Les aliments ultra-transformés occupent maintenant une place très importante dans ce que mangent les Canadiens. Comme on les trouve facilement dans les supermarchés, qu'ils ne coûtent pas cher et qu'ils sont rapides à préparer, les gens choisissent souvent ces produits, surtout quand ils manquent de temps ou qu'ils n'ont pas beaucoup d'argent. Cependant, en manger trop augmente le risque de tomber malade de maladies chroniques. On peut donc se poser la question : est-ce qu'imposer une taxe sur ces aliments pourrait vraiment améliorer la santé de tous, sans pour autant pénaliser les personnes les plus fragiles ?
Au Canada, la moitié des calories que nous consommons proviennent d'aliments ultra-transformés. Cette proportion monte même à 50 % chez les adolescents. Autrement dit, presque la moitié de ce que nous mangeons chaque jour vient de produits fabriqués industriellement et modifiés, auxquels on ajoute des ingrédients comme des additifs, des sucres en excès, des graisses saturées et du sel. Ces aliments sont créés pour être particulièrement savoureux et pour se conserver longtemps. Ils sont directement liés à une augmentation de l'obésité, du diabète de type 2, des problèmes de cœur et de certains types de cancer. Face à cette situation, plusieurs pays ont décidé de prendre des mesures. Certains ont mis en place des règles strictes, tandis que d'autres préfèrent informer les gens et compter sur la bonne volonté des entreprises qui fabriquent de la nourriture.
La discussion sur la taxation de ces produits fait partie d'un problème plus vaste lié à la justice sociale. D'un côté, les taxes sur les aliments ont pour but de diminuer la consommation de produits mauvais pour la santé. De l'autre côté, elles risquent de coûter plus cher aux familles qui ont peu de moyens, car elles achètent souvent ces aliments moins chers. Il est donc très important de trouver un juste milieu entre l'efficacité de ces mesures et leur équité pour tous.
Des exemples venus d'autres pays qui peuvent nous inspirer
Certains pays ont déjà mis en place des actions et montrent que des décisions importantes peuvent avoir un vrai effet. Le Chili, que l'on cite souvent, a commencé en 2016 à appliquer une politique complète et logique. Cette politique oblige les produits qui contiennent trop de sucre, de sel, de graisses saturées ou de calories à avoir des grandes étiquettes noires d'avertissement. Elle interdit aussi la publicité de nourriture peu saine pour les enfants entre 6 heures du matin et 10 heures du soir, elle interdit les boissons sucrées et les chips dans les écoles, et elle empêche d'utiliser des personnages de dessins animés sur les emballages destinés aux enfants de moins de 14 ans. Le résultat est que la consommation de boissons sucrées a diminué de 24 % entre 2015 et 2017. Au-delà des chiffres, cette réforme a aidé à ce que tout le monde prenne conscience de l'importance de bien manger et à mieux comprendre le lien entre ce que l'on mange et notre santé.
Le Mexique est un autre exemple intéressant. En 2014, le pays a décidé de taxer les produits qui dépassent 275 calories pour 100 grammes, ainsi que les boissons sucrées. Cette mesure a permis une baisse moyenne de 17 % des achats dans les familles à faible revenu. Ces résultats montrent qu'une taxe bien ciblée peut changer les habitudes alimentaires à court terme. Cependant, cela met aussi en évidence ses limites en termes d'équité sociale. En effet, les aliments ultra-transformés restent souvent les plus faciles à acheter et à préparer. Pour de nombreuses familles, ces aliments représentent une source de calories peu coûteuse et rapide à cuisiner.
Par conséquent, une taxe seule ne suffit pas : elle doit être complétée par des actions qui aident les gens à avoir accès à des aliments sains et qui ne coûtent pas trop cher. Sinon, elle risque de rendre les inégalités alimentaires encore plus grandes. L'introduction d'une taxe peut réduire les choix alimentaires des familles les plus modestes, sans leur garantir un accès équivalent à des alternatives saines et abordables, comme les fruits et légumes. C'est pourquoi l'Organisation mondiale de la Santé travaille actuellement à mieux définir ce que sont les aliments ultra-transformés, afin que les politiques publiques soient plus uniformes et pour aider les pays à organiser leurs stratégies de prévention.
Le Canada est à un moment important
En regardant ce qui se fait ailleurs, le Canada commence à peine à changer, mais la réglementation n'a pas encore rattrapé son retard. Le pays prévoit de mettre en place, en janvier 2026, un système d'étiquetage nutritionnel sur le devant des emballages, qui s'inspire de ce qui se fait au Chili. Ce système aidera les consommateurs à identifier rapidement les produits qui sont riches en sucre, en sel ou en graisses saturées. C'est une étape importante pour que l'on sache mieux ce que l'on achète.
Par contre, les taxes sur les aliments au Canada n'ont pas changé depuis presque 35 ans. Le système actuel applique des taxes ou des exemptions sur certains produits selon des critères qui ne sont plus adaptés, comme la taille du paquet ou s'il est déjà prêt à manger, plutôt que de regarder à quel point le produit a été transformé ou sa vraie valeur nutritive. Il en résulte des situations peu logiques. Par exemple, une grande bouteille de boisson gazeuse peut ne pas être taxée, alors qu'un repas sain fait avec des ingrédients frais peut l'être. Ce paradoxe crée de la confusion chez les consommateurs et peut, sans le vouloir, encourager à manger trop de produits transformés qui ne coûtent pas cher.
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Pour que la politique fiscale du Canada aide vraiment la santé publique, il faut revoir complètement le système. Il serait bon d'inclure des critères nutritionnels clairs, qui correspondent aux conseils de Santé Canada et aux recherches scientifiques les plus récentes. De plus, une taxation efficace devrait être accompagnée de soutiens financiers ciblés pour encourager l'achat de fruits, de légumes, de légumineuses et de produits peu transformés.
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Vers une approche plus juste et mieux équilibrée
La taxation des aliments ultra-transformés peut être un moyen efficace d'améliorer la santé publique, mais son succès dépend de la manière dont elle est appliquée. Une mesure unique, qui se concentre seulement sur la taxe, risque d'être vue comme une punition et comme injuste. Au contraire, une stratégie globale, qui combine une taxe modérée, un étiquetage clair, des aides financières pour les aliments sains et des programmes d'éducation sur l'alimentation, pourrait avoir des effets positifs et équitables sur le long terme.
Une telle approche permettrait de réduire la consommation de produits pas bons pour la santé tout en aidant les personnes les plus fragiles. Elle éviterait de créer une situation où une mesure censée protéger la population, finirait en réalité par aggraver les inégalités sociales. Le défi pour le Canada est donc de repenser sa façon de taxer les aliments en s'inspirant des expériences des autres pays, tout en s'assurant que personne ne soit laissé pour compte.
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