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Près de 80 % des travailleurs canadiens utilisent l’IA sans cadre institutionnel

Près de quatre Canadiens sur cinq utilisent l’IA au travail, mais sans cadre institutionnel. Ce phénomène de « Shadow AI » révèle moins une défaillance individuelle qu’un vide institutionnel.

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Près de 80 % des employés au Canada utilisent les outils d’intelligence artificielle générative (IA générative) pour améliorer leur travail et être plus productifs. Cependant, trois quarts d’entre eux le font sans l’accord de leur entreprise. Cela crée un problème important, car cela expose les entreprises à des risques financiers et d’image importants.


Ce phénomène, appelé « Shadow AI », montre surtout un manque de contrôle de la part des entreprises plutôt qu’un problème individuel des employés. Les entreprises doivent rapidement définir des règles pour l’utilisation de l’IA générative en proposant à leurs employés des outils sûrs et contrôlés.

L’utilisation croissante de l’IA générative

Les outils d’IA générative comme ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic), Gemini (Google) et Microsoft Copilot sont très présents aujourd’hui. Selon Statistique Canada, les entreprises utilisent surtout ces outils pour analyser des textes (35,7 %), traiter des données (26,4 %) et créer des programmes qui peuvent discuter, comme les chatbots (24,8 %).

L’essor de l’IA générative continue de diviser les opinions. Comme l’expliquent Rajiv Sabherwal et Varun Grover, deux professeurs reconnus en systèmes d’information, l’IA générative promet d’augmenter la productivité, de stimuler l’innovation et de transformer le monde du travail. En même temps, plusieurs rapports (notamment ceux du gouvernement canadien, du Centre canadien pour la cybersécurité, de Deloitte, ou d'IBM) alertent sur les dangers pour la sécurité, la conformité et la dépendance des entreprises envers des solutions extérieures.

Les travailleurs canadiens n’ont pas attendu que leurs employeurs mettent en place des règles pour utiliser l’IA générative. Selon une étude récente d’IBM, la majorité des employés à temps plein au Canada utilisent ces outils sans contrôle.

Face à cette situation, les entreprises ne peuvent plus rester spectatrices, elles doivent agir.


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Le « Shadow AI »

Le Shadow AI est une réalité bien connue au Canada et dans le monde. Les études de CybSafe and the National Cybersecurity Alliance, KPMG, et Salesforce confirment l’importance de cette pratique qui est devenue très populaire.

En septembre 2025, une étude d’IBM a montré que 79 % des employés de bureau au Canada utilisent des outils d’IA générative pour leur travail. Cependant, seulement 25 % d’entre eux utilisent des solutions approuvées par leur entreprise. Plus frappant encore, 54 % disent utiliser des outils personnels au moins une fois par semaine pour leur travail.

Cette étude montre aussi que 21 % utilisent uniquement des outils personnels pour leur travail, tandis que 33 % utilisent à la fois des outils personnels et ceux de leur entreprise. Cette différence entre ce que font les employés et ce que les entreprises autorisent avec l’IA générative montre un manque important de stratégie.

Plusieurs risques

Les risques liés au Shadow AI sont nombreux et prouvés. 57 % des personnes interrogées dans une enquête de TELUS Digital Experience ont avoué avoir entré des informations sensibles (données personnelles, contrats, codes informatiques) dans des outils d’IA générative.

Les conséquences financières sont aussi réelles. Le rapport IBM Cost of a Data Breach 2025 estime que chaque incident de Shadow AI a coûté 308 000 $ de plus en violations de données au cours de la dernière année pour les entreprises canadiennes.

En plus des pertes financières, des exemples célèbres montrent les risques pour l’image des entreprises. Chez Samsung, des employés ont involontairement partagé un code source interne important via ChatGPT. De plus, deux avocats de New York ont été condamnés à une amende de 5000 $ pour avoir utilisé dans un dossier juridique des citations et des décisions de justice entièrement inventées par ChatGPT.


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Les raisons du « Shadow AI »

Le Shadow AI n’apparaît pas simplement parce que les employés veulent ignorer les règles de l’entreprise. Il montre plutôt un décalage entre ce dont les employés ont vraiment besoin pour travailler et ce que les entreprises leur proposent.

