
Le genre du « slasher », apparu dans les années 1970, est une catégorie de films d'horreur qui suit des règles très précises et bien établies. Bien que le réalisateur Wes Craven ne soit pas l'inventeur de ce genre, il a grandement contribué à son développement avec plusieurs films. Parmi les plus mémorables, on peut citer « Les Griffes de la nuit » (1984), qui a introduit le personnage de Freddy Krueger, et « Scream » (1996), qui a donné naissance à la nouvelle vague de films « néo-slashers ».
Le slasher est caractérisé par plusieurs éléments récurrents, tant au niveau des personnages que de l'intrigue. Il raconte généralement l'histoire d'un groupe d'adolescents qui ont commis une faute, ou dont les parents en sont responsables. Un tueur, qui porte toujours un masque et utilise la même arme blanche, les poursuit et les tue un par un. Ces meurtres violents sont souvent liés à des transgressions commises par les adolescents, comme la consommation de drogues, d'alcool ou des relations sexuelles.
L'héroïne du film, qui est toujours une femme n'ayant commis aucune faute, finit par affronter le tueur dans un ultime combat et parvient à le vaincre. Il s'agit de la célèbre « final girl ». Le tueur, une fois vaincu, laisse souvent entendre qu'il pourrait revenir, soit par une dernière phrase, une surprise ou même une remarque humoristique. Par exemple, à la fin du film « La Fiancée de Chucky » (1998), le quatrième volet de la saga, la poupée tueuse dit avec lassitude à celle qui la menace avec une arme : « Vas-y tue moi, je reviens toujours… C’est juste que c’est chiant de mourir. »
Les débuts d'un sous-genre du film d'horreur
Le premier film qui a vraiment établi tous les codes du slasher est « Halloween, la nuit des masques » (1978), réalisé par John Carpenter. La célèbre scène de la douche dans le film « Psychose » (1960) peut être considérée comme une source d'inspiration : tous les éléments du slasher y sont déjà présents (une victime féminine poignardée à plusieurs reprises par un assaillant sans visage). Une autre influence majeure pour le slasher vient du cinéma « giallo » italien, et en particulier du film « La Baie sanglante » (1971) de Mario Bava, qui contient déjà certains de ces codes, comme les morts violentes et la présence de la sexualité.
Bien que Wes Craven n'ait officiellement rejoint ce genre qu'en 1984, son tout premier film, que certains considèrent comme un « proto-slasher », est « La Dernière Maison sur la gauche » (1972). Ce film, lui-même un remake du film moins connu de Ingmar Bergman, « Jungfrukällan » (« La Source ») (1960), a posé les bases de certains aspects du genre, notamment la violence intense, le lien entre le meurtre et la transgression sexuelle, ainsi que l'idée d'une héroïne féminine plus forte que ses agresseurs.
En 1984, Wes Craven sort le film « Les Griffes de la nuit ». Ce film respecte scrupuleusement tous les codes du genre, mais il les détourne aussi pour mieux les accentuer. Par exemple, le tueur, Freddy Krueger, utilise une arme inhabituelle : un gant en métal équipé de lames de rasoir. De plus, il ne porte pas de masque, mais son visage est sévèrement brûlé. La sexualité est présente chez toutes les victimes, mais aussi dans les dialogues de Freddy et dans son passé de tueur pédophile. La vengeance des habitants du quartier est d'ailleurs la faute originelle que les enfants doivent payer.
Quelque chose ne va pas dans le monde du « slasher »
Dans « Scream » (1996) et dans « Les Griffes de la nuit », on retrouve l'idée d'un secret familial dont les conséquences retombent sur les enfants. Derrière l'apparence paisible d'Elm Street se cachent des meurtriers qui ont brûlé vif un homme et qui dissimulent ce crime à leurs enfants, même après les premiers meurtres dans le quartier. Dans « Scream », l'histoire est plus directe : les mœurs légères d'une mère assassinée et le déni de sa fille face à ces transgressions entraînent l'apparition du tueur.
On constate dans ces deux cas l'idée d'une société qui semble parfaite en surface mais qui est en réalité corrompue, ce qui rappelle la critique du mode de vie américain déjà présente chez Stephen King, par exemple. Derrière une façade de puritanisme, se cachent des crimes que l'on cache à nos enfants.
Ce thème, qui revient souvent dans le cinéma américain (et qui, dans un registre comique, est le sujet de « Retour vers le futur », où un adolescent élevé par une mère stricte voyage dans le passé pour découvrir qu'elle était très libérée à son époque), est un élément clé des films d'horreur américains, et encore plus dans le slasher.
Cette vision politique du slasher est complétée par une autre interprétation, plus générale et psychanalytique. Au-delà du problème de l'hypocrisie parentale, il s'agit de la question du refoulement de la sexualité dans les sociétés issues des trois grandes religions monothéistes. Si la sexualité, en tant qu'elle modifie le corps, peut être vue universellement comme une source d'anxiété, elle ne devient un problème moral que lorsqu'elle est associée à l'idée d'interdit.
Le tueur masqué et sans visage est plus facilement identifiable par son arme que par son visage. Or, l'arme blanche qu'il utilise et qui le caractérise n'est-elle pas une métaphore phallique ? Le tueur sans visage devient alors une allégorie du sexe, masculin et intrusif, en opposition à la figure de la jeune femme vertueuse. L'angoisse du spectateur face à cet antagoniste peut alors être comprise comme la manifestation d'une angoisse adolescente, celle de l'entrée dans la sexualité.
Un genre féministe ou conservateur ?
Entre la figure forte de la « final girl » et les transgressions sexuelles qui déclenchent les meurtres, on se pose la question récurrente du message véhiculé par les slashers. En raison de sa nature ambiguë, il est difficile de dire si le slasher est féministe ou conservateur. En nous mettant souvent à la place du tueur, nous nous retrouvons dans la position de celui qui punit, adoptant ainsi une morale conservatrice. Cependant, on y découvre aussi que la société présentée comme vertueuse aux autres personnages est le plus souvent corrompue par le secret et le mensonge.
L'héroïne adolescente du film se retrouve ainsi prise entre deux mondes d'adultes peu attrayants, ce qui nous rappelle une autre figure culte du cinéma adolescent, dans un genre complètement différent : « Pauline à la plage » (1983) d'Éric Rohmer. Dans ce film, les faux-semblants des adultes discréditent ces derniers et font comprendre à Pauline qu'elle devra trouver sa propre voie, loin des modèles et des normes établies. On pourrait dire que c'est une « final girl » à la française…
Maxime Parola ne travaille pas pour, ne conseille aucune, ne détient aucune part dans, ne reçoit aucun financement d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.