
La majorité des personnes âgées au Canada préfèrent passer leur vieillesse dans leur propre maison et dans leur quartier.
Selon un sondage réalisé en 2020, 96 % des Canadiens de 65 ans et plus ont dit qu’ils feraient tout leur possible pour éviter d’aller vivre dans un établissement de soins de longue durée. De plus, une étude de 2024 montre que la plupart des personnes âgées (61 %) veulent rester chez elles jusqu’à la fin de leur vie, mais pas à n’importe quel prix.
Pour pouvoir rester chez soi, il est crucial de vivre dans un endroit qui est à la fois sûr et bien adapté. En fait, la qualité de l'environnement où vit une personne a un impact direct sur sa santé.
Ainsi, plusieurs aspects liés au logement influencent la santé et le bien-être, comme l'indique une étude publiée en 2024 par l’Institut national de santé publique du Québec. Ces aspects incluent des éléments physiques et liés à l'environnement, tels que la qualité de l'air ou la température. Il y a aussi des facteurs sociaux et psychologiques, comme le sentiment de sécurité, ainsi que des aspects pratiques et de confort, comme avoir suffisamment d'espace, un aménagement bien pensé, et pouvoir accéder facilement à son domicile.
Cependant, toute maison a besoin d'être entretenue. Mais que se passe-t-il quand une personne ne peut plus s'occuper de son logement ? Quand déneiger l'entrée devient une tâche trop difficile ? Ou quand il faut nettoyer les gouttières ? Avec l'âge, il peut devenir de plus en plus fatigant de s'occuper de sa maison seul. Certaines tâches peuvent être compliquées à faire à cause d'un manque d'énergie ou parce que les capacités physiques ont diminué.
Notre équipe de recherche, en collaboration avec l'organisation Développement social Lanaudière, mène un projet pour mieux comprendre ce dont les personnes âgées ont besoin en matière de petits travaux. Nous cherchons aussi à identifier ce qui empêche la mise en place de tels services à grande échelle au Québec. Notre objectif est de créer un modèle de service qui prend en compte les différentes situations géographiques du Québec, qu'il s'agisse de zones rurales, semi-urbaines ou urbaines.
Cet article fait partie de notre série « La Révolution grise ». La Conversation vous invite à examiner de près comment le vieillissement de la grande génération des baby-boomers affecte notre société. Ils transforment tout depuis leur naissance. Nous allons explorer avec vous les changements qui se produisent et ceux à venir concernant la façon de se loger, de travailler, de profiter de la culture, de manger, de voyager, de se soigner et de vivre.
Les services de petits travaux : un aspect négligé du maintien à domicile
Les services de petits travaux désignent tout le soutien et l'aide apportés pour des tâches d'entretien, de réparation, d'installation et de rangement qui demandent un peu de force ou une énergie constante.
Les petits travaux incluent des tâches qui se font en hauteur, qui demandent de la souplesse ou de la force, qui nécessitent des connaissances spécifiques et des compétences manuelles, mais qui ne sont pas couvertes par les métiers réglementés. Des services pourraient aider les personnes qui en ont besoin, y compris les aînés, à entretenir leur domicile et à en garantir la propreté et la sécurité.
Même si les besoins en services de petits travaux devraient augmenter en même temps que la population vieillit, il est surprenant de constater qu'au Québec, ces services n'ont pas été organisés de manière structurée et ne sont pas disponibles dans toutes les régions.
Actuellement, les quelques initiatives locales de petits travaux qui existent sont surtout créées par des organisations du secteur communautaire ou privé (comme des coopératives ou des entreprises d'économie sociale d'aide à domicile). Elles servent un petit nombre de personnes âgées, sans une couverture étendue.
Des milliers de personnes sont déjà abonnées à l'infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands sujets d'aujourd'hui.
Les quelques initiatives existantes ne suffisent pas à répondre aux besoins de la population vieillissante actuelle, et encore moins à ceux des années à venir. Le gouvernement n'inclut toujours pas les petits travaux dans les services d'aide à domicile proposés.
Il n'a pas non plus amélioré le Programme d'exonération financière pour les services d'aide domestique (PEFSAD). Pourtant, ce programme pourrait offrir des réductions de coûts pour les services privés aux aînés, en fonction de leurs revenus.
Quatre difficultés rencontrées par les aînés
Il devient essentiel de réfléchir aux conditions nécessaires pour développer un modèle de services de petits travaux disponibles à grande échelle au Québec et qui favorise le maintien à domicile des personnes âgées.
Le projet de recherche que nous menons a déjà permis de créer des espaces où les personnes âgées peuvent exprimer elles-mêmes leurs difficultés et leurs besoins concernant les services de petits travaux.
Ce qui ressort, c'est qu'elles doivent chercher très longtemps un fournisseur de services quand elles ont besoin de réparations ou d'entretien à domicile. Elles aimeraient donc un service facile à trouver.
Ensuite, elles ont du mal à trouver des personnes de confiance pour effectuer les travaux et entrer chez elles, dans leur espace privé. Elles souhaitent donc un service fourni par une organisation fiable (un CLSC ou une entreprise d'économie sociale de leur région), qui a les moyens financiers de garder des employés qualifiés, fiables et stables.
Enfin, il leur est difficile de comprendre comment fonctionnent les remboursements pour les services de petits travaux. Il existe bien des programmes gouvernementaux pour payer une partie des frais liés à ces services, mais ces programmes sont peu connus, ne couvrent qu'une partie des coûts et sont difficiles d'accès. Elles aimeraient donc avoir des processus de remboursement ou de couverture simples, accessibles et suffisants.
Le soutien à domicile doit aller plus loin que les soins de santé
Un service de petits travaux qui est accessible, constant, de proximité et bien financé semble être une bonne piste à explorer. Il n'est pas encore clair qui devrait être responsable de ce service. Devrait-il être offert par le secteur de la santé et des services sociaux ? Le gouvernement devrait-il améliorer le Programme d'exonération financière pour mieux couvrir ces services, afin que les entreprises d'économie sociale d'aide à domicile puissent les offrir à grande échelle de manière rentable ? Tout cela reste à décider.
Ce qui est certain, c'est que rester chez soi en vieillissant ne devrait pas être uniquement la responsabilité des personnes âgées, mais aussi celle des gouvernements et des organisations qui pourraient et devraient mieux les soutenir. Pour cela, il faut avoir une vision globale des facteurs qui influencent la santé.
Nous ne pouvons pas limiter le soutien à domicile aux seuls aspects médicaux et aux soins. Nous devons mettre en place des services pour que le maintien à domicile se fasse dans des logements sûrs et agréables pour ceux qui y vivent.
Marie-Michèle Lord a reçu des financements des Fonds de recherche du Québec