
Le monde du conseil évolue : moins de travail d'exécution, plus de prise de décision et de pilotage du changement. Pour preuve, les cabinets et leurs compétences s'adaptent rapidement.
Il y a seulement quelques mois, nous parlions de trois étapes pour adopter l'IA : d'abord pour améliorer la productivité, ensuite pour atteindre un tournant décisif, et enfin pour remplacer certaines fonctions.
Les grandes entreprises de conseil viennent juste de dépasser cette étape importante.
McKinsey a commencé à utiliser 12 000 intelligences artificielles pour aider ses 40 000 employés. En même temps, l'entreprise est passée de 45 000 à 40 000 employés. Accenture a supprimé 12 000 postes en trois mois, car ces personnes étaient jugées "incapables de s'adapter à l'IA" selon la direction. Le Boston Consulting Group dit que 20 % de ses revenus viennent maintenant de l'IA, et ils espèrent atteindre 40 % d'ici 2026.
Le métier de consultant n'est pas terminé. Il se réinvente, et cela va vite.
L'automatisation remplace les tâches d'analyse
Aujourd'hui, l'intelligence artificielle fait ce que faisaient les consultants débutants : elle résume des informations, crée des présentations, et cherche des données.
Plus de 75 % des employés de McKinsey utilisent Lilli, leur programme d'IA interne. Cet outil traite plus de 500 000 demandes chaque mois et permet de gagner environ 30 % du temps passé à chercher et à résumer des informations.
Cette évolution correspond exactement au scénario que nous avions prévu.
Une étude de Stanford (2023) a interrogé 5 000 personnes travaillant dans le service client. Elle montre que l'IA améliore la productivité de 14 % en moyenne. L'impact est très fort pour les nouveaux employés (+35 %) et moins important pour les personnes les plus expérimentées. L'IA aide à compenser le manque d'expérience des débutants.
Les chiffres sont clairs. Accenture a formé 550 000 employés à l'IA générative. Le nombre de ses spécialistes en données et en IA est passé de 40 000 à 77 000 en seulement deux ans.
La vraie valeur se trouve maintenant dans la décision humaine
Cependant, le métier de consultant n'est pas en train de disparaître. Il est en train de se transformer.
« Avons-nous besoin de beaucoup d'analystes qui créent des présentations PowerPoint ? Non, la technologie peut faire cela », explique Kate Smaje, responsable mondiale de la technologie chez McKinsey.
L'IA résume et analyse les données. L'humain analyse et prend des décisions. Ce changement dans la répartition de la valeur se voit aussi dans les résultats financiers.
Boston Consulting Group (BCG) a généré 2,7 milliards de dollars de revenus liés à l'IA en 2024, sur un total de 13,5 milliards. Suite à cela, le cabinet a créé BCG X, une nouvelle branche avec plus de 3 000 spécialistes dédiée à l'intégration de l'IA.
Ce que l'IA ne peut pas faire, c'est évaluer les différentes options en tenant compte de la culture de l'entreprise, prévoir les réactions des gens, ou adapter une solution aux rapports de pouvoir au sein des organisations.
La machine traite les données. Le consultant organise la prise de décision.
Préparez-vous maintenant ou restez sur le quai
Le temps pour s'adapter devient de plus en plus court.
Une nouvelle étude de Stanford (août 2025) confirme que les emplois pour débutants sont les plus affectés par l'IA, avec une diminution moyenne de 16 % depuis fin 2022. Les secteurs les plus touchés sont le développement de logiciels, les fonctions administratives et commerciales, et maintenant le conseil.
Accenture l'admet ouvertement.
« Nous nous séparons, très rapidement, de personnes dont nous pensons qu'elles ne pourront pas acquérir les compétences dont nous avons besoin », dit Julie Sweet, la PDG du groupe.
Le message est dur, mais très clair. L'adaptation à l'IA n'est plus une option, c'est une réalité qui s'impose.
Cette évolution correspond au schéma du « point d'inflexion » que nous avions décrit début 2025. D'abord, l'IA augmente la productivité. Ensuite, elle atteint un niveau où elle remplace certaines tâches. Finalement, elle remplace progressivement les humains pour un nombre de plus en plus grand de fonctions.
Le conseil vient de franchir cette étape décisive. Les cabinets qui réussissent cette transition combinent une formation intensive et des réorganisations nécessaires. McKinsey forme plus de 70 % de ses employés à l'utilisation de Lilli. BCG a établi des coopérations importantes avec neuf grandes entreprises d'IA, dont Anthropic, Microsoft et OpenAI. Accenture a multiplié par trois ses revenus liés à l'IA en 2025.
Quelle est la différence entre ceux qui suivent cette évolution et ceux qui restent à la traîne ? C'est la capacité à déplacer la valeur de l'exécution vers la décision, de la production vers la synthèse, et de l'analyse vers le jugement basé sur le contexte.
Un "modèle" pour tous les métiers intellectuels
La transformation du conseil annonce celle de nombreux autres métiers intellectuels. Toutes les professions qui impliquent de recueillir, traiter et présenter des informations organisées sont concernées : la traduction, la comptabilité, la recherche juridique, les études de marché, l'enseignement. L'IA affecte tous les employés de bureau (les "cols blancs").
Une étude de l'Université de Stanford (juillet 2025) estime que l'IA pourrait accélérer près de la moitié des tâches dans les 100 métiers les plus courants. Les gains potentiels pourraient représenter 12 % du PIB. Cependant, ces gains dépendent beaucoup de la formation, des politiques de soutien et de la rapidité d'adaptation.
Le conseil montre la voie à suivre. Les cabinets qui intègrent l'IA à grande échelle tout en valorisant l'expertise humaine réussissent le mieux. McKinsey déclare que 40 % de ses revenus sont liés à l'IA. BCG vise le même pourcentage d'ici 2026. Mais cette croissance s'accompagne de réorganisations qui excluent ceux qui ne peuvent pas suivre le rythme.
La leçon est double
L'IA ne remplace pas le conseil : elle le réinvente en se concentrant sur sa véritable valeur, c'est-à-dire la capacité humaine à synthétiser, décider et accompagner le changement dans des environnements organisationnels de plus en plus complexes.
Mais cette réinvention demande une adaptation rapide. Ceux qui utilisent l'IA pour améliorer leur jugement conservent leur avantage. Les autres deviennent "remplaçables".
Le point décisif est passé. La question n'est plus de savoir si l'IA va changer votre métier, mais quand vous déciderez de changer avec elle.
Laurent Flores ne travaille pas, ne donne pas de conseils, ne possède pas d'actions, et ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article. Il n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.