Politics
6 min read

Qui est visé par la guerre : le régime islamique ou l’Iran en tant que tel ?

L’ampleur des frappes, qui sont loin de ne cibler que les responsables de la dictature iranienne, invite à s’interroger sur les véritables buts de guerre de Washington et Tel-Aviv.

💡 Tip: Click any word to see its translation

Le gouvernement autoritaire et violent qui dirige le pays depuis 1979 a causé beaucoup de morts. Au début de janvier, il y a eu un nouveau massacre terrible. C'est pourquoi une partie de la population, en Iran et à l'étranger, espère que les actions militaires menées par Israël et les États-Unis mettront fin à cette situation. Cependant, les attaques touchent beaucoup de personnes sans distinction, causant de grandes destructions et de nombreuses victimes civiles. Pendant ce temps, le gouvernement arrive à remplacer ses dirigeants tués par d'autres.


En janvier, le massacre de personnes qui manifestaient pour un changement de régime islamique dans tout le pays a attristé la majorité des Iraniens. Pour rester au pouvoir, les autorités ont traité ces femmes, ces hommes et ces enfants d'"ennemis de l'intérieur" et ont ordonné aux forces de sécurité de tirer sur la foule pour tuer. D'après les informations de Hrana, une organisation de défense des droits humains basée aux États-Unis, il y a eu au moins 6800 morts et plus de 42 000 personnes ont été arrêtées. 11280 cas sont encore en cours d'examen.

Pendant que les familles cherchaient encore leurs proches tués, blessés ou emprisonnés, et qu'elles devaient payer de l'argent aux autorités pour récupérer les corps, Donald Trump et Benyamin Nétanyahou ont décidé d'imposer une guerre au pays. Cette guerre est considérée comme illégale et illégitime. Le prétexte était de mettre fin au programme nucléaire iranien et d'aider la population qui souffrait.

Un régime dont les dirigeants sont remplacés

Le 28 février, alors que des représentants du gouvernement de Téhéran discutaient avec les représentants américains Steve Witkoff et Jared Kushner à Genève, le Guide Ali Khamenei, certains membres de sa famille et plusieurs dizaines de hauts responsables du régime ont été tués par des bombardements américains et israéliens.

La nouvelle de la mort du dirigeant a réjoui beaucoup de personnes en Iran et dans la diaspora. Pourtant, la guerre ne vise pas seulement les chefs du régime. Le même jour, un missile Tomahawk a touché une école de filles à Minab, tuant 168 jeunes élèves. C'est considéré comme un crime de guerre.

Les Iraniens ont vite compris qu'il ne s'agissait pas d'une guerre pour les libérer, mais surtout d'une destruction massive des infrastructures. En un mois, plus de 66 000 habitations, 20 127 bâtiments commerciaux, trois cents hôpitaux et centres médicaux, l'institut Pasteur de Téhéran, des dizaines d'écoles, une centaine de monuments historiques, des centres de dessalement d'eau, plusieurs raffineries et dépôts de pétrole, des ports et aéroports, des navires et avions, des industries pharmaceutiques et métallurgiques, etc., ont été détruits. Plus de 2 000 civils auraient été tués, plusieurs milliers blessés et trois millions de personnes déplacées. Il est clair que c'est l'Iran, sa population et son État qui sont attaqués, et pas seulement les dirigeants du régime. D'ailleurs, Donald Trump a dit qu'il cherchait à négocier avec des personnes de ce même régime.

Contrairement à ce que pensaient Washington et Tel-Aviv, le régime n'a pas été détruit après la mort de ses dirigeants. En effet, il s'agit d'un système bien organisé où les fonctions et les institutions sont plus importantes que les personnes qui les occupent. De plus, les dirigeants avaient pris des précautions suite aux bombardements précédents. Ils avaient nommé quatre remplaçants pour chaque responsable civil ou militaire. Ils sont donc interchangeables.

Une guerre qui touche plusieurs pays, une population en difficulté

Le régime islamique a rapidement étendu cette guerre asymétrique à d'autres pays, voire à l'international. Il a pris le contrôle du détroit d'Ormouz, ce qui a entraîné une augmentation des prix mondiaux du pétrole et d'autres produits. Les missiles et les drones fabriqués en Iran permettent au régime autoritaire de résister. Depuis quarante ans, ce régime a su utiliser les sciences occidentales tout en rejetant les principes démocratiques. Chaque année, 234 000 ingénieurs sortent des universités en Iran, plaçant le pays loin devant la France, par exemple.

Pendant ce temps, les Iraniens sont coincés entre deux "démocraties occidentales" qui les bombardent et un régime islamique qui continue de les réprimer. Les arrestations d'opposants et les exécutions sommaires n'ont jamais cessé. Le contrôle du détroit d'Ormouz, la fabrication de missiles et le contrôle de la population font partie des trois priorités du régime en matière de sécurité. Pour "sécuriser" les rues, les dirigeants ont même recruté des enfants miliciens (bassidji) dès l'âge de douze ans. Ils les ont armés et autorisés à tirer sur la population. Cependant, ces miliciens sont aussi des cibles faciles pour les missiles israéliens et américains.

Cette guerre a encore appauvri une population qui subit des sanctions depuis de nombreuses années. Plus de la moitié des Iraniens vivaient déjà sous le seuil de pauvreté. C'est particulièrement le cas des femmes, qui travaillaient souvent dans le secteur informel de l'économie et qui n'ont plus de revenus aujourd'hui, alors qu'elles s'occupent principalement de leurs enfants. Les inégalités entre hommes et femmes rendent les femmes particulièrement vulnérables à la violence. Alors que les hommes meurent en plus grand nombre pendant les conflits, les femmes meurent souvent des conséquences indirectes, une fois la guerre terminée. Cette guerre, comme toutes les autres, crée une masculinité militarisée, qui est devenue l'expression principale d'une identité masculine liée à la domination, à "l'honneur" et à l'agression. Elle augmente la violence envers les femmes, affaiblit davantage la société civile iranienne qui était très active pendant le Mouvement femme, vie, liberté, mais déjà affaiblie par les massacres de janvier 2026, et renforce le régime islamique et son contrôle sur la société.

Un changement qui doit venir de l'intérieur

Des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés inutilement pour l'industrie nucléaire, qui est aujourd'hui détruite par des frappes. Cet argent aurait pu être utilisé pour des programmes d'énergies renouvelables, alors que le pays bénéficie de 285 jours d'ensoleillement par an. Les revenus de la vente de pétrole, dont l'Iran est resté un important exportateur malgré les sanctions, ont été utilisés pour financer l'armée et le programme nucléaire, et non le bien-être de la population.

Alors que Donald Trump a menacé de "ramener les Iraniens à l'âge de pierre", plusieurs pays de la région alliés des États-Unis, comme l'Égypte, le Pakistan, l'Arabie saoudite et la Turquie, essaient d'éviter que la situation ne s'aggrave et cherchent à établir un cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis. Ils font cela non pas par amour pour la paix ou pour la République islamique, mais pour leur propre sécurité et pour éviter leur effondrement économique.

Seule une paix durable qui garantit l'intégrité du territoire iranien peut assurer la stabilité de toute la région et renforcer la société civile iranienne. Cela permettra à terme à la population de changer elle-même le régime islamique et d'arriver enfin à une situation où l'État sert la population.

Azadeh Kian ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait profiter de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Currently reading at B1 level (Intermédiaire)