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Tsunami en Méditerranée : pourquoi Nice doit se préparer à évacuer

Tsunami en Méditerranée : le risque existe aussi sur les côtes françaises. À Nice, la préparation et l’évacuation rapide restent les seules protections efficaces.

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Selon l’Unesco, citée en 2022, « la probabilité d’une vague de tsunami de plus d’un mètre en Méditerranée dans les trente prochaines années est proche de 100 % ». Arno Smit/Unsplash, CC BY

La Méditerranée est souvent vue comme n'étant pas très exposée au risque de tsunami. Pourtant, l'histoire et les études récentes montrent que des vagues dangereuses ont déjà touché les côtes françaises et pourraient se reproduire. Les résultats d'un projet mené sur la Métropole Nice Côte d’Azur expliquent pourquoi l'anticipation et l'évacuation rapide sont les seules protections vraiment efficaces.


Les tsunamis, appelés autrefois raz-de-marées en France ou maremoti en Italie, font partie des phénomènes naturels les plus destructeurs. Ils sont causés par des tremblements de terre, des glissements sous-marins ou des éruptions volcaniques. Ils voyagent vite sur de longues distances avant de libérer leur force près des côtes, provoquant des inondations soudaines et des courants très forts.

Ces inondations, qui peuvent aller de quelques centimètres à plusieurs mètres de haut, sont généralement composées de plusieurs séries de vagues. Les premières vagues ne sont pas toujours les plus grandes. La vitesse du courant est si élevée que la pression sur les constructions côtières peut atteindre plusieurs tonnes par mètre carré.

Dans le monde entier, les tsunamis ont causé plus de 250 000 morts depuis 1970, notamment lors des catastrophes du 26 décembre 2004 dans l'océan Indien et du 11 mars 2011 au Japon.

Un risque que l'on croit lointain, et pourtant…

Dans l'imagination des gens, le tsunami est souvent associé au Pacifique ou à l'océan Indien. En Méditerranée, on pense qu'il est rare. C'est une idée fausse. L'Unesco, qui s'occupe de la prévention de ce risque au niveau mondial, a indiqué en juin 2022 que :

« Les statistiques montrent que la probabilité d’une vague de tsunami de plus d’un mètre en Méditerranée dans les trente prochaines années est proche de 100 %. »

Après le Pacifique, c'est dans cette mer que l'on trouve le plus grand nombre de tsunamis historiques, dont plusieurs ont touché les côtes françaises.

Selon les informations disponibles, environ vingt événements ont été signalés sur le littoral méditerranéen français entre le XVIᵉ siècle et le début des années 2000, avec des vagues parfois plus hautes que deux mètres.

Des délais d’évacuation parfois très courts

Les tsunamis en Méditerranée peuvent avoir des origines proches ou lointaines. Dans certains cas, les premières vagues peuvent arriver en moins de dix minutes, surtout s'il y a un glissement sous-marin ou un séisme près de la côte, comme dans la mer de Ligurie, entre la Corse et l'Italie. À l'inverse, des tsunamis causés plus loin de la France, par exemple près de la côte nord de l'Afrique, peuvent atteindre la Côte d'Azur en moins de 90 minutes.

Le tremblement de terre de Boumerdès (Algérie) du 21 mai 2003 a causé des perturbations sur tout le littoral méditerranéen français. Une étude sur le terrain a montré que huit ports de plaisance de la Côte d’Azur ont connu une baisse importante du niveau de la mer (de 50 cm à 1,5 m), des vidanges de bassins, de forts tourbillons et courants, et des bateaux endommagés. Ces effets sont compatibles avec des phénomènes de résonance dans les ports. Les effets ont été observés sur la Côte d’Azur une heure et demie après le séisme.

D'origine plus locale, le tsunami du 16 octobre 1979, causé par l'effondrement sous-marin d'une partie du nouveau port de commerce de Nice (Alpes-Maritimes), près de l'aéroport, a entraîné la mort de huit personnes et d'importants dégâts à Antibes, Cannes et Nice. Le phénomène a été observé à Antibes pendant environ trente minutes.

