
Après le Dry January, voici le French January : boire avec modération, boire autrement, ou ne pas boire du tout. Une étude sur les vins sans alcool ou à faible teneur en alcool, appelés vins “nolo” (pour no-low), analyse cette nouvelle tendance française. Elle nous invite à dépasser le simple choix entre boire et ne pas boire. Découvrons cela à travers le point de vue des consommateurs.
Notre analyse de près de 150 entretiens montre que les consommateurs de vins “nolo” en France ne sont pas principalement des abstinents stricts ni des personnes qui évitent l’alcool pour des raisons médicales. La plupart boivent normalement de l’alcool et considèrent le vin comme une pratique sociale et culturelle. Cependant, ils souhaitent mieux contrôler leur consommation et adapter quand et combien ils boivent.
Nos résultats montrent que choisir de boire moins d’alcool n’est pas surtout une règle stricte, mais plutôt une façon de gérer ses habitudes et son contrôle de soi. C’est dans cet équilibre, entre contrôle de soi et refus d’arrêter complètement, que se situe aujourd’hui le débat entre Dry January et French January.
Cette gestion de la consommation passe souvent par le choix de différentes boissons selon les situations. Un consommateur français de notre étude de 2019 disait : « Il ne s’agit pas d’arrêter le vin, mais de mieux le gérer selon les moments. » Un autre participant de notre étude de 2024 expliquait : « Je bois du vin normal quand le moment est adapté, et du vin sans alcool quand je dois conduire ou rester concentré. » Une autre personne ajoutait : « Je veux continuer à boire pour le plaisir, sans me sentir limité, et sans abandonner complètement le vin. »
Regardons de plus près ce paradoxe du (Dry) January à la française.
Un juste milieu entre trop et rien
Le Dry January, lancé au Royaume-Uni en 2013, a un objectif clair : ne pas boire d’alcool pendant un mois afin de prendre conscience de sa consommation et d’améliorer sa santé. En France, cette initiative, soutenue depuis 2020 par des organisations de prévention, existe dans un contexte particulier. Le vin et l’alcool occupent une place importante dans la culture et la vie sociale.
Comme alternative, le French January est apparu comme une réponse culturelle. Soutenu par le secteur du vin et très présent dans les médias, il encourage à « savourer plutôt qu’interdire », comme indiqué dans le manifeste French January. Il valorise différentes pratiques : boire avec modération, autrement, ou ne pas boire, et chercher « un juste milieu entre trop et rien ».
Le French January propose une autre manière de parler de santé publique. Il défend une sobriété choisie, et non imposée, et vise un changement durable.
Les limites du “tout ou rien”
La coexistence de ces deux initiatives montre une façon très française d’aborder le sujet. D’un côté, la sobriété est vue comme une pause temporaire. De l’autre, comme une gestion continue des habitudes. Ce débat est souvent simplifié en opposition entre “obsédés de la santé” et “amateurs de plaisir”, alors que les données scientifiques montrent qu’il existe toujours un risque avec l’alcool.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’alcool cause des millions de décès chaque année, et il n’existe pas de consommation totalement sans danger. Mickaël Naassila souligne un changement culturel : davantage de personnes acceptent de ne pas boire et comprennent mieux les risques, surtout chez les jeunes.
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Ce changement reste incomplet et rencontre des obstacles politiques. Contrairement au tabac, la France ne dispose pas d’un vrai plan contre l’alcool. Les campagnes se concentrent souvent sur les excès et les addictions, en oubliant la prévention de base. Dans ce contexte, le Dry January rend le refus de l’alcool plus visible et plus acceptable.
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Les limites du “tout ou rien” sont aussi montrées par les recherches récentes. Des études récentes indiquent que l’abstinence temporaire peut conduire à boire davantage après janvier, et touche surtout les buveurs occasionnels.
Ces résultats ne remettent pas en cause le Dry January, mais rappellent qu’un changement durable ne repose pas sur une seule méthode.
Les vins “nolo”, un angle mort du débat
Les recherches en marketing et en sociologie de la consommation peuvent enrichir ce débat. La consommation responsable dépend aussi de la manière dont les produits sont présentés, classés et valorisés.
Les vins sans alcool ou à faible teneur en alcool sont des indicateurs intéressants. Souvent présentés comme des alternatives responsables, ils restent dans une situation difficile. Ils répondent à une demande croissante, mais manquent encore de reconnaissance.
Pour la plupart des consommateurs, les vins “nolo” ne remplacent pas le vin, mais s’ajoutent aux autres choix. Les enquêtes de 2019 et 2024 montrent que les gens alternent selon les occasions :
« Boire du vin, c’est surtout un moment de partage », explique un consommateur.
Un autre précise :
« Ce n’est pas un vin pour les repas, plutôt pour l’apéritif ou quand je veux rester sobre. »
Pour beaucoup, le vin sans alcool est destiné à des situations précises, comme un déjeuner professionnel ou un événement en journée.
Les produits “sans” alcool
Nos recherches montrent que retirer l’alcool peut diminuer le plaisir perçu et l’authenticité du produit. Le vin “nolo” peut être vu soit comme un simple substitut, soit comme un “faux vin”.
Les entretiens révèlent un conflit entre plaisir et contrôle. Pour certains, l’alcool reste essentiel pour se détendre et profiter du vin.
Le French January permet d’aborder autrement ce sujet. En valorisant les choix variés, il aide à voir les vins “nolo” comme une option parmi d’autres, et non comme une solution miracle.
Vers une consommation plus responsable
Cette opportunité est complexe. Encourager la modération sans parler clairement des risques peut créer de la confusion. À l’inverse, présenter les vins “nolo” comme une solution suffisante peut donner une fausse impression de sécurité.
Ce débat montre un changement progressif des normes. La santé publique explique pourquoi il faut réduire l’alcool, tandis que les sciences sociales montrent comment les messages et les produits influencent les comportements.
Une consommation plus responsable ne se construira pas seulement avec des pauses temporaires. Elle demande des messages clairs, des règles cohérentes et une réflexion sur le rôle des émotions et du marché.
Les auteurs ne travaillent pas pour, ne conseillent pas, ne possèdent pas d’actions et ne reçoivent pas de financement d’organisations liées à cet article. Ils n’ont aucun autre lien à déclarer en dehors de leur institution de recherche.