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Baisse de l'aide à l’Afrique : la fin d’une priorité française

Tenter d’isoler l’impact de la réduction de l’aide française sur l’ Afrique ne fait guère de sens.. L'impact final dépend du comportement des autres contributeurs

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La France a récemment annoncé une réduction importante de son aide publique au développement (APD). Cette aide devrait diminuer de plusieurs milliards d'euros dans les années à venir. Cette nouvelle a provoqué une certaine inquiétude chez ceux qui travaillent dans le domaine de la solidarité internationale.

La loi de finances pour 2026 confirme la tendance à la baisse des fonds consacrés à la mission « Aide publique au développement ». Cette mission regroupe la plus grande partie des crédits d'aide. Si la loi est adoptée, les fonds disponibles pour cette mission seront de 3 669 millions d'euros en crédits de paiement. Cela représente une baisse de plus de 38 % par rapport à 2023 et de plus de 16 % par rapport à 2025.

De plus, il est possible que, comme cela est arrivé souvent par le passé, ces montants soient ajustés en cours d'année.

Après avoir étudié le financement du développement et l'aide publique au développement, nous remarquons que cette aide, que la loi de programmation de 2021 considérait comme une priorité publique, est maintenant négligée. Cependant, cette annonce de baisse ne signifie pas automatiquement que l'aide effectivement reçue par les personnes les plus pauvres diminuera de la même manière. La situation est en réalité plus compliquée.

Premièrement, parce que la définition de l'APD ne correspond pas à ce que reçoivent directement les habitants des pays aidés. Elle représente un ensemble de dépenses publiques acceptées par convention (les dépenses militaires ne sont pas incluses). Environ 60 % seulement de ce qui est comptabilisé comme APD en France parvient sur le terrain (principalement aux États, et non directement aux personnes).

Ainsi, dans l'APD, on inclut également les frais de scolarité et les bourses pour les étudiants venant de pays en développement et qui étudient en France (environ 10 % en 2023). Sont aussi pris en compte la prise en charge des réfugiés en France (11,6 %) et les coûts de gestion du système lui-même (6,8 %).

Deuxièmement, une diminution du budget de l'APD n'entraîne pas une baisse proportionnelle de l'aide versée. L'APD de la France a atteint 15,4 milliards de dollars US en 2024 (environ 14,2 milliards d'euros), alors que les crédits budgétés étaient de 5,8 milliards d'euros. En effet, l'APD ne comprend pas seulement des dons inscrits au budget, mais aussi des prêts « concessionnels ». Ces prêts sont avantageux car ils incluent une subvention (un « élément-don »).

Si un euro de don coûte un euro de ressources budgétaires, un euro de prêt coûte beaucoup moins, selon le niveau de l'avantage. Augmenter la part des prêts permet donc de limiter l'effet de la baisse des ressources budgétaires sur les montants réellement versés.

Troisièmement, la part de l'aide bilatérale française destinée à l'Afrique subsaharienne a diminué, passant de 21,8 % en 2020 à 17 % en 2024. Cette aide est maintenant réorientée vers les pays émergents et les pays africains les plus riches. En 2023, les pays qui reçoivent le plus d'APD de la part de la France sont, dans l'ordre : la Côte d'Ivoire, le Maroc, l'Égypte, le Sénégal, l'Indonésie, la République dominicaine, la Bolivie, le Cameroun, l'Inde et le Mexique. Un tiers de l'APD va à des pays à revenu intermédiaire, contre 18 % aux pays les moins avancés.

Les raisons géopolitiques

Entre le budget et le terrain, il existe de nombreux organismes qui distribuent et gèrent ce budget (ce qu'on appelle parfois « l'industrie de l'aide »). 73 % de l'APD (appelée « bilatérale ») est accordée par des institutions françaises : le ministère des Finances (Trésor), le ministère des Affaires étrangères, le groupe de l'Agence française de développement (AFD), ainsi qu'un ensemble d'ONG (1,2 % du total en 2023). 37 % de l'APD (APD multilatérale) est versée à des organisations internationales, comme l'UE, la Banque mondiale, le FMI, etc.

Enfin, la distribution de cette aide répond à plusieurs objectifs qui s'éloignent de plus en plus de la solidarité internationale. La lutte contre l'immigration clandestine, l'accès aux matières premières, les intérêts géopolitiques et, de plus en plus, le soutien aux exportations françaises sont des facteurs déterminants.

Pour comprendre les effets possibles de ces réductions de fonds sur l'Afrique subsaharienne, il faut garder à l'esprit trois points importants.

Une tendance générale à la baisse

L'évolution de l'aide française s'inscrit dans une tendance générale qui semble durable. En effet, la baisse touche tous les pays développés, en particulier les États-Unis. La première décision importante de la présidence Trump a été de supprimer l'USAID, l'agence d'aide bilatérale.

L'OCDE prévoit également une baisse de l'APD comprise entre 10 % et 18 % entre 2024 et 2027. Les pays les moins développés et l'Afrique seraient les plus touchés. L'effondrement actuel de l'APD fait partie d'une reconfiguration internationale en cours.


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La fonction politique de l'aide, visant à partager la prospérité pour éviter les guerres, avait été mise en avant par le président américain Harry Truman en 1949. Or, il est de moins en moins question de partage de prospérité dans le « capitalisme de la finitude », théorisé par l'économiste français Arnaud Orain. La coopération s'efface progressivement au profit d'un mercantilisme assumé, comme c'est le cas pour les pays européens. Pour les États-Unis, cela se traduit par du chantage et de la contrainte assumée.