Un autre scénario possible, qui peut se produire très près des côtes, est le tsunami d'origine sismique survenu en mer de Ligurie le 23 février 1887. Il a été causé par un séisme sous-marin de magnitude 6,5 à 6,8. Les témoignages de l'époque racontent un retrait soudain de la mer d'environ un mètre à Antibes et Cannes, découvrant les bateaux de pêche, avant l'arrivée d'une vague de près de deux mètres qui a recouvert les plages.

Ces événements nous rappellent que la surprise peut être totale, surtout quand les délais sont très courts. Dans ces situations, les systèmes d'alerte habituels montrent leurs limites. La capacité des gens à évacuer rapidement devient alors très importante.

Deux scénarios de tsunamis pouvant affecter les côtes méditerranéennes (rouge : séisme sous-marin proche de la côte algérienne, vert : glissement sous-marin en mer Ligure)
Deux scénarios de tsunami pouvant affecter les côtes méditerranéennes (rouge : séisme sous-marin proche de la côte algérienne ; vert : glissement sous-marin en mer de Ligurie). Sahal, Leone & Péroche, 2013, Fourni par l'auteur

Un système d’alerte opérationnel pour la France

Depuis juillet 2012, la France a un système national d'alerte aux tsunamis. Il est géré par le Centre d’alerte aux tsunamis (Cenalt), en collaboration avec le système international coordonné par l'Unesco en Méditerranée. Ce système permet de détecter rapidement les séismes qui pourraient causer des tsunamis. Il transmet une alerte en moins de quinze minutes au centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic) et aux centres d'alerte étrangers.

Ensuite, c'est aux autorités de prévenir les populations, notamment grâce à la plateforme FR-Alert. Cette plateforme envoie des notifications sur les téléphones portables des personnes se trouvant dans la zone de danger.

Cependant, ce système ne couvre que les tsunamis venant de séismes lointains. Il est moins efficace pour les tsunamis locaux ou liés à des glissements sous-marins, car le tsunami peut arriver sur les côtes avant que l'alerte ne soit diffusée. C'est pourquoi il est important de prévenir les habitants des zones côtières des signes avant-coureurs : le tremblement de terre ressenti, les mouvements inhabituels de la mer, souvent un retrait avant l'arrivée du tsunami, mais pas toujours.

Nice Côte d’Azur : un territoire très exposé

Sur toutes les côtes méditerranéennes françaises, une zone terrestre à évacuer a été définie par les services de l'État et l'Université de Montpellier Paul-Valéry. Cette zone prend en compte l'altitude, la distance par rapport à la mer et les données historiques. Elle correspond à la partie du littoral dont l'altitude est inférieure à 5 mètres et qui se trouve à moins de 200 mètres de la mer. Le long des fleuves, cette distance est étendue à 500 mètres par rapport à leur embouchure.

En incluant la Corse, cela concerne 1 700 km de côtes, 187 communes en Méditerranée française, et au moins 164 000 habitants. En pleine saison estivale, il faut aussi penser à une estimation de près de 835 000 personnes sur les plages à évacuer en cas de tsunami.

Nombre de résidents estimés dans la zone à évacuer, pour chaque commune du littoral méditerranéen français
Nombre de résidents estimés dans la zone à évacuer, pour chaque commune du littoral méditerranéen français. Carles et coll., 2023, Fourni par l'auteur

La Métropole Nice Côte d’Azur présente de nombreux facteurs de risque : une forte densité de population, une grande attractivité touristique, et des plages très fréquentées. Nos études d'analyse d'images et de modélisation ont permis d'estimer la présence simultanée de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la zone à évacuer pendant les périodes de forte fréquentation (entre 10 000 et 87 000 personnes sur les plages, selon la saison et l'heure).

