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Séparations conflictuelles voire violentes : ce que révèlent les attaques verbales des pères

Une étude s'est plongée dans des sms et mails envoyés par des pères et jugés blessants par les mères qui les ont reçus, dans des contextes de séparations conflictuelles ou violentes.

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Une étude a examiné des SMS et des e-mails envoyés par des pères, que les mères ont trouvés blessants ou intimidants, surtout lors de séparations difficiles ou violentes. Cette étude a mis en lumière de nombreuses remarques sexistes.


Quand des parents se séparent, la façon de s'occuper ensemble des enfants peut devenir une communication difficile. Cela arrive quand l'objectif principal n'est plus de construire un projet pour l'enfant, mais de détruire l'autre parent, au moins symboliquement.

Selon les termes de la chercheuse en psychologie sociale Andreea Gruev-Vintila, qui est spécialisée dans le contrôle coercitif, la coparentalité peut alors se transformer en « contreparentalité ». Elle devient une « porte ouverte » pour dénigrer, intimider et harceler constamment l'autre parent.


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Mon objectif était de comprendre et de décrire, d'un point de vue linguistique, ce qui, dans les échanges entre parents séparés, est ressenti comme une violence par ceux qui le reçoivent. Je voulais rendre cela plus concret, car il est parfois difficile de qualifier juridiquement les comportements verbaux ou psychologiques violents.

Pour réaliser cette étude, j'ai contacté des professionnels qui aident les parents lors de séparations compliquées ou violentes (associations d'aide aux victimes de violences conjugales, travailleurs sociaux, psychocriminologues, psychologues...). Grâce à eux, vingt mères m'ont donné des messages électroniques – SMS et e-mails – envoyés par le père, qu'elles ont jugés blessants ou intimidants.

Si le corpus est composé uniquement de messages de pères à mères, c'est parce que c'est la réalité : les quelques hommes que j'ai rencontrés dans les associations ou les cabinets ne se sont pas sentis concernés. Les études montrent en effet que, d'une part, les hommes ont du mal à se considérer comme victimes, à cause des stéréotypes qui leur font honte de subir des violences conjugales. D'autre part, ce sont majoritairement les hommes qui commettent ces violences.

Habitudes de langage

Pour réaliser ces analyses linguistiques, j'utilise une approche qui considère le langage comme un moyen d'agir sur notre environnement. Chaque parole est une action sociale qui a des conséquences réelles.

Dans ce sens, je parle d'acte de langage. J'utilise des outils de la sociolinguistique et de la pragmatique, qui étudie les effets du langage. Plus précisément, je me base sur les nombreux travaux réalisés depuis les années 2000 par le groupe de recherche sur la violence verbale.

Même si l'on peut juger la violence différemment d'une personne à l'autre, le corpus montre ce que ce groupe de recherche appelle des « actes de condamnation d'autrui » (des reproches, des accusations, des menaces...). Ces actes ont un potentiel agressif commun. Voici six types d'actes de condamnation qui reviennent dans les messages, comme des habitudes de langage, marquées par des stéréotypes sexistes. Ils sont illustrés ici par des phrases tirées de l'étude.

La femme manipulatrice : « Espèce de manipulatrice ! », « Tu es sournoise »

L'insulte et, plus généralement, la qualification négative attaquent directement l'image de la personne visée. Elles la marquent négativement tout en faisant passer un jugement personnel pour une vérité absolue. C'est une façon d'imposer une idée sans laisser la place à la discussion.

De plus, ces insultes utilisent le stéréotype sexiste de la femme trompeuse. La personne qui envoie le message se présente comme celle qui découvre et déjoue les manœuvres cachées de la mère séparée. L'insulte semble alors justifiée, comme un acte de défense du père face aux actions qu'il subirait.

La femme intéressée : « L’argent, tu l’aimes quand il est pour toi »

Dénigrer la coparente se fait par des « reproches sur ce qu'elle est ». On la définit de manière négative, ici en utilisant l'idée reçue de la femme qui aime l'argent. Cela se combine souvent avec l'image de l'ex-femme qui veut se venger et nuire à son ex-conjoint.

Quand cela s'adresse à la mère, cela peut devenir une accusation de détourner la pension alimentaire pour ses propres besoins. Par exemple : « Sur la pension que je te verse, est-ce qu'il en reste assez pour acheter des chaussures à notre enfant ? » demande un père. Ce type de message ajoute au reproche de femme avide celui de mère égoïste et négligente.

