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Quand les médicaments du quotidien nous rendent malades : mésusages et effets indésirables

Entre banalisation de l’automédication et méconnaissance des risques, les médicaments les plus utilisés – comme le paracétamol – peuvent être à l’origine d’effets indésirables parfois sévères. Explications.

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Parfois, on utilise des médicaments sans avis médical, ou on ne connaît pas bien les risques. Même des médicaments très courants, comme le paracétamol, peuvent causer des problèmes de santé graves. Il est important de comprendre pourquoi et comment un médicament, censé nous soigner, peut devenir dangereux. Cela nous aide à l'utiliser correctement.


Chaque année en France, on estime que 2 760 personnes meurent et 210 000 sont hospitalisées à cause d'une mauvaise utilisation des médicaments. C'est ce que montre une étude du Réseau français de centres de pharmacovigilance. Ces chiffres représentent 8,5 % des hospitalisations et plus de décès que les accidents de la route.

Il est difficile de savoir exactement quelle part de ces problèmes est due à l'utilisation de médicaments sans ordonnance (automédication). Cependant, ces chiffres nous rappellent une réalité que l'on oublie souvent. Les effets indésirables ne touchent pas seulement les traitements compliqués, mais aussi les médicaments que nous utilisons tous les jours : le paracétamol, l'ibuprofène, les médicaments contre les allergies (qui empêchent le corps de réagir à une allergie, causant par exemple des gonflements, des rougeurs, des démangeaisons ou des éternuements), les somnifères, les sirops contre le rhume, etc.

Quand le médicament devient dangereux

« Tout est poison, rien n’est poison : seule la dose fait le poison. » – Paracelse (1493–1541)

Copie présente au Musée du Louvre du portrait perdu de Paracelse par Quentin Metsys
Portrait de Paracelse, d’après Quentin Metsys (1466-1530). CC BY-NC

Cette idée, qui est à la base de la pharmacie et qu'on apprend dès la première année d'études, est toujours très importante aujourd'hui. Paracelse avait compris, dès le XVIᵉ siècle, qu'une substance pouvait être utile ou dangereuse selon la quantité prise, le temps de traitement et la situation de la personne. D'ailleurs, le mot "pharmacie" vient du grec ancien "phármakon", qui veut dire à la fois "remède" et "poison".

Le paracétamol, utilisé pour calmer la douleur et faire baisser la fièvre, est souvent considéré comme sans danger. Pourtant, il peut causer des problèmes graves au foie, surtout si l'on en prend trop par accident ou si l'on combine plusieurs médicaments qui en contiennent. En France, la mauvaise utilisation du paracétamol est la principale raison pour laquelle on doit faire une greffe du foie. C'est ce qu'explique l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

L'ibuprofène, aussi très utilisé pour soulager la douleur et la fièvre, peut causer des ulcères à l'estomac, des saignements dans le système digestif ou des problèmes aux reins. Cela arrive si on en prend à forte dose pendant longtemps, ou avec d'autres médicaments qui affectent les reins. Par exemple, si on le prend avec certains médicaments pour l'hypertension artérielle (hypertension), cela peut provoquer une insuffisance rénale temporaire.

L'aspirine, que l'on trouve encore dans beaucoup de maisons, fluidifie le sang et peut donc causer des saignements, notamment dans l'estomac. Si l'on en prend une très grande quantité, cela peut dérégler l'équilibre chimique du sang et mener au coma, voire au décès si l'on n'est pas soigné rapidement.

Ces exemples montrent une idée importante : aucun médicament n'est totalement sans risque. Tous peuvent, dans certaines situations, avoir des effets négatifs. La vraie question n'est donc pas de savoir si un médicament est dangereux, mais plutôt dans quelles conditions il peut le devenir.

Pourquoi tous les médicaments peuvent-ils avoir des effets indésirables ?

Pour comprendre pourquoi les médicaments peuvent avoir des effets indésirables, il faut regarder du côté de la pharmacologie, la science qui étudie comment les médicaments agissent dans le corps.

Chaque médicament agit en se connectant à une partie spécifique de notre corps, souvent une "cible" comme un récepteur ou une enzyme, pour modifier une fonction de notre organisme. Mais ces substances, qui viennent de l'extérieur, ne sont jamais parfaitement ciblées. Elles peuvent aussi agir sur d'autres parties du corps, ce qui provoque des effets indésirables (on appelait cela avant des "effets secondaires").

De plus, la plupart des effets, qu'ils soient bons ou mauvais, dépendent de la quantité prise. La relation entre la quantité de médicament dans le corps et l'intensité de son effet est représentée par une courbe. Cette courbe montre que plus on prend de médicament, plus l'effet est fort.

Chaque effet (utile ou indésirable) a sa propre courbe. La meilleure zone d'utilisation est celle où l'effet bénéfique est le plus fort et où le risque de toxicité est le plus faible. C'est en cherchant cet équilibre entre l'efficacité et la sécurité que l'on détermine le rapport bénéfice/risque, une notion très importante pour décider d'un traitement.

Courbe effet/dose d’un médicament

Ainsi, même avec des médicaments que l'on connaît bien, une mauvaise dose peut transformer un traitement utile en quelque chose de dangereux.

Contre-indications et interactions : quand d'autres facteurs interviennent

Les effets indésirables ne dépendent pas seulement de la dose. La sensibilité de chaque personne, les interactions entre médicaments, ou encore des problèmes de santé peuvent aussi augmenter le risque d'effets indésirables.

