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Crédit immobilier : les raisons d’un blocage du marché du logement

Avec la hausse des taux d’intérêt, les discours alarmistes sur un possible krach immobilier réapparaissent. Pour le moment, le marché est surtout figé.

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La forte augmentation des taux d'intérêt inquiète certains experts qui pensent qu'il pourrait y avoir un effondrement du marché immobilier. Cependant, les conditions ne sont pas réunies pour cela. On observe plutôt un marché qui ralentit, où les personnes qui veulent acheter ou vendre repoussent leurs projets. Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour les personnes qui cherchent un logement. Pour l'économie, c'est moins grave. Pour l'instant.


Depuis deux ans, le marché immobilier en France connaît des difficultés importantes, comme on n'en avait pas vues depuis le début des années 2000. Les taux d'intérêt ont beaucoup augmenté, le pouvoir d'achat immobilier a baissé, et il y a moins de transactions. Tous ces signes font que les gens, qu'ils soient propriétaires ou investisseurs, se demandent s'il faut s'attendre à une crise du crédit immobilier.

Derrière ces discours qui font peur, quels sont les vrais mécanismes économiques ? Entre 2021 et 2024, les taux pour les prêts immobiliers sont passés d'environ 1 % à plus de 4 %. Ce changement peut sembler brutal, surtout après dix ans où l'argent coûtait très peu cher. Pourtant, comme on peut le voir sur le graphique, dans les années 2000, emprunter à 4 % ou 5 % était normal.

Coin Capital et Banque de France (calculs des auteurs), Fourni par l'auteur

Ce qui est différent aujourd'hui, et ce que montre le graphique, c'est la rapidité de cette augmentation. Elle a surpris les gens et les banques. Résultat : la hausse rapide des taux a entraîné une forte baisse de la demande de crédits. Beaucoup de personnes ne respectent plus le critère du taux d'endettement, ou décident de ne pas emprunter pour acheter.

Le marché du crédit est sous pression

Le nombre de crédits immobiliers accordés a beaucoup diminué depuis 2022. Les banques, obligées de respecter des règles strictes (pas plus de 35 % de taux d'endettement, durée maximale de 25 ans), ont rendu l'accès au financement plus difficile. Elles prêtent moins et choisissent les dossiers avec plus d'attention.


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Cela alimente l'idée d'un "krach du crédit". Cependant, un krach, dans le sens strict du terme, signifie un effondrement soudain et désordonné du système. Ce que l'on voit aujourd'hui ressemble plutôt à une adaptation forcée qu'à une rupture majeure du système.

Les banques françaises sont solides, elles ont suffisamment de fonds propres et ne sont pas trop exposées à des prêts risqués comme les prêts « subprime », ce qui s'est passé aux États-Unis en 2008.

Une correction dans les grandes villes

Face à la baisse de la demande, les prix de l'immobilier ont commencé à baisser dans beaucoup de grandes villes depuis 2023. Paris, Lyon ou Bordeaux ont vu leurs prix baisser de manière notable, souvent entre 5 % et 10 % selon les périodes et les endroits.

Cette correction est normale : quand le crédit coûte plus cher, la capacité d'achat diminue. Pour que les transactions reprennent, les prix doivent s'adapter, c'est la loi de l'offre et de la demande. Mais là encore, il s'agit d'une correction progressive, pas d'un effondrement généralisé.

Cependant, plusieurs raisons structurelles limitent la baisse des prix. D'abord, il y a toujours un décalage entre l'offre et la demande. En France, le marché du logement souffre depuis plusieurs années d'un manque de logements, surtout dans les grandes villes. Comme l'explique l'association nationale pour l'information sur le logement (ANIL), il n'y a tout simplement pas assez de logements pour tout le monde, ce qui maintient les prix, même quand le marché ralentit. De plus, beaucoup de propriétaires ne veulent pas vendre leur bien moins cher que ce qu'ils l'ont acheté, pour éviter de perdre de l'argent.

Le marché immobilier français ne s'ajuste pas facilement par les prix, mais il est bloqué : les vendeurs ne veulent pas baisser leurs prix, et les acheteurs ne peuvent plus emprunter autant. Le résultat est moins un krach qu'un marché qui s'arrête progressivement.

