Il est essentiel de bien réfléchir avant d'agir. Créer un bon indicateur demande de la méthode. Comment être sûr de mesurer exactement ce que l'on veut, sans être influencé par d'autres facteurs ? C'est très important car nos décisions dépendent de ces indicateurs. Voyons comment faire, en prenant l'exemple de la créativité, une qualité qui n'est pas facile à mesurer.
La créativité, l'engagement, la confiance, le bien-être : ces mots sont très utilisés aujourd'hui, que ce soit dans les entreprises, les administrations publiques ou les écoles. Ils nous aident à prendre des décisions importantes, comme lancer de nouvelles idées, évaluer des politiques ou améliorer les conditions de travail. Dans un monde qui change vite et où l'on ne sait pas toujours ce qui va se passer, ces notions nous aident à comprendre comment les organisations s'adaptent.
Ce qu'elles ont en commun, c'est qu'on ne peut pas les voir directement. Il faut donc utiliser des indicateurs pour les mesurer. Mais comment mesurer quelque chose qu'on ne voit pas ? On appelle ces notions des « choses intangibles ». En fait, ce sont des concepts que les chercheurs étudient indirectement. Autrement dit, on ne mesure pas la créativité ou le bien-être en soi, mais plutôt les éléments qui nous permettent de les comprendre.
Derrière ces indicateurs, il y a un travail scientifique sérieux et souvent peu connu. Ce travail est important car il influence la façon dont on évalue ces réalités et, finalement, les choix que l'on fait.
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Mesurer n'est jamais une action neutre. Cela permet de rendre certaines choses visibles et donc d'orienter les décisions. Cela montre aussi ce qui est important pour une organisation et ce que l'on décide de suivre dans le temps.
Cette démarche suit une méthode scientifique bien établie, notamment grâce aux travaux de Gilbert Churchill sur la création d'échelles de mesure. Nos recherches récentes nous permettent de mieux comprendre les étapes et les défis de cette méthode.
Clarifier ce que l'on veut mesurer
La première étape consiste à bien définir ce que l'on cherche à mesurer. En réalité, un même mot peut désigner des choses différentes. Dans notre étude, nous nous sommes concentrés sur la créativité dans les organisations. Il ne s'agit pas seulement du résultat, mais de la capacité à être créatif. Une organisation est créative quand elle met en place des pratiques, des systèmes et des habitudes qui aident à trouver et développer des idées sur le long terme.
Pour mieux définir ce concept, nous avons étudié 417 articles scientifiques. Cela nous a aidés à identifier cinq aspects importants : l'ouverture aux idées extérieures, le partage des idées, les outils pour la créativité, la gestion des idées et la capacité d'adaptation de l'organisation.
Cette étape transforme une idée générale en un cadre clair, ce qui est nécessaire pour créer des indicateurs fiables. Cela évite aussi de simplifier à l'excès des sujets complexes.
Transformer le concept en indicateurs
Une fois les aspects définis, il faut pouvoir les mesurer. Concrètement, cela signifie créer des « items », c'est-à-dire des questions qui permettent de mesurer chaque aspect en observant les pratiques. Par exemple, est-ce qu'une organisation encourage les échanges d'idées ? A-t-elle des outils pour développer ces idées ? Est-elle ouverte aux nouvelles inspirations de l'extérieur ?
Cette partie consiste à trouver et choisir les meilleurs items. Il faut créer puis sélectionner les indicateurs les plus pertinents, en écartant ceux qui se répètent ou qui ne sont pas fiables. L'objectif n'est pas d'avoir beaucoup de mesures, mais de choisir celles qui représentent le mieux la réalité étudiée. Dans notre recherche, cette étape nous a permis de créer 16 items qui représentent les différents aspects des capacités créatives des organisations, avant de les tester.
Une vérification indispensable
La dernière étape est de vérifier la qualité des indicateurs et la fiabilité de l'échelle de mesure. Nous avons donc réalisé une enquête auprès de 900 personnes travaillant dans différentes organisations dans le monde, pour que nos résultats soient plus généraux. Nous avons analysé les données en utilisant deux méthodes :
L'analyse factorielle exploratoire nous aide à comprendre comment les réponses se regroupent, c'est-à-dire quelles sont les grandes tendances qui ressortent des données ;
L'analyse factorielle confirmatoire vérifie ensuite si ces regroupements correspondent bien au modèle théorique que nous avions proposé.
Ces méthodes permettent de s'assurer que les résultats sont logiques et qu'ils correspondent à la façon dont nous avons imaginé le concept. C'est une première étape pour vérifier la solidité de notre échelle de mesure.
Plusieurs autres tests sont ensuite effectués pour évaluer la qualité de l'échelle. Ils permettent notamment de vérifier sa fiabilité et différentes formes de validité. Par exemple, la validité convergente signifie que les questions qui sont censées mesurer la même chose donnent des résultats similaires. La validité discriminante vérifie que les différents aspects mesurés par l'échelle sont bien distincts les uns des autres.
Enfin, la validité prédictive nous assure que les indicateurs sont liés à des résultats réels, comme la création de nouvelles choses. Les résultats de notre étude montrent que l'échelle que nous avons développée est fiable et solide, et qu'elle permet d'anticiper les succès en matière de créativité dans les organisations.
De la mesure à l'action
Cette démarche a permis de créer un outil gratuit en ligne. Les organisations peuvent l'utiliser pour évaluer leurs capacités créatives. En répondant à un questionnaire, elles obtiennent un score général, un diagnostic détaillé des différents aspects, ainsi que des suggestions pour s'améliorer.
L'intérêt est double : rendre visible une capacité que les organisations ont souvent du mal à identifier, et proposer des moyens concrets pour la développer. Au-delà des résultats, il s'agit de mieux comprendre comment une organisation fonctionne et comment elle peut s'adapter.
Cette méthode peut être utilisée par les entreprises, les administrations publiques et les écoles. Elle peut aussi servir à analyser d'autres concepts que la créativité, y compris des sujets sociaux comme le bien-être psychologique ou la cohésion sociale. Dans tous les cas, les indicateurs reposent sur des choix théoriques et méthodologiques qui influencent leur interprétation. Ils contribuent ainsi à orienter notre façon de penser et d'agir face à des défis complexes.
Florence Jeannot a reçu des financements de l'Agence nationale de la recherche.
Guy Parmentier a reçu des financements de l'ANR
Romain Rampa ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.