Par exemple, chez les personnes qui ont des problèmes de foie (insuffisance hépatique), le foie a plus de mal à éliminer le paracétamol. Le médicament s'accumule alors dans le corps, ce qui augmente le risque de toxicité pour le foie. On appelle cela l'"hépatotoxicité".

L'alcool, en agissant sur les mêmes zones du cerveau que certains médicaments comme les benzodiazépines (par exemple, les anxiolytiques comme le Lexomil ou le Xanax), peut rendre ces médicaments plus forts. Cela peut causer une somnolence plus importante et des problèmes pour respirer (la respiration devient plus lente, ce qui peut empêcher le corps d'avoir assez d'oxygène). Les effets de l'alcool et du médicament s'ajoutent, provoquant plus rapidement et plus fortement des effets indésirables.

De même, certains médicaments peuvent interagir entre eux. Ils peuvent changer la façon dont le corps absorbe, utilise ou élimine un autre médicament. Dans ce cas, l'effet d'un médicament peut être modifié par un autre.

Ces mécanismes expliquent pourquoi il existe des contre-indications (situations où il ne faut pas prendre un médicament), des précautions d'emploi et des doses maximales à ne pas dépasser. Ces informations sont indiquées pour chaque médicament. Avant de prendre un médicament, il faut toujours lire la notice, qui résume ces informations importantes.

Comment les risques liés aux médicaments sont-ils contrôlés ?

Avant d'être vendu, chaque médicament est soigneusement étudié pour évaluer son rapport bénéfice/risque. En France, c'est l'ANSM qui s'en charge.

L'autorisation de mise sur le marché (AMM) est donnée après avoir analysé des études, qui déterminent notamment :

  • les maladies pour lesquelles le médicament peut être utilisé ;

  • les doses et la durée du traitement recommandées ;

  • les situations où il ne faut pas le prendre et les interactions connues avec d'autres médicaments.

  • Mais l'évaluation ne s'arrête pas là. Une fois que le médicament est utilisé par les gens, il entre dans une phase de "pharmacovigilance". C'est un suivi constant des effets indésirables signalés par les professionnels de santé ou les patients.

    Depuis 2020, un site web spécialisé permet à chacun de signaler facilement un effet suspecté. Cela aide à détecter rapidement les risques potentiels.

    Les médicaments les plus risqués ne sont disponibles que sur ordonnance. C'est le médecin qui doit évaluer le rapport bénéfice/risque pour chaque patient. Les autres médicaments, que l'on peut acheter sans ordonnance, sont vendus uniquement en pharmacie. Le pharmacien joue alors un rôle essentiel pour conseiller et vérifier que le médicament est bien utilisé.

    Prévenir les risques liés aux médicaments : un effort de tous

    La prévention des problèmes causés par les médicaments demande une vigilance à plusieurs niveaux.

    Au niveau individuel, il faut apprendre à bien utiliser les médicaments.

    Quelques gestes simples permettent de réduire beaucoup les risques de prendre trop de médicament ou d'avoir des interactions :

  • Lire attentivement la notice avant de prendre un médicament.
  • Ne pas garder les médicaments prescrits une fois le traitement terminé, et ne pas les reprendre sans avis médical.
  • Ne pas donner ses médicaments à d'autres personnes.
  • Ne pas croire que les informations trouvées sur Internet remplacent un avis médical.
  • Ne pas prendre plusieurs médicaments qui contiennent la même substance active.
  • Cependant, la responsabilité ne doit pas reposer uniquement sur le patient. Les médecins ont un rôle important pour éduquer et conseiller les patients, mais les pharmaciens aussi. En tant que professionnels de santé les plus proches des gens, ils sont les mieux placés pour repérer et éviter une mauvaise utilisation des médicaments.

    Les organismes de santé ont aussi un rôle à jouer en diffusant des messages de prévention, en rendant les notices plus simples et en communiquant sur les risques. Cela aide à renforcer la confiance du public sans cacher les dangers. L'amélioration de la pharmacovigilance est également très importante pour la santé publique. Elle s'est d'ailleurs beaucoup renforcée depuis l'affaire du Mediator en 2009.

    Enfin, il faut aussi prendre en compte les produits à base de plantes (comme les gélules, les huiles essentielles ou les tisanes) et les compléments alimentaires. Leurs interactions avec les médicaments classiques sont souvent sous-estimées. C'est aussi le cas pour certains aliments.

    Comme les médicaments, les traitements à base de plantes peuvent avoir des effets indésirables si on en prend trop, et ils peuvent interagir avec les médicaments. Par exemple, le millepertuis (une plante utilisée dans des tisanes pour calmer l'anxiété) peut accélérer le traitement du corps de certains médicaments, ce qui peut les rendre moins efficaces.

    Un équilibre à trouver entre confiance et prudence

    Le médicament n'est pas un produit comme les autres, et ce n'est pas non plus un poison à éviter. C'est un outil de soin très puissant, qui demande d'être utilisé avec attention et respect. Sa sécurité dépend d'une relation de confiance basée sur la compréhension entre les patients, les soignants et les institutions. Face à l'augmentation de l'automédication et à la grande quantité d'informations parfois contradictoires, il ne faut pas diaboliser le médicament. Il faut plutôt apprendre à le comprendre de manière rationnelle.

    Bien utilisé, il soigne ; mal utilisé, il peut faire du mal. C'est le message de Paracelse, qui reste valable aujourd'hui, plus de cinq siècles plus tard.

    Clément Delage ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas de financement d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que celle de son organisme de recherche.

    Currently reading at B1 level (Intermédiaire)