Sur nos routes, les échanges entre les différentes personnes qui les utilisent causent souvent des problèmes, et les plus fréquents sont ceux entre les automobilistes et les cyclistes.
Par exemple, beaucoup de conducteurs de voitures sont agacés de voir des vélos passer à une intersection sans s'arrêter complètement, alors qu'eux-mêmes sont obligés de le faire.
Pour beaucoup de gens, ce comportement est vu comme un manque de respect des règles, ou même comme une injustice pour les cyclistes. En effet, les cyclistes ne semblent pas prendre de grand risque en ralentissant à un panneau d'arrêt plutôt qu'en s'y arrêtant complètement.
En comparaison, les conducteurs de voitures risquent une lourde amende pour conduite dangereuse s'ils ne s'arrêtent pas à un stop.
Alors, faut-il demander aux cyclistes de suivre les mêmes règles que les automobilistes, ou au contraire, faut-il accepter que ces règles ne correspondent pas toujours à ce que vit le vélo en ville ?
En tant que professeur de droit à l'Université d'Ottawa qui s'intéresse aux questions d'urbanisme, j'ai examiné différentes manières de faire dans le monde, chacune avec ses avantages et ses inconvénients.
Cet article fait partie de notre série Nos villes, d'hier à demain. L'environnement des villes change beaucoup, et cela a des conséquences sur la culture, l'économie, la société et, particulièrement cette année où il y a des élections, sur la politique. Pour mieux comprendre ces sujets importants, La Conversation invite des chercheurs à parler de l'actualité de nos villes.
L'égalité totale entre cyclistes et conducteurs
Au Québec, comme dans d'autres régions, les règles de la route s'appliquent à tout le monde, que l'on soit en voiture ou à vélo.
Par exemple, tout le monde doit s'arrêter complètement aux panneaux d'arrêt et aux feux rouges. Quand ils ne respectent pas ces règles, les cyclistes « sont soumis aux mêmes obligations que le conducteur d'un véhicule », a dit la Cour suprême du Canada.
Donc, même si une voiture et un vélo sont très différents, la loi les traite de la même manière. Bien sûr, cette égalité est souvent juste en théorie, car l'application des règles dépend des situations et des comportements de chacun.
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Une égalité qui n'est pas réelle
Appliquer les mêmes règles à tout le monde peut sembler juste, mais cela peut créer une fausse impression d'égalité dans la réalité.
D'un côté, les dangers liés aux différentes manières de se déplacer ne sont pas comparables. Une voiture qui passe un feu rouge peut causer des blessures très graves, voire la mort. Un cycliste, par contre, a beaucoup moins de chances de provoquer de tels accidents.
D'un autre côté, l'efficacité du vélo dépend du fait de garder sa vitesse. S'arrêter complètement, encore et encore, décourage l'utilisation du vélo, même si c'est bon pour la santé, pour l'environnement et pour la circulation.
Traiter de la même façon deux moyens de transport si différents revient donc à favoriser l'automobile, un peu comme si l'on demandait la même vitesse à un piéton et à un camion.
L'arrêt Idaho
Au lieu de considérer les vélos et les voitures comme étant identiques, certaines régions ont choisi une autre approche. Un bon exemple de traitement différent vient de l'État de l'Idaho aux États-Unis.
En Idaho, depuis 1982, les cyclistes peuvent considérer un panneau d'arrêt comme un cédez-le-passage et un feu rouge comme un panneau d'arrêt. Plusieurs États américains (comme l'Arkansas, le Colorado et l'Oregon) et des pays, comme la France et la Belgique, ont adopté des règles similaires. Au Canada et au Québec, on discute pour adopter une telle règle.
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Il est important de savoir que l'arrêt Idaho ne vise pas à permettre le désordre sur les routes. En effet, les cyclistes doivent quand même laisser passer les voitures qui arrivent avant eux à un panneau d'arrêt, et toujours laisser passer les piétons. Ils ne peuvent entrer dans l'intersection que quand elle est libre.
L'arrêt Idaho présente trois avantages principaux.
Premièrement, cette règle reconnaît que les déplacements à vélo sont très différents de ceux en voiture, et donc, qu'ils ne peuvent pas être traités de la même manière.
Deuxièmement, l'arrêt Idaho permet de réduire le nombre de dossiers pour les tribunaux et les policiers concernant des amendes.
Troisièmement, pour que le vélo soit efficace, il faut garder son élan. S'arrêter complètement, encore et encore, rend l'utilisation du vélo moins attrayante, malgré tous les bienfaits qu'il apporte pour la santé, l'environnement et la circulation.
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Les conséquences de la nouvelle règle
Face à ces deux façons très différentes de penser le code de la route pour les vélos, on peut se demander laquelle est la meilleure.
Plusieurs recherches montrent que l'adoption de l'arrêt Idaho n'entraîne pas plus d'accidents sur la route.
Certaines études suggèrent même une légère diminution des accidents avec l'arrêt Idaho. En effet, les cyclistes dégagent plus vite les intersections, ce qui diminue le temps où ils sont exposés aux voitures. De plus, les conducteurs de voitures deviennent plus attentifs aux mouvements des cyclistes.
En plus, la plupart des gens qui utilisent la route, conducteurs de voitures comme cyclistes, ne respectent pas toujours les arrêts complètement. Selon une étude de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), seulement 35 % des automobilistes s'arrêtent correctement. Toujours selon la SAAQ, seulement 27 % des cyclistes disent s'arrêter complètement aux panneaux d'arrêt obligatoires.
En résumé, adopter l'arrêt Idaho ne créerait pas le chaos, mais organiserait une pratique qui existe déjà, et cela, sans mettre en danger la sécurité de tous, contrairement à ce que certains craignent. Les cyclistes, qui s'arrêtent rarement complètement quand il n'y a personne, ralentissent tout de même avant de passer, car ils savent qu'ils sont vulnérables.
Un changement d'attitude
De plus, l'idée de l'arrêt Idaho au Québec nous invite à réfléchir plus largement.
Depuis de nombreuses années, nos lois et nos routes sont construites principalement pour les voitures. Beaucoup de conducteurs de voitures pensent encore que les cyclistes sont dangereux et ont des comportements inappropriés.
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Pourtant, il est important de se rappeler que les voitures représentent le plus grand danger physique sur nos routes, et que les cyclistes sont en réalité fragiles. Ce danger physique est devenu encore plus grand avec l'augmentation des véhicules tout-terrain (VUS) et des camions, ce qui augmente les risques pour les piétons et les cyclistes.
L'adoption de l'arrêt Idaho ne donne pas un droit spécial aux cyclistes, mais reconnaît leur situation, et donne une place légitime au vélo comme moyen de transport, avec des règles adaptées à ses risques et à ses avantages. Ce changement, simple mais significatif, pourrait faire partie d'une série de modifications qui permettraient aux citoyens de se déplacer plus librement et en toute sécurité.
Steve Lorteau a reçu de l'aide financière du Conseil de recherches en sciences humaines, de l'Association du Barreau canadien et des Instituts de recherche en santé du Canada.