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Quand les médias sous-informent et désinforment à propos de la crise environnementale

En 2026, seuls 4 % des articles de presse écrite et des sujets audiovisuels concernaient l’environnement. Une proportion montée à 10 % au cours de l’été. La désinformation est en hausse, notamment sur les chaînes du groupe Bolloré et sur des radios privées.

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CE QU'IL FAUT RETENIR

  • En 2026, 4 % des articles de presse écrite et des sujets télévisés parlaient de l'environnement. Cet été-là, cette proportion est montée à 10 %.

  • Le réchauffement climatique a du mal à être pris au sérieux à cause des méthodes actuelles des médias : informations en continu, divertissement informatif, réseaux sociaux.

  • La diffusion de fausses informations augmente, surtout sur les chaînes du groupe Bolloré et sur certaines radios privées.


  • « Vous n’avez pas été très convaincants. » Sur BFMTV, le 26 juin 2026, pendant une forte chaleur, un journaliste de cette chaîne d'information en continu dit aux scientifiques qu'ils n'ont pas assez bien expliqué les conséquences du réchauffement climatique. Il pense que c'est pour cela que rien n'est fait pour le moment.

    Christophe Cassou, climatologue et expert du Giec, qui était présent, a répondu vivement :

    « C’est assez honteux ce que vous venez de dire. C’est inadmissible de rejeter la faute sur les scientifiques. Les rapports existent, le Giec est là. »

    Cette conversation a marqué les esprits, car l'été a été très chaud, avec des incendies importants et des canicules répétées. Quelle est la responsabilité des médias dans le manque d'informations et la diffusion de fausses nouvelles concernant la crise environnementale ?

    Il est clair que l'information sur ce sujet est insuffisante. Depuis 2024, l'Observatoire des médias sur l'écologie (OME) compte la part des sujets sur l'environnement dans les informations des médias. En avril 2026, seulement 4,8 % des articles de presse écrite et 4 % des sujets télévisés en France traitaient des crises environnementales. C'est ce qu'indique cet observatoire, créé par des associations qui veulent un meilleur traitement médiatique des questions climatiques. Il est financé, entre autres, par l'Agence de la transition écologique (Ademe).

    De plus, le public pense que les médias ne font pas assez face à la crise. Selon une enquête de 2024 pour le ministère de la transition écologique, 59 % des personnes interrogées estiment être mal informées sur le changement climatique.

    L'environnement, un sujet trop compliqué pour le journalisme ?

    Les questions environnementales ne correspondent pas facilement aux formats habituels de l'actualité et aux méthodes des journalistes. En effet, elles concernent des périodes longues, des connaissances scientifiques complexes, et des responsabilités politiques, économiques et individuelles souvent partagées. Tout cela rend difficile leur présentation simplifiée, qui est souvent le résultat de l'information en continu, du divertissement informatif et des formats courts.

    Plus généralement, le journalisme actuel considère comme "actualité" ce qui est inhabituel. Le changement climatique n'est donc remarqué que lorsqu'il y a une catastrophe ou un événement marquant, comme un très grand incendie.

    Cette façon de présenter les choses correspond à l'actualité "chaude". On observe que, depuis la première canicule jusqu'aux incendies qui ont touché la France cet été 2026, le temps d'antenne consacré au climat a augmenté. En juillet, 10,6 % du temps d'antenne des radios et télévisions a été dédié aux "crises environnementales" par l'OME (contre 12,8 % en août 2025). Le climat est donc mis en avant dans les médias quand il y a un événement, alors que les problèmes du réchauffement sont souvent des processus longs, qui s'accumulent et qui touchent tout le système.

    Cette approche centrée sur la crise et l'événement, comme pendant cette période de forte chaleur, est appelée "cadrage épisodique". Cela signifie que le problème public est raconté à travers un cas précis, un événement ou une personne, ce qui simplifie sa complexité.

    Or, les recherches montrent que cette façon de présenter les choses tend souvent à faire croire que les problèmes de société sont dus à des actions individuelles. Selon Philip Solomon Hart, les personnes qui voient les questions climatiques présentées de manière épisodique soutiennent moins les politiques publiques contre le réchauffement que celles qui voient une présentation plus générale et contextualisée. Par exemple, se concentrer sur les touristes évacués à cause des incendies en Gironde ou sur les personnes qui ont mis le feu, plutôt que de lier ces grands incendies au réchauffement climatique, est une présentation épisodique qui empêche le public d'avoir une vision complète.

    Bilan des médias télévisés et radio français en 2025

    Bien sûr, il y a des différences importantes entre les médias. Sur France Info TV, en mai 2026, 54 % des reportages sur la canicule mentionnaient le changement climatique. Arte, RFI, France Culture et France24 sont les chaînes qui expliquent le plus les causes. Ainsi, les médias publics semblent traiter ce sujet plus complètement, contrairement à certains médias privés comme CNews, Europe 1 et BFMTV, qui ne le mentionnent que dans environ 20 % de leurs reportages.

