L'Union européenne a longtemps été influente dans le monde grâce à son succès économique. Cependant, les limites de sa compétitivité sont maintenant visibles, montrant la faiblesse de son modèle face aux nouvelles puissances qui s'affrontent.
Le commerce international est un moteur important pour la croissance et pour aider les gens à sortir de la pauvreté, non seulement en théorie mais aussi dans la réalité. Aucun pays n'a jamais réussi à prospérer sur le long terme sans s'ouvrir au commerce et aux investissements. Après la signature de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (Gatt) en 1947, les échanges commerciaux mondiaux ont été multipliés par 43 depuis 1950, et leur valeur a augmenté de 382 fois depuis cette année-là.
Aujourd'hui, parmi les grands groupes économiques, l'Union européenne joue un rôle central. Elle représente 14 % du commerce mondial et est la troisième puissance économique du monde. Pendant que les États-Unis dirigent l'accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), les pays d'Asie renforcent leurs liens grâce au Partenariat économique régional global (RCEP) et à l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP). L'UE reste donc un élément clé pour la stabilité, l'influence des règles et une croissance durable dans un monde commercial de plus en plus divisé en plusieurs pôles. Néanmoins, cette position forte cache des problèmes structurels qui deviennent de plus en plus inquiétants.
Quand l'Est progresse, l'Ouest ralentit
Entre 2011 et 2024, le Produit Intérieur Brut (PIB) de l'UE est passé d'environ 13 000 milliards d'euros à près de 18 000 milliards d'euros. Après une forte baisse en 2020 à cause de la pandémie de Covid-19, l'économie européenne s'est rapidement rétablie et a retrouvé, puis dépassé, son niveau d'avant la crise dès 2021. Cependant, la croissance a ralenti depuis, surtout en Europe occidentale, alors que les petits progrès de l'UE viennent principalement du rattrapage des pays d'Europe de l'Est.
En 2026, on s'attend à ce que la croissance moyenne du PIB dans l'UE atteigne 1,5 %, mais les pays d'Europe de l'Est montrent des résultats bien meilleurs. La Lituanie (3,1 %), la Pologne (3,0 %), la Croatie (2,9 %), la Hongrie (2,5 %), la Slovénie (2,4 %) et la Roumanie (2,2 %) font partie des pays les plus dynamiques, aidant ainsi la croissance générale de l'UE. Au contraire, les grandes économies d'Europe occidentale comme la France (1,3 %), l'Allemagne (1,1 %), la Belgique (0,9 %) et l'Italie (0,9 %) se classent plus bas, ce qui confirme la différence continue entre l'Est qui se développe et l'Ouest qui stagne.
La croissance reste globalement lente, ce qui montre des difficultés structurelles comme une faible productivité, un retard dans l'innovation et une perte de compétitivité face aux autres grandes économies mondiales. L'Europe a toujours du mal à créer des entreprises technologiques importantes reconnues dans le monde entier.
Les études montrent que l'innovation et, de manière plus spécifique aujourd'hui, l'intelligence artificielle, stimulent fortement la croissance du PIB en améliorant la productivité et en aidant à la création de nouveaux secteurs économiques.
En 2024, le classement mondial de l'innovation révèle une avance claire des pays qui ne font pas partie de l'UE. La Suisse (67,5), les États-Unis (62,4) et Singapour (61,2) sont en tête du classement en termes d'Indice mondial de l'innovation (Global Innovation Index, créé par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), suivis par le Royaume-Uni (61,0) et la Corée du Sud (60,9). Du côté européen, la Suède (64,5) reste la première de l'Union, suivie par la Finlande (59,4), les Pays-Bas (58,8) et l'Allemagne (58,1), qui maintiennent de bons résultats en recherche et innovation. Cependant, aucun pays de l'UE ne se trouve parmi les tout premiers au niveau mondial, ce qui confirme le retard de l'Europe dans la transformation technologique par rapport aux leaders mondiaux de l'innovation.
L'innovation est la base de la croissance du PIB à long terme, mais cela n'est possible que si les économies réussissent à transformer les connaissances en produits vendables. Les pays qui combinent des systèmes de recherche performants avec des environnements économiques dynamiques (comme la Suisse ou les États-Unis) obtiennent à la fois des niveaux d'innovation élevés et une croissance du PIB stable. Par contre, ceux qui innovent sans réussir à produire ou commercialiser ces innovations à grande échelle risquent de stagner malgré leur excellence scientifique.
