Culture
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Réseaux sociaux : une hyper-conscience de soi qui amplifie le mal-être des jeunes ?

Sur les réseaux sociaux, les jeunes apprennent, jour après jour, à se scruter, à se diagnostiquer, mais, surtout, à se comparer. Une hyper-conscience de soi, source d’angoisse.

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Sur les réseaux sociaux, les jeunes sont constamment confrontés au jugement des autres. cottonbro studio / Pexels, CC BY

Troubles alimentaires, genre, image corporelle, identité… Sur les réseaux, chaque sujet intime devient un débat public. Ces discussions peuvent sensibiliser, mais aussi créer une auto‑surveillance constante et de la détresse.


Les indicateurs de santé mentale des jeunes déclinent : près d'un jeune sur cinq souffre d'un trouble mental. Dans le même temps, les 15‑24 ans passent plus de trois heures et demie par jour sur les réseaux sociaux.

Cette génération est exposée en permanence à des discussions sur la santé mentale, l'image du corps, l'identité et la performance. Cette exposition modifie la perception de leurs émotions et de ce qui est considéré comme « normal ».

Des plateformes de comparaison

Sur les réseaux, chaque sujet privé – identité sexuelle, TDAH, haut potentiel, troubles alimentaires, stress – devient public. Ces échanges bien intentionnés peuvent engendrer une hyper‑vigilance. Les jeunes apprennent à se diagnostiquer et à se comparer, et chaque écart devient inquiétant.

Selon Sonia Lupien, ce n'est pas tant que les jeunes sont plus stressés biologiquement, mais qu'ils ont appris à redouter le stress, ce qui amplifie les sensations.

Nos recherches montrent que les réseaux servent de caisse de résonance à la détresse, renforçant l'idée qu'il faut toujours être calme et productif.

Intérioriser les normes

Selon la théorie de l'apprentissage social, on apprend en observant les autres. Les influenceurs fitness, par exemple, valorisent la discipline et la performance, encourageant l'auto‑surveillance. Les jeunes intègrent ces normes et se jugent à travers elles.

Retrouver la nuance

Les réseaux deviennent des outils d'auto‑surveillance : exprimer sa détresse devient un signe d'acceptation sociale. Nos études montrent une peur de l'imperfection et de ne pas correspondre aux normes en ligne. Plutôt que d'éliminer toute détresse, il faut accepter la peur, le doute et l'imperfection ; la santé mentale consiste à vivre avec.

L'apprentissage de la nuance et la dépathologisation des expériences ordinaires permettent aux jeunes de vivre avec eux‑mêmes au lieu de lutter contre eux‑mêmes.

Caroline Rouen‑Mallet, Pascale Ezan et Stéphane Mallet ont reçu des financements de l'Agence nationale de la recherche pour les projets ALIMNUM et MEALS.

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