Les besoins en logement augmentent à cause de la démographie

En même temps, la population continue de croître, ce qui augmente la demande de logements. La population française augmente, vieillit et ses modes de vie changent (séparation des couples, familles monoparentales, mobilité professionnelle). Tous ces changements créent un besoin plus important de logements, ce qui bloque encore plus l'ajustement attendu.

Enfin, la façon dont les propriétés sont détenues joue un rôle stabilisateur. Beaucoup de propriétaires en France n'ont plus de crédit à rembourser : leur taux d'endettement est d'environ 11 %, contre près de 28 % pour ceux qui achètent avec un prêt. Cette situation financière plus stable limite les ventes forcées quand le marché ralentit.

En résumé, ces éléments créent une sorte d'inertie sur le marché immobilier français : les prix peuvent baisser, mais ils résistent mieux aux chocs que sur des marchés plus spéculatifs ou plus endettés. Autrement dit, il n'y a pas de ventes forcées importantes qui pourraient provoquer une chute brutale des prix, ce qui serait un ajustement "normal".

Par contre, cette résistance s'accompagne d'un autre phénomène : un fort ralentissement de l'activité. Avec des taux d'intérêt élevés, les acheteurs et les vendeurs attendent. Les premiers espèrent une baisse des taux pour pouvoir emprunter plus ; les seconds préfèrent attendre pour vendre plus cher. Ce décalage bloque les négociations et réduit beaucoup le nombre de transactions. Le marché ne s'effondre donc pas : il ralentit. Les échanges se font plus rares, les déplacements pour déménager ralentissent, et tout cela donne l'impression d'un marché "à l'arrêt".

Le rôle stabilisateur des autorités européennes et nationales

De plus, les autorités ont un rôle important dans l'évolution du marché. La Banque Centrale européenne a déjà ralenti la hausse des taux et pourrait les stabiliser, voire les baisser progressivement si l'inflation diminue. En France, les autorités ont déjà modifié certains paramètres pour éviter un blocage du marché. Le calcul du taux d'usure, le taux maximum légal pour les prêts, a été temporairement calculé chaque mois en 2023 pour mieux suivre la hausse rapide des taux et faciliter l'octroi de crédits.

Par ailleurs, les banques ont des possibilités d'adaptation concernant les règles d'endettement, avec des exceptions contrôlées qui permettent d'accepter certains dossiers même s'ils ne respectent pas tout à fait les critères habituels. L'objectif est clair : maintenir un accès minimum au crédit malgré des conditions plus difficiles. Ces actions aident à limiter les chocs. Elles rendent un scénario de krach pur moins probable, même si elles ne peuvent pas empêcher un ralentissement durable.

France 24 – 2024.

Ce n'est pas un krach, juste un déséquilibre

Plutôt qu'un krach, nous assistons à la fin d'une période exceptionnellement favorable. Le marché immobilier entre dans une phase plus "normale", avec des taux plus élevés qu'au cours des dix dernières années, une sélection plus stricte des emprunteurs et une stabilisation, voire une légère baisse des prix. Cela demande un changement de comportement. Les acheteurs doivent revoir leurs attentes, les vendeurs ajuster leurs prix, et les investisseurs recalculer leurs gains.

Pour les ménages, la situation est inconfortable mais pas désastreuse. Ceux qui ont déjà emprunté à taux fixe sont protégés. Ceux qui veulent acheter doivent être plus patients et plus malins.

Le vrai risque n'est pas un krach soudain, mais un marché qui ralentit durablement, avec moins de transactions et moins de mobilité résidentielle. Cela pourrait avoir des conséquences économiques plus larges, notamment sur le secteur de la construction.

La période de forte croissance du secteur immobilier est terminée. Nous sommes entrés dans un environnement plus difficile, où le crédit redevient une ressource rare et coûteuse. Pour les acteurs du marché, l'objectif n'est plus de profiter d'une période de hausse, mais de s'adapter à une nouvelle réalité.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas d'actions, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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