    En mai, l'ONG QuotaClimat a signalé un cas de fausse information toutes les 20 minutes sur Sud Radio, CNews et Europe 1. Au total, 62 cas de fausses informations sur le climat ont été relevés sur tous les médias audiovisuels français entre le 23 et le 30 mai.

    Sur CNews et Europe 1, les fausses informations consistent à minimiser la situation (par exemple, Pascal Praud a dit dans l'émission "l'Heure des pros 2" sur CNews, le 21 mai 2026 : « La vague de chaleur n'est pas exceptionnelle »), à utiliser des témoignages personnels comme « Je me souviens, quand j'étais enfant, j'avais chaud », à remettre en question les causes humaines du réchauffement climatique ou à mettre en avant des solutions technologiques.

    Selon l'Ademe, les fausses informations sur le climat sont plutôt en hausse et elles ne sont pas seulement diffusées par les journalistes. En effet, les médias sont souvent influencés par des stratégies de lobbies ou de partis qui veulent orienter la façon dont les sujets environnementaux sont présentés. On peut penser aux débats sur le glyphosate, les OGM ou le scepticisme face au changement climatique. Plus récemment, lors de l'examen de la loi d'urgence agricole, de nombreux responsables politiques interrogés par les chaînes d'information en continu ont ignoré les conclusions scientifiques sur la toxicité des pesticides ou l'utilisation des "mégabassines" (grands réservoirs d'eau).

    La grande responsabilité des médias

    Le changement climatique n'est pas seulement un sujet d'actualité, c'est avant tout un sujet de société qui concerne notre avenir commun. Le rôle des médias et des journalistes pour raconter cette histoire est très important, comme le montre le sixième rapport du Giec, publié en 2023. Il indique que

    « les médias jouent un rôle essentiel pour façonner ce que le public pense, comprend et veut faire concernant le changement climatique ».

    Le chercheur Jean-Baptiste Comby a montré que certains médias ont eu une grande responsabilité en culpabilisant le public et en déplaçant le problème climatique vers les actions individuelles, les gestes écologiques et la morale de la consommation.

    Plus grave encore, le fait de "blanchir la désinformation, les attaques et les dénonciations dans les médias" fait partie d'une méthode pour discréditer la science, selon le chercheur David Chavalarias.

    CNews est la chaîne qui diffuse le plus de fausses informations sur le climat. Selon plusieurs ONG, 174 cas y ont été signalés en 2025. QuotaClimat a demandé au Conseil d'État d'intervenir le 1er juillet. L'ONG espère que le Conseil d'État poussera l'Arcom (l'autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) à reconsidérer sa décision de ne pas sanctionner la chaîne. Il faut rappeler que l'Arcom avait, en 2024, infligé une amende à CNews pour une diffusion similaire de fausses informations sur le climat, d'un montant de 20 000 euros.

    Sud Radio a également été sanctionnée en juin 2024 pour « plusieurs déclarations qui contredisaient ou minimisaient le consensus scientifique actuel sur le dérèglement climatique, avec un traitement manquant de rigueur et sans contradiction », tenues à l'antenne en 2023. L'Arcom a aussi rappelé à l'ordre la chaîne en juillet 2024.

    Il n'y a pas de lois spécifiques sur la manière de traiter les enjeux écologiques. Cependant, face à l'ampleur des fausses informations et de leurs conséquences, il faut se poser la question de la régulation.

    Pauline Amiel est membre bénévole du conseil scientifique de l'Observatoire des médias sur l'Ecologie.

    Currently reading at B1 level (Intermédiaire)

    Mots clés · key words

    audiovisuel (audiovisuels)
    — audio-visual
    dénonciation (dénonciations)
    — denunciation
    minimiser
    — to minimize, play down
    scepticisme
    — scepticism
    réservoir (réservoirs)
    — tank, reservoir
    bénévole
    — volunteer, voluntary, unpaid
    sanctionner
    — to sanction, punish, approve
    écologique
    — ecological
    climatique
    — climatic
    montre
    — watch

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    1. Quel est le sujet principal de cet article ?
    2. Selon l'Observatoire des médias sur l'écologie (OME), quelle proportion des sujets télévisés traitait des crises environnementales en avril 2026 ?
    3. Pourquoi le journaliste de BFMTV pense-t-il que les scientifiques n'ont pas été convaincants ?
    4. Dans la phrase « Le changement climatique n'est donc remarqué que lorsqu'il y a une catastrophe ou un événement marquant », que signifie le mot « marquant » ?
    5. Quel est le but principal de l'auteur en écrivant cet article ?

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