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Faut-il encore faire des pesticides l’alpha et l’oméga de la protection des cultures ? Les exemples du Brésil et de la France

Les pesticides ont longtemps protégé les cultures, mais leurs effets délétères sont désormais bien documentés. Réduire cette dépendance est une urgence, en France comme au Brésil.

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Les pesticides ont longtemps protégé les cultures, mais leurs effets négatifs sont aujourd'hui bien connus. Il est urgent de moins dépendre de ces produits pour la santé, l'environnement et l'économie. De nouvelles méthodes innovantes sont utilisées pour lutter contre les nuisibles. L'étude de la situation en France et au Brésil nous donne un point de vue différent sur ce sujet.


Protéger les cultures est très important pour l'agriculture et pour la société en général. Cela permet d'avoir assez de nourriture, de bonne qualité et en quantité suffisante. Cela assure aussi un revenu à tous ceux qui travaillent dans la chaîne de production, des agriculteurs aux vendeurs.

Ces dernières années, on a de plus en plus utilisé les pesticides pour protéger les cultures. En même temps, on sait de mieux en mieux que ces produits sont mauvais pour la santé des personnes, pour la qualité de l'eau, de l'air et pour la nature. Pour l'économie, ces effets négatifs sont des coûts cachés pour la société. De plus, ces problèmes empêchent les agriculteurs de bénéficier des services importants de la nature que rendent les sols en bonne santé.

Dans le monde, utiliser des pesticides peut aussi créer des problèmes entre pays, selon les endroits où ils sont autorisés ou interdits. L'accord entre l'Union Européenne (UE) et le Mercosur a récemment montré les tensions que peuvent causer les importations de produits traités avec des pesticides interdits en Europe. Cela crée une concurrence déloyale entre les pays.

Il est donc urgent de trouver d'autres façons de protéger les cultures pour que les systèmes agricoles dépendent moins de ces produits. Et si on adoptait une nouvelle approche pour protéger les cultures, inspirée par l'agroécologie et qui prendrait mieux en compte les nouveaux risques liés au climat ? Comparer la situation en France et au Brésil peut nous aider à mieux comprendre.

Mieux vaut prévenir que guérir

La lutte intégrée (ou protection intégrée) des cultures est une idée importante qui existe depuis les années 1970. Le but est de combiner les aspects écologiques, économiques et sanitaires.

Dans l'UE, la règle est d'utiliser les produits chimiques seulement quand c'est nécessaire et avec la plus petite dose possible (principes 5 et 6 du schéma ci-dessous). Cela permet de garder les nuisibles à un niveau tel que les dégâts ou les pertes économiques ne soient pas trop importants pour l'agriculteur. Pour utiliser moins de pesticides et réduire leur impact, il est donc essentiel de trouver plus d'alternatives (principe 4).

Cette méthode suggère qu'il vaut mieux agir avant (principe 1) en se concentrant sur la prévention pour réduire au maximum les maladies et les insectes. C'est un peu comme pour la santé humaine, où l'on recommande une bonne hygiène de vie (sport, alimentation équilibrée…) ou de se faire vacciner pour éviter les maladies.

Les différentes étapes de la protection intégrée des cultures, avec une stratégie active de prévention. Fourni par l'auteur

Cette stratégie de prévention peut devenir active si, en travaillant sur ses cultures, l'agriculteur essaie de réduire le nombre de nuisibles. En utilisant différentes méthodes de lutte, cette stratégie permet aussi de limiter l'apparition de résistances chez les nuisibles. En effet, ces résistances apparaissent plus vite quand les méthodes sont peu variées.

Utiliser des cultures de couverture, par exemple, est utile pour couvrir le sol et empêcher les mauvaises herbes de pousser. C'est encore plus pertinent dans les régions tropicales où la nature est plus présente et où ces résistances apparaissent plus vite à cause de la chaleur et de l'humidité.

Ensemble avec d'autres méthodes de gestion, les cultures de couverture sont donc un élément important pour améliorer la qualité des sols, la production et la durabilité des systèmes agricoles.


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Microbiote végétal, paysages olfactifs… de nouveaux leviers

De nouvelles techniques innovantes sont apparues depuis la mise en place de cette approche.

L'une des plus connues utilise l'agroécologie et la diversification des cultures. Elle utilise des services écosystémiques bien étudiés par la recherche. Au Brésil, cela peut être, par exemple, des rotations de cultures plus longues, des mélanges de cultures, ou encore des cultures intermédiaires de maïs, sorgho, mil ou sésame pour améliorer la culture du soja.

Choisir les bonnes variétés de plantes est une autre façon importante d'améliorer la valeur agronomique des cultures. La recherche de résistances naturelles aux champignons, aux virus et, dans une moindre mesure, aux bactéries et aux insectes, a été et reste au cœur des programmes de sélection.

Demain, cette approche pourra bénéficier des avancées dans le domaine de l'édition génétique : il sera possible d'aider les plantes cultivées à activer des gènes de résistance qui existent chez des plantes proches, ou de réactiver d'autres gènes qui ont été moins actifs au cours de l'évolution. Cela soulève bien sûr de nouvelles questions (propriété intellectuelle, cadre éthique, etc.) qu'il ne faut pas négliger.