La femme critiquée publiquement : « Tout le monde te trouve consternante »

L'acte de condamnation est parfois plus grave car il suggère que la personne est mal jugée par tout le monde. Le locuteur présente son opinion comme partagée par d'autres (ici, une foule anonyme).

Cet argument, qui fait appel au peuple, fait partie des stratégies de l'agresseur, notamment celle de « recruter des alliés ». Ces médisances peuvent donner à la mère des sentiments d'humiliation, la poussant à s'exclure.

Faire passer la femme pour malade : « Tu as un mal-être au fond de toi », « Tu pourris la vie de nos enfants avec tes névroses ! »

Une véritable « façon de parler comme un médecin » est utilisée. On attribue un problème psychologique à la femme pour la discréditer en tant que mère. La phrase « au fond de toi » montre une « intrusion » qui consiste à « entrer dans l'espace psychique de l'autre [...] à penser à sa place », comme l'explique la psychiatre et psychanalyste Marie-France Hirigoyen.

De plus, ces descriptions de mères débordées par leurs émotions et leurs actions sont très sexistes. Elles utilisent le stéréotype de la femme trop sensible, fragile et hystérique (ce terme apparaît dans certains messages). Enfin, cette image de la coparente comme mère névrosée et nuisible montre une stratégie de diabolisation. L'émetteur se présente ainsi, par contraste, comme le parent sain et protecteur.

La menace d'aller en justice : « Si tu refuses, je saisis le juge aux affaires familiales »

La menace limite le choix de la personne visée à deux options : obéir ou être punie. C'est un ultimatum qui sert à intimider – en utilisant les institutions, ici judiciaires, pour faire peur (l'argument du bâton) – et à forcer l'obéissance.

« Je te demande de respecter les horaires. 17h30, ce n'est pas 17h45. Si tu ne respectes pas ça, tu récupéreras tes enfants au commissariat », écrit aussi un père. Ici, les enfants sont aussi utilisés. Les présenter comme des victimes indirectes est une forme de chantage affectif. De plus, le reproche fait à la destinataire (ici, son manque de ponctualité lors des échanges) sert de justification à la menace, présentée comme une simple réaction du père à une faute de la mère. Ainsi, c'est elle qui est tenue responsable du comportement menaçant du père (stratégie d'inversion des rôles).

Les menaces judiciaires ont aussi un fort pouvoir de contrainte. Elles jouent sur la peur de la mère de voir la garde des enfants modifiée, mais aussi sur la crainte de revivre l'épreuve psychologique d'un procès et les coûts financiers qui y sont associés (menace économique).

Utiliser l'enfant : « Notre enfant saura tout et ne te le pardonnera pas »

Ce type de sombre prédiction pour la mère utilise plusieurs stratégies. Il y a d'abord l'utilisation de l'enfant, dans cette menace de « coalition », où « un parent essaie de s'allier avec l'enfant contre l'autre parent », selon la définition du psychologue clinicien Nicolas Favez. Cette triangulation, qui propage un discours dénigrant sur la mère, permet de « saboter la relation mère/enfant » (Andreea Gruev-Vintila).

De plus, on y voit « le contrôle du récit ». Cela donne aux femmes l'impression qu'« elles n'auront pas de solution car leur vérité sera rejetée face au récit victorieux de l'agresseur » (toujours selon Gruev-Vintila).

Bien que ces actes de condamnation semblent personnalisés, adaptés à ce qui serait le caractère « problématique » de la coparente, leur répétition dans le corpus montre qu'ils relèvent d'une violence sociale, systémique.

Accuser les mères d'incompétence vise à les blesser et à les déstabiliser en minant leur confiance en elles. La répétition – qui aggrave la violence verbale – de ces discours négatifs crée un harcèlement moral qui peut perturber le quotidien de la mère dans son rôle de parent et, par conséquent, fragiliser l'enfant.

Il est donc très important de reconnaître ces violences verbales qui se cachent sous le prétexte légitime de la coparentalité. Cela permettra aux mères de se protéger et aux différents acteurs du système judiciaire (police, magistrats, etc.) de les identifier. C'est à ce profilage linguistique que je consacre mes recherches.

Laferrière Aude ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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