Grâce à la popularité de Yuka ou d'Open Food Facts, les applications qui scannent les aliments connaissent un grand succès. Une étude récente a examiné les raisons de l'engouement pour ces outils numériques. Ces derniers fournissent des informations sur la nutrition qui sont considérées comme plus indépendantes que celles que l'on trouve sur les emballages, qu'elles proviennent des autorités publiques (comme le Nutri-Score) ou des marques elles-mêmes.
Le public fait de moins en moins confiance aux gouvernements et aux grandes entreprises agroalimentaires, et le succès impressionnant des applications de scan alimentaire en est une preuve. Ces outils numériques, comme Yuka ou Open Food Facts, proposent une alternative aux informations nutritionnelles officielles. Ils évaluent les produits en utilisant des données partagées par de nombreuses personnes, ce qui les rend plus indépendants que les systèmes officiels.
Pour montrer à quel point ces applications sont populaires, on a appris à l'automne 2025 que l'application Yuka (créée en France en 2017, comme indiqué ici) est maintenant aussi très utilisée aux États-Unis. Robert Francis Kennedy Jr., qui était le ministre de la santé sous l'administration Trump, aurait déclaré être un utilisateur de cette application.
Une recherche sur les sources d'informations nutritionnelles
À une époque où les gens se méfient de plus en plus, l'origine de l'information semble très importante. C'est ce que notre étude, publiée dans le magazine Psychology & Marketing, vient confirmer. Dans une première partie de notre recherche, nous avons interrogé 86 personnes sur leur utilisation des applications de scan alimentaire, ce qui nous a permis de confirmer l'intérêt marqué pour l'application Yuka.
Ensuite, nous avons analysé le contenu de plus de 16 000 commentaires en ligne concernant spécifiquement Yuka. Enfin, nous avons mesuré l'impact de deux types d'informations nutritionnelles : celles qui sont affichées sur le devant des emballages (comme le Nutri-Score) et celles obtenues grâce à une application de scan alimentaire comme Yuka.
Les résultats de notre enquête montrent que 77 % des participants associent les labels nutritionnels officiels (tels que le Nutri-Score) aux grandes entreprises de l'industrie alimentaire. En revanche, seulement 27 % pensent que les applications de scan proviennent de ces mêmes grandes entreprises.
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Il est important de noter que cette perception peut être différente de la réalité. Par exemple, le Nutri-Score n'est pas directement lié aux marques de supermarchés. Il a été créé par le ministère français de la santé, qui s'est basé sur les travaux d'une équipe de recherche publique, ainsi que sur l'expertise de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et du Haut Conseil de la santé publique (HCSP).
Qu'est-ce que le Nutri-Score exactement ?
- Le Nutri-Score est un logo que les fabricants peuvent choisir d'apposer sur leurs produits alimentaires. Il a pour but d'informer le consommateur sur la qualité nutritionnelle du produit.
- L'évaluation est présentée sous forme d'une échelle de cinq couleurs, allant du vert foncé au orange foncé. Chaque couleur correspond à une lettre, de A à E.
- La note est déterminée en prenant en compte les nutriments et les aliments qu'il est conseillé de privilégier dans un produit pour leurs bienfaits nutritionnels (comme les fibres, les protéines, les fruits, les légumes et les légumes secs). Elle prend aussi en compte ceux qu'il faut limiter (tels que l'énergie, les graisses saturées, les sucres, le sel et les édulcorants dans les boissons).
De son côté, la base de données Open Food Facts (a été créée en France en 2012, comme indiqué ici) est présentée comme un projet où tout le monde peut participer, géré par une association à but non lucratif. Quant à l'application Yuka, elle a été développée par une jeune entreprise innovante (une start-up).
