
Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine en 2022, on analyse souvent le conflit par la politique et l’armée. Mais il existe aussi une bataille moins visible : celle des histoires sur les origines des peuples. Certains groupes d’extrême droite, en Russie comme en Ukraine, utilisent l’idée des Indo-Européens. Cela crée des croyances sur l'identité qui, même si elles sont rares, donnent un sens plus profond et parfois mystique à la guerre.
L’idée des Indo-Européens est un mythe politique important pour beaucoup de groupes d’extrême droite en Europe. Des penseurs et des soldats des deux côtés utilisent cette idée pour justifier la guerre. Selon eux, il s’agit d’une bataille pour l’Ur-Heimat (un mot allemand qui signifie « patrie d’origine »). Ils pensent que les plaines d’Ukraine sont le berceau de la culture Yamna (entre 3600 et 2300 avant J.-C.). D’après les théories de l’anthropologue Marija Gimbutas (1921-1994), ce lieu serait le point de départ d'un ancien peuple indo-européen.
Depuis février 2022 et l’invasion de son territoire, l’Ukraine n’est pas seulement un champ de bataille. Dans les villes détruites et les tranchées, l’armée russe fait des fouilles archéologiques illégales. Cela montre que la guerre se joue aussi sous la terre. Ils cherchent dans le passé des preuves que l’histoire officielle ne semble plus donner.
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Vladimir Poutine justifie la guerre en disant que la Russie doit reprendre les anciens territoires de la Rous’ de Kiev. C’est là qu’est née la religion orthodoxe slave. Mais l’utilisation de l’idée indo-européenne pose une question d’identité encore plus ancienne sur les racines de toute l’Europe.
Cette idée n’est pas seulement historique. Elle est aussi liée à des croyances spirituelles et mystérieuses. Bien sûr, on ne peut pas expliquer toute la guerre avec ces idées qui semblent parfois bizarres ou peu importantes. Pourtant, elles influencent beaucoup la façon dont les gens imaginent la politique.
Hyperborée et la question indo-européenne
L’idée indo-européenne est née au XIXᵉ siècle avec le linguiste allemand Franz Bopp. Ensuite, elle a été utilisée pour classer les peuples par « races ». Elle a été reprise par les mouvements völkisch en Allemagne et en Autriche, puis par les nazis. Ils l’ont utilisée pour essayer de prouver la supériorité de la « race » aryenne.
Dès le début, cette idée a été mélangée à des croyances secrètes. On parlait parfois d’une « tradition très ancienne » qui venait du Nord et d'un lieu mythique appelé Hyperborée.
Après 1950, la Nouvelle Droite française utilise cette idée. Elle s’appuie sur les travaux de Georges Dumézil pour dire que les Européens ont une culture commune. D’autres théories, comme celle des anciens astronautes de Robert Charroux, ont aussi diffusé ces idées mystérieuses dans certains groupes politiques.
Mais les idées sur les origines ne viennent pas seulement de l’Occident. En Russie, le mouvement slavophile commence dès 1830 à réfléchir à l’identité russe. Pour eux, la Russie est une civilisation différente de l’Europe. Elle protégerait une vérité spirituelle appelée la sobornost’, une union des âmes basée sur la religion orthodoxe.
En Ukraine aussi, on s’intéresse aux origines. Des personnes comme Mykhaïlo Hroushevsky (1866-1934) ont utilisé les mythes pour créer une identité culturelle. Entre les deux guerres mondiales, certains ont mélangé le nationalisme ukrainien et les anciennes religions slaves. C’est le cas de Volodymyr Shaïan (1908-1974), créateur de l’Ordre des Chevaliers solaires. Pour lui, l’Ukraine est le dernier protecteur de la civilisation aryenne et d’une sagesse très ancienne.
Le gouvernement soviétique ne supprime pas ces idées. Des archéologues comme Boris Rybakov (1908-2001) créent une archéologie pour l'Union soviétique. Même s’ils ne parlent pas de magie, leurs travaux ont aidé les nouveaux groupes religieux des années 1990.
En exil, Nikolaï Troubetskoï (1890-1938) utilise ses connaissances sur les langues pour dire que la Russie est une civilisation spéciale. Il critique l’Europe de l’Ouest. En Ukraine, Shaïan et son élève Lev Sylenko (1921-2008) créent une religion. Ils disent que l’Ukraine est l’ancienne « Oriana », le pays d’origine des Aryens.
À cette époque, on parle aussi du mythe du Livre de Veles. Ce sont des tablettes qui dateraient du IXe siècle. Elles racontent l’histoire des ancêtres slaves depuis leurs origines. Ce livre a été créé pour prouver que l’Ukraine est très ancienne et différente de la Russie.
Après la chute de l’URSS en 1991, ces idées circulent librement. Le groupe russe Pamiat’ (« Mémoire ») est le premier à utiliser les mythes slaves et aryens. D’autres groupes s’intéressent à l’Hyperborée, comme celui de Aleksandr Asov. Ils pensent que les Slaves viennent d’un continent perdu dans le Nord, ancêtre de toutes les civilisations.
L’ultime bataille pour l’Ur-Heimat
En Russie, Alexandre Douguine veut construire un empire immense. Il utilise l’idée des Indo-Européens. Il s’inspire d’auteurs comme Hermann Wirth, Julius Evola et René Guénon. Pour lui, tous les Européens viennent d’un même lieu appelé « Arctogaïa ». Il pense que la religion des Vieux-croyants orthodoxes garde encore ces secrets anciens.
En 1993, il écrit la Théorie hyperboréenne. Ce livre explique ses idées politiques. Pour lui, le mode de vie de l’Ouest (la démocratie, la liberté) est un grand danger. Il pense que le monde moderne détruit l’identité profonde des peuples européens.
Douguine pense que la fin du monde approche. Pour lui, la Russie est le Kathekon, la force qui empêche le mal de gagner. Il croit que la guerre en Ukraine est nécessaire pour protéger l’identité slave et détruire l’Occident « satanique ». En reprenant l’Ukraine, la Russie gagnerait une bataille importante et reviendrait vers un nouvel Âge d’Or.
Certains groupes d’extrême droite en Ukraine ont une idée totalement opposée. Ils utilisent les mêmes mythes et les mêmes symboles que Douguine, mais ils arrivent à des conclusions différentes.
Ils disent que la Russie n’est pas la vraie héritière des Indo-Européens. Au contraire, les Russes se seraient mélangés avec des peuples d’Asie. Cette idée est ancienne. Déjà en 1860, Franciszek Duchinski disait que les Russes n’étaient pas des Slaves. Le chercheur Fedir Vovk a aussi travaillé sur ces questions.
Aujourd'hui, des groupes ukrainiens comme Patriote d’Ukraine ou l’Assemblée sociale-nationale utilisent ces théories. Ils décrivent la Russie comme un empire venu d’Asie, héritier de la Horde d’or. Pour eux, l’armée russe est une menace comme les invasions mongoles du passé. En se battant, l’Ukraine protège la frontière de la terre aryenne contre cette invasion.
Traductions du mythe
Ces théories ne restent pas seulement dans les petits groupes. Elles apparaissent partout, même sur le champ de bataille.