Schéma de principe pour la définition de la zone à évacuer en cas de tsunami sur l’arc méditerranéen
Schéma de principe pour la définition de la zone à évacuer en cas de tsunami sur l’arc méditerranéen. MIIAM, 2019, Fourni par l'auteur

Évacuer avant le tsunami : le plan prévu pour la Métropole Nice Côte d’Azur

Face à un tsunami, l'évacuation est le seul moyen de protection efficace. L'expérience internationale montre que des évacuations rapides et bien organisées peuvent sauver la grande majorité des populations menacées. Ces évacuations rapides ont, par exemple, permis de sauver 96 % des habitants du littoral japonais lors du grand tsunami de la côte du Tōhoku le 11 mars 2011.

À Nice Côte d’Azur, une stratégie globale d’évacuation a été mise en place avec l'aide de la recherche scientifique (Laboratoire de géographie et d’aménagement, Université de Montpellier Paul-Valéry). Elle se base sur des itinéraires à pied optimisés, qui prennent en compte les pentes, les obstacles, les vitesses de déplacement et les points de forte affluence. Des zones sûres, hors de portée des vagues, ont été identifiées et validées avec les autorités locales. Les itinéraires d'évacuation ont été calculés en utilisant des algorithmes pour trouver les chemins les plus rapides.

Au total, près de cent zones sûres ont été cartographiées et intégrées dans des plans d'évacuation opérationnels, conçus pour guider les populations vers un endroit sûr rapidement.

Les tous premiers panneaux de prévention du risque tsunami posés à Nice le 27 février 2026
Les tout premiers panneaux de prévention du risque tsunami posés à Nice, le 27 février 2026. C. Thomin, MNCA, 2026, Fourni par l'auteur

De la science à l’action : préparer les populations

La prévention ne se limite pas à des cartes. Elle implique aussi que les populations comprennent le risque. Des actions de sensibilisation, des exercices d'évacuation, notamment dans les écoles, et la mise en place progressive d'une signalisation spécifique aident à adopter les bons comportements. Plusieurs actions de ce type ont été menées à Nice avec l'aide des étudiants de Montpellier.

À Nice, une plateforme d'information accessible au public, avec des cartes interactives, permet aussi de consulter les zones à évacuer, les itinéraires et les consignes à suivre en cas d'alerte. Ces outils contribuent au développement d'une véritable culture du risque tsunami.

Interface cartographique en ligne permettant de localiser la zone à évacuer, les sites refuges, et les itinéraires en cas de tsunami sur la Métropole Nice Côte d’Azur
Interface cartographique en ligne permettant de localiser la zone à évacuer, les sites refuges et les itinéraires en cas de tsunami sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur. LAGAM/UMPV, 2026, Fourni par l'auteur

Vers des territoires « Tsunami Ready »

Au-delà du cas de la Côte d'Azur, la méthode développée peut être appliquée à d'autres littoraux français et européens, en Méditerranée comme dans les territoires d'outre-mer, où les tsunamis peuvent arriver aussi rapidement.

Ces démarches s'inscrivent dans l'objectif de reconnaissance internationale Tsunami Ready (territoires préparés aux tsunamis) de l'Unesco. Ce programme en 12 points vise à certifier les territoires capables d'anticiper le risque, de préparer leurs populations et d'organiser une réponse adaptée.

Les premières communes d'Europe à obtenir ce label ont d'ailleurs bénéficié du soutien scientifique et technique de notre équipe. Il s'agit de Deshaies en Guadeloupe et de Cannes (Alpes-Maritimes). La reconnaissance de la Métropole Nice Côte d’Azur est attendue très prochainement.

Face à une vague qui peut arriver en quelques minutes, être prêt à évacuer peut faire toute la différence.


Article écrit avec la collaboration de Louis Monnier, Monique Gherardi, Matthieu Péroche et Noé Carles, Université de Montpellier Paul-Valéry.

Frédéric Leone ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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