Des applications nutritionnelles vues comme plus indépendantes
Ces applications sont perçues comme étant liées à des organisations plus petites, ce qui les rend plus indépendantes aux yeux du public. Cette différence de perception concernant l'origine de l'information crée un écart de confiance important entre les deux types de systèmes. Les consommateurs les plus méfiants préfèrent se fier à une application indépendante plutôt qu'à une étiquette proposée par l'industrie ou par le gouvernement (comme le Nutri-Score), donnant ainsi un avantage de confiance aux applications.
Ce phénomène, qui ressemble à une histoire de « David contre Goliath », montre comment la méfiance envers les autorités publiques et les grandes entreprises contribue au succès des solutions qui paraissent plus neutres. Plus largement, dans une époque où les rumeurs et les informations fausses circulent facilement, beaucoup de gens préfèrent la transparence qu'ils perçoivent dans une application créée par les citoyens plutôt que les messages officiels.
Une dimension participative et un aspect « militant »
Au-delà de la confiance, l'attrait des applications de scan réside aussi dans l'empowerment, c'est-à-dire le sentiment d'autonomie, qu'elles donnent aux utilisateurs. L'empowerment du consommateur se traduit par une impression de mieux contrôler sa vie, une meilleure compréhension de son environnement et une participation plus active aux décisions. En scannant un produit pour obtenir une évaluation rapide, le citoyen reprend le contrôle de son alimentation au lieu de simplement accepter passivement les informations fournies par le fabricant.
Cette dimension participative a même un aspect qui peut être considéré comme militant : Yuka, par exemple, est souvent présentée comme l'outil du « petit consommateur » face au « géant agro-industriel ». De cette manière, les applications de scan aident à donner plus de pouvoir aux consommateurs, qui peuvent ainsi remettre en question les messages publicitaires et demander des explications sur la qualité des produits.
Des questions sur la gestion des algorithmes
Cependant, cet empowerment soulève de nouvelles interrogations concernant la manière dont les algorithmes sont gérés. En effet, le pouvoir d'évaluer les produits passe des acteurs traditionnels à ces plateformes et à leurs algorithmes. Qui décide des critères pour le score nutritionnel ? Quelle est la transparence concernant la méthode de calcul ? Ces applications accumulent un pouvoir d'information croissant : elles peuvent, avec un simple score, influencer l'image d'une marque, surtout celles qui ont une faible notoriété et qui ne peuvent pas se défendre contre une mauvaise note nutritionnelle.
Il devient donc crucial de garantir la sécurité et la fiabilité des informations qu'elles diffusent. Alors que le public accorde de plus en plus sa confiance à ces nouveaux outils, il est important de s'assurer que leurs algorithmes restent fiables, justes et responsables. Sinon, l'espoir d'une consommation plus éclairée pourrait être déçu par un pouvoir technologique excessif et non contrôlé.
Par exemple, l'algorithme utilisé par le Nutri-Score est révisé régulièrement en fonction des nouvelles connaissances scientifiques sur l'impact de certains nutriments sur la santé, et ce, en toute transparence. En mars 2025, une nouvelle version de cet algorithme Nutri-Score est ainsi entrée en vigueur.
L'augmentation de l'utilisation des applications de scan alimentaire montre une perte de confiance envers les institutions, mais aussi un désir d'avoir des informations plus claires et plus participatives. Loin d'être de simples gadgets, ces applications peuvent être un complément utile aux politiques de santé publique (et ne doivent pas les remplacer !) pour rétablir la confiance avec le consommateur.
En redonnant du pouvoir aux citoyens tout en contrôlant rigoureusement la fiabilité des algorithmes, il est possible de combiner les avancées technologiques et l'intérêt général. Réussir à concilier des informations indépendantes et une gestion responsable sera essentiel pour que, dans le futur, la confiance et les choix éclairés aillent de pair.
Marie-Eve Laporte a reçu des financements de l'Agence nationale de la recherche (ANR).
Béatrice Parguel, Camille Cornudet, Fabienne Berger-Remy et Jean-Loup Richet ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas d'actions, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'ont déclaré aucune autre appartenance que leur poste universitaire.