions de gaz à effet de serre, et d'autre part pour préparer les territoires à faire face aux changements climatiques. Il faut adapter les régions au climat de demain pour qu'elles restent des endroits agréables à vivre, plutôt que de miser sur des migrations vers d'autres régions apparemment moins touchées par le changement climatique.

Louis Amiot a reçu des financements dans le cadre des programmes CLIMATVEG (financé par l'ADEME et les régions Bretagne et Pays de la Loire et piloté par Vegepolys Valley) et FERMADAPT (financé par l'ADEME et les régions Bretagne et Pays de la Loire et piloté par Valorial).

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