Ces dernières années, on a aussi découvert qu'il existe un microbiote végétal sur les graines, les feuilles, les racines et même à l'intérieur des plantes. Ces microbiotes aident les plantes à se nourrir en facilitant les échanges de nutriments avec le sol, et les protègent contre les maladies. C'est une piste intéressante pour développer des solutions de biocontrôle qui peuvent remplacer les pesticides.


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Continuons avec les composés organiques volatils (COV) qui sont libérés dans l'environnement. Ils influencent le comportement des insectes (recherche de nourriture ou de partenaires, par exemple). Ces signaux olfactifs sont un nouveau domaine de recherche pour lutter contre les nuisibles.

Cette stratégie a l'avantage de causer peu d'effets négatifs, car les COV sont très spécifiques. Ils peuvent par exemple être utilisés pour créer une confusion sexuelle qui réduit la reproduction d'un certain type d'insectes, les attirer dans un piège ou même les éliminer grâce à un gel contenant des COV et un insecticide qui sera alors utilisé en très petite quantité par rapport à une application normale.


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Ces stratégies de prévention doivent, bien sûr, être pensées à l'échelle du paysage et être coordonnées entre les personnes qui travaillent dans une région. Elles peuvent aussi être combinées avec une détection plus précise des problèmes potentiels. Grâce aux outils de surveillance et d'aide à la décision (principes 2 et 3), on peut ainsi adapter la solution de traitement si nécessaire.

Une telle transition demande une bonne coordination entre tous les acteurs du système agricole. Et cela à tous les niveaux, des agriculteurs aux distributeurs. Actuellement, près de 80 % des actions prévues dans les plans nationaux ciblent directement les agriculteurs. Les politiques publiques pourraient, à cet égard, mieux répartir l'effort de changement. La protection des cultures n'est pas seulement une affaire d'agriculteurs : c'est un bien commun pour toute la société.


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Ce que disent les chiffres au Brésil et en France

La comparaison entre le Brésil et la France, qui ont des climats et des contextes sociopolitiques différents, est donc instructive.

En France, au cours des quinze dernières années, les produits utilisés pour protéger les cultures ont beaucoup changé. Cela est dû à trois choses : la réglementation qui retire certaines substances actives, surtout celles qui sont cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR), les politiques publiques (plans Écophyto par exemple) et l'innovation. On utilise maintenant moins de CMR et plus de produits autorisés en agriculture biologique et/ou basés sur le biocontrôle.

Ventes de produits phytosanitaires en France. SDES

Au Brésil, les ventes de pesticides (hors produits autorisés en agriculture bio et pour le biocontrôle) s'élevaient encore à 755 400 tonnes en 2023. Près de la moitié était du glyphosate, un chiffre qui a baissé de 5,6 % par rapport à 2022.

En France, on utilise actuellement 2,9 kg de substances actives par hectare de surface cultivée, contre 7,78 kg pour le Brésil. Ces différences s'expliquent en partie par les surfaces agricoles cultivées (hors prairies) : 14 millions d'hectares pour la France, contre 97 millions pour le Brésil. Il faut aussi savoir que la plupart des terres cultivées au Brésil permettent deux récoltes par an, ce qui est plus rare en France.

Cependant, le secteur des « bio-intrants » (produits d'origine naturelle ou organismes vivants) progresse rapidement au Brésil, qui les utilise depuis les années 1960. Ce marché a commencé plus tard en France mais il grandit aussi vite. Les bio-intrants peuvent être utilisés en agriculture biologique ou, parfois, combinés avec des pesticides dans le cadre des programmes de lutte intégrée contre les nuisibles, comme expliqué plus haut.

Dans le monde, le marché des agents de biocontrôle et des biostimulants (produits naturels qui aident les plantes à mieux pousser) était, en 2025, estimé à 11 milliards de dollars (9,2 milliards d'euros). Sur ce montant, 7 milliards de dollars (5,9 milliards d'euros) concernent le biocontrôle. Les taux de croissance annuels sont estimés entre 10,5 % et 15,6 % (selon les secteurs) jusqu'en 2035. En 2035, ce marché pourrait atteindre environ 41 milliards de dollars (34,5 milliards d'euros), dont 30 milliards de dollars (25,2 milliards d'euros) pour le biocontrôle.

Est-ce que l'utilisation de la prévention et des nouvelles options de biocontrôle permettront de réduire l'utilisation des pesticides ?


Cet article est publié dans le cadre de la Conférence FARM 2026 – Repenser la protection des cultures : agir collectivement pour le vivant, qui a lieu le 17 février 2026 à la Cité internationale universitaire de Paris et dont The Conversation France est partenaire.

Christian Huyghe a reçu des financements de l'ANR et de l'Union européenne (H2020, Life-PLP, COST action).

Decio Karam est membre de l'Association Brésilienne du Maïs et du Sorgho, et du Conseil Scientifique de l'Agriculture Durable (CCAS).

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