Un budget européen largement insuffisant pour couvrir les besoins d'investissement
Certains pays membres de l'UE n'ont pas respecté le Pacte de stabilité et de croissance, affichant des déficits et des dettes publiques élevés, ce qui réduit la capacité de l'Europe à financer ses nouvelles priorités. La Grèce (158,2 % du PIB), l'Italie (136,3 %) et la France (113,8 %) ont les niveaux d'endettement les plus élevés, tandis que l'Allemagne (62,4 %), la Pologne (53,5 %) et les Pays-Bas (42,2 %) sont plus modérés, montrant ainsi une différence claire entre le nord et le sud en matière de gestion budgétaire.
Le budget de l'UE, qui est limité malgré l'augmentation de ses responsabilités et de ses membres, empêche toute action vraiment efficace. Comme les gouvernements nationaux sont les principaux contributeurs, la solidarité européenne et les investissements à long terme dans des domaines importants comme la recherche, l'énergie et la défense sont limités.
Par exemple, le programme NextGenerationEU (2020–2027) utilise la majorité de ses fonds pour le Mécanisme pour la reprise et la résilience, avec 385,8 milliards d'euros en prêts et 338 milliards d'euros en subventions. Ce programme est devenu le principal moyen pour l'Union de soutenir la reprise après la pandémie et les réformes structurelles. Les autres programmes reçoivent des sommes beaucoup plus petites : React-EU (50,6 milliards d'euros) aide à la reprise régionale, le Fonds pour une transition juste (10,9 milliards d'euros) soutient l'abandon des énergies fossiles, tandis que le Fonds de développement rural (8,1 milliards d'euros), InvestEU (6,1 milliards d'euros) et Horizon Europe (5,4 milliards d'euros) encouragent l'innovation, l'investissement et la durabilité. Enfin, RescEU (2 milliards d'euros) améliore la capacité de l'Europe à réagir aux crises.
On peut constater que, bien que l'UE continue de privilégier la relance économique, les fonds réellement dédiés à l'innovation et à la transformation structurelle restent faibles. Certes, des programmes comme Horizon Europe, InvestEU ou certaines parties du mécanisme pour la reprise et la résilience soutiennent la recherche, la numérisation et les technologies vertes – des éléments essentiels pour la compétitivité – mais les sommes allouées sont bien loin de ce qui est nécessaire.
Cette insuffisance budgétaire est confirmée par la proposition de la Commission européenne d'augmenter le budget de l'UE pour 2028-2034 de 1,1 % à seulement 1,26 % du revenu national brut. Cette augmentation est considérée comme insuffisante compte tenu du manque d'investissement estimé entre 4 et 5 % du PIB par le rapport Draghi (2024). L'augmentation proposée de 0,15 % semble d'autant plus dérisoire que la majorité des fonds sera utilisée pour rembourser la dette contractée après la pandémie, laissant peu de ressources pour renforcer les capacités d'innovation et de compétitivité de l'Europe.
Les déséquilibres économiques et démographiques de l’UE
Les faiblesses économiques de l'UE proviennent de l'augmentation des inégalités, du ralentissement de la convergence entre les États membres et de déséquilibres structurels persistants. Les changements technologiques rapides et l'automatisation augmentent l'incertitude concernant la productivité et l'emploi, tandis que le vieillissement de la population met sous pression les systèmes de retraite et les finances publiques.
Le fait que l'UE dépende de technologies, de systèmes de paiement et de sources d'énergie étrangères la rend plus vulnérable aux événements imprévus et affaiblit sa souveraineté économique. Tous ces éléments combinés montrent une structure économique assez fragile, qui a besoin d'une plus grande intégration, d'investissements stratégiques et de réformes structurelles pour assurer une croissance durable et une stabilité à long terme.
De l'économie à la géopolitique : l'Europe face aux puissances mondiales
Aujourd'hui, la véritable source de pouvoir n'est plus seulement militaire ou politique, mais surtout économique. La capacité d'un acteur international à influencer le système mondial dépend de sa force de production, de son innovation et de sa capacité à créer de la richesse sur la durée.
Dans ce contexte, si l'UE, en tant que bloc, ne parvient pas à renforcer sa base industrielle, à investir dans la recherche et à stimuler la croissance, elle risque de perdre progressivement son influence géopolitique. La puissance économique détermine désormais la souveraineté stratégique : sans une économie compétitive, il devient difficile de peser dans les négociations internationales, de financer la défense commune, la transition écologique ou encore la transformation numérique.
Renforcer la puissance économique du continent – par des politiques d'investissement coordonnées, une union des marchés financiers et une stratégie industrielle ambitieuse – est donc essentiel pour maintenir sa stabilité, sa souveraineté et son rôle dans l'équilibre géopolitique mondial. Si ces vulnérabilités persistent, l'Europe pourrait devenir un territoire sous influence extérieure plutôt qu'un acteur qui exerce sa propre influence…
Kambiz Zare ne travaille pas, ne donne pas de conseils, ne détient pas d'actions et ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article. Il n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.