Le discours général sur l’IA générative, promu par des entreprises technologiques comme Anthropic ou Microsoft, certains médias et des influenceurs, met en avant un gain d’efficacité et de productivité. Cela crée chez les employés une vision positive de l’IA générative, qui est vue comme un outil essentiel pour leur performance. Ils l’adoptent donc s’ils ne trouvent pas de solutions officielles.

Ce phénomène peut aussi s’expliquer par le temps qui passe entre le développement constant de l’IA générative et la capacité des entreprises à réagir. Les employés évoluent plus vite que les structures mises en place pour les aider.

Les entreprises, ralenties par des processus de validation, de conformité et de gestion des risques, mettent du temps à répondre aux attentes des employés. Face à des procédures jugées trop lentes, les employés cherchent des moyens de contourner les canaux officiels pour profiter des avantages de l’IA générative. Ainsi, 46 % des travailleurs canadiens interrogés par IBM penseraient à quitter leur entreprise pour une autre qui utilise l’IA générative plus efficacement. Cela montre l’urgence stratégique de ce problème.


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Intégrer l’IA générative dans les entreprises

Face au phénomène de Shadow AI, les entreprises doivent adopter une approche proactive pour l’intégrer et en faire une opportunité. Il ne s’agit pas d’imposer l’utilisation de l’IA générative, mais de définir une position claire, allant de l’interdiction totale à l’utilisation sans restriction. Ne pas avoir cette position claire est une faiblesse stratégique qui expose l’entreprise à des risques.

Pour intégrer efficacement l’IA générative, nous proposons trois actions importantes.

  • Créer des règles d’utilisation claires, les communiquer et les mettre à jour régulièrement pour définir ce qui est autorisé et ce qui est interdit.

  • La formation et la sensibilisation sont essentielles : les employés doivent non seulement acquérir des compétences techniques en rédaction assistée par ordinateur, mais aussi bien comprendre les enjeux liés à l’entreprise, à l’éthique et à la sécurité.

  • Choisir et mettre en place des outils d’IA générative approuvés et sécurisés, qui correspondent aux besoins de l’entreprise et respectent la loi. Comme le souligne KPMG, les entreprises qui prennent de l’avance « transforment l’utilisation non autorisée de l’IA en un avantage stratégique et en un moteur d’innovation » (traduction libre).

  • Cette approche proactive permet de diminuer les risques, de renforcer la confiance des employés et de développer une culture d’innovation responsable.

    Perspectives : vers des IA génératives internes

    Une réflexion sur le Shadow AI amène naturellement à penser au développement d’outils d’IA générative personnalisés au sein des entreprises. Comme Forvis Mazars, une grande entreprise spécialisée dans l’audit, la comptabilité, la fiscalité et le conseil, certaines entreprises et gouvernements étudient la création d’IA génératives internes adaptées à leurs besoins spécifiques.

    Cette stratégie réduit l’exposition aux risques et offre plusieurs avantages : un meilleur contrôle de la confidentialité des données, une personnalisation de l’IA générative selon les processus de travail, une moindre dépendance aux plateformes externes et un renforcement de la souveraineté numérique. Cependant, cette approche demande des investissements importants en compétences techniques, financières et humaines, ainsi qu’une gestion éthique stricte.

    Les entreprises qui réussiront à utiliser le Shadow AI comme un avantage stratégique, en intégrant réfléchis et de manière ouverte l’IA générative, auront un avantage concurrentiel durable dans l’économie numérique actuelle.

    Harold Junior NGUEGANG TEWAMBA est membre du Centre de recherche en technologies de l’information et affaires (CeRTIA) de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

    Gildas Agbon est membre étudiant de l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia). Il a reçu des financements du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada.

    Currently reading at B1 level (Intermédiaire)

    Mots clés · key words

    gratuitement
    — free, gratuitously
    conformité
    — conformity
    reçu
    — receipt, accepted
    concurrentiel
    — competitive
    alerter (alertent)
    — to alert, inform, warn
    efficacement
    — efficiently, effectively
    productif (productifs)
    — productive
    amende
    — fine
    comptabilité
    — accountancy, accounting, book-keeping
    externe (externes)
    — external, outer

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