Dans le cas français, les raisons de l'aide sont de moins en moins claires et se concentrent davantage sur la promotion des exportations.

Une diminution progressive de l'APD dans le financement du développement

Depuis 2010, l'APD est dépassée dans sa contribution au financement global des économies africaines par les transferts des migrants, et souvent par les investissements directs étrangers (IDE). Les marchés financiers internationaux ont pris une importance croissante. Cependant, ces ressources sont inégalement réparties entre les pays et les secteurs.

L'APD a une importance très variable dans le financement des différents pays. En 2023, elle représente une part importante du budget malgache, mais une part minime de celui du Kenya. Les transferts des migrants financent surtout la consommation et l'éducation, tandis que les IDE se concentrent sur l'énergie, la construction et les industries extractives. Les financements privés internationaux (eurobonds) ciblent une quinzaine de pays seulement.

Augmenter la part des prêts aide à maintenir le montant total, mais tous les pays ne peuvent pas s'endetter davantage. L'Afrique compte de nombreux pays considérés comme à risque élevé ou en situation de surendettement par le FMI. Les prêts financent mieux les infrastructures que les secteurs sociaux comme l'éducation ou la santé, qui ne génèrent pas de profits immédiats.

L'aide multilatérale française a été proportionnellement plus affectée que l'aide bilatérale. Cette situation réduira les contributions françaises aux mécanismes de financement de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement destinés aux pays les plus pauvres, ainsi qu'aux grands fonds internationaux pour la santé, le climat et l'éducation.

Au sein de l'aide bilatérale, les dons de projets de l'Agence française de développement et l'aide humanitaire sont réduits proportionnellement plus que les avantages accordés sur les taux d'intérêt pour les prêts.

À quoi peut-on s'attendre ?

Essayer de comprendre l'impact de la réduction de l'aide multilatérale française sur l'Afrique subsaharienne est difficile, car l'effet final dépend du comportement des autres donateurs.

La réduction de l'aide multilatérale dans ces deux domaines s'ajoute aux effets négatifs de la quasi-disparition de l'aide américaine, qui était très axée sur la santé et les actions d'urgence. La baisse des fonds alloués aux programmes d'urgence, comme le Programme alimentaire mondial, a déjà des conséquences graves dans des pays ou régions en crise (Madagascar, Mozambique, Nigeria, Sahel).

La France, qui est le deuxième contributeur historique du Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme, réduit sa contribution. Elle a annoncé 11,3 milliards de dollars US pour 2027-2029, alors que seulement 18 milliards étaient attendus. Cela met en danger le financement de la santé en Afrique, qui reçoit plus de 70 % de ces fonds.

L'APD bilatérale française, qui bénéficie directement aux États, se concentre sur les infrastructures économiques et les services (24 %), le gouvernement et la société civile (13 %), l'éducation (18 %) et la santé (6 %). La réduction du budget de l'APD et l'accent mis sur la promotion de l'offre française risquent de diminuer l'aide aux pays les plus pauvres d'Afrique et aux secteurs sociaux (éducation et santé). Or, les gouvernements africains, compte tenu de leurs priorités et de leurs ressources limitées par le paiement des dettes, ne pourront probablement pas compenser cette baisse de l'aide aux secteurs sociaux, malgré les incitations du FMI. Cela pourrait entraîner un sous-financement des services de base et une poursuite de la privatisation, déjà bien avancée dans le domaine de l'éducation.

Politiquement, la réduction de l'aide aura un impact limité, car elle est souvent perçue comme une aide post-coloniale et déconnectée des priorités des gouvernements « bénéficiaires ». Le recentrage de l'aide française sur des infrastructures visibles sera apprécié par les dirigeants, mais sa baisse sera vue comme une nouvelle preuve du déclin de l'Occident. Cela encourage à diversifier les partenariats, potentiellement vers la Russie, qui investit dans le secteur de la sécurité.


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Les principales réactions à la baisse de l'APD sont d'ailleurs venues de « l'industrie de l'aide », et en particulier des ONG. Elles soulignent l'impact négatif (réel) sur leurs activités, qui ne représentent cependant qu'une part très faible de l'APD française.

Enfin, l'aide n'étant efficace que si elle dispose de canaux de distribution fonctionnels, la réduction des moyens financiers de l'AFD pose question. Ses ressources humaines, matérielles et financières ont été prévues pour une augmentation de l'aide.

Que faut-il retenir ?

Sur le plan géographique, les pays africains les moins avancés et/ou les moins « endettables » devraient être les plus touchés par la baisse de l'aide française. Au niveau sectoriel, la santé, l'éducation et le développement rural seront les plus affectés. Les plus pauvres en subiront les conséquences, à moins d'une réduction des gaspillages de l'« industrie de l'aide », ou d'une réallocation peu probable par Paris de l'aide vers les plus démunis.

Les restrictions croissantes sur les migrations renforcent toutes ces tendances négatives, tout en discréditant la notion même d'« aide au développement ».

Au-delà de la réduction de l'APD, le risque d'une crise financière affectant l'ensemble de l'Afrique subsaharienne ne peut être exclu. Toutes les sources de financement sont aujourd'hui menacées à des degrés divers, notamment par la baisse des prêts chinois et le rationnement du crédit sur les marchés financiers internationaux, en l'absence de solution au surendettement de l'Afrique.

Les auteurs ne travaillent pas pour, ne consultent pas, ne possèdent pas d'actions et ne reçoivent pas de fonds d'une entreprise ou d'une organisation qui bénéficierait de cet article, et n'ont divulgué aucune affiliation pertinente au-delà de leur nomination universitaire.

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