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La pollution plastique, grande oubliée du bilan carbone

Des chercheuses proposent un nouvel indicateur, l’empreinte plastique particulaire, pour mesurer la pollution plastique, invisible dans les bilans carbone.

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CE QU'IL FAUT RETENIR

  • Un T-shirt qui semble écologique peut libérer beaucoup de microplastiques : c'est un problème que le bilan carbone ne prend pas en compte.

  • Nous proposons une méthode pour calculer la quantité de particules plastiques libérées par un objet, afin de mesurer et de réduire cette pollution souvent oubliée.

  • Inclure cet indicateur dans les décisions politiques permet d'éviter que nos efforts pour réduire le gaz à effet de serre n'aggravent, sans le vouloir, la pollution par le plastique.


  • Une bouteille d'eau en plastique recyclé, qui a une faible empreinte carbone, semble être un choix plus écologique qu'une bouteille en verre. Pourtant, cette bouteille en plastique fait partie des objets qui libèrent le plus de particules de plastique dans la nature. Et plus des trois quarts de cette pollution se produit quand nous n'utilisons plus ces objets, c'est-à-dire dans des décennies, voire des siècles.

    Ce problème montre un point faible dans nos décisions pour l'environnement. Actuellement, la pollution par le plastique est presque toujours évaluée en regardant le bilan carbone et les analyses du cycle de vie (ACV).


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    Cependant, ces outils, utilisés par manque de données et de méthodes suffisantes, ne peuvent pas mesurer ce qui rend le plastique si dangereux : sa lente et inévitable fragmentation en micro- et nanoparticules. Ces particules restent dans l'environnement et interagissent avec le vivant. Ces débris envahissent l'air, les sols, l'océan et se retrouvent même dans nos corps. On en trouve maintenant dans le sang, le placenta et même le cerveau humain.

    Pour corriger cela, notre équipe, composée de membres de l'Université de Montpellier et de l'Inrae, a créé un nouvel indicateur : l'empreinte plastique particulaire (EPP).

    L'EPP estime, pour chaque objet, la quantité totale de particules qu'il libérera pendant toute sa durée de vie. Ces recherches, publiées dans Science Advances et Science of the Total Environment, remettent en question plusieurs idées bien établies.

    L’empreinte plastique particulaire, un indicateur pour mesurer l’invisible

    Face au manque de certitudes sur l'innocuité des particules plastiques et face à de nombreuses preuves de leur dangerosité, la méthode de calcul de l'EPP se base sur un principe de précaution : tant que le plastique n'est pas complètement détruit chimiquement (par incinération ou biodégradation par exemple), il se fragmente inévitablement en particules qui se dispersent dans notre environnement et dans les organismes vivants.

    L'EPP prend en compte ces émissions à chacune des quatre grandes étapes de la vie d'un objet en plastique :

  • sa fabrication,
  • son utilisation,
  • le traitement de ses déchets,
  • et ce qu'il devient à très long terme, quand il est oublié sur un mur, dans une décharge ou dans un champ.
  • De plus, cette méthode distingue deux périodes :

  • les émissions « immédiates » qui se produisent pendant que l'objet est utilisé, ce qui dure de quelques années à une dizaine d'années ;

  • et les émissions « différées » qui apparaissent des décennies, parfois des siècles plus tard.


  • À lire aussi : Pourquoi les déchets plastiques ne se dégradent-ils jamais vraiment ?


    Appliquée aux objets de la vie courante, cette méthode change des conclusions que l'on pensait définitives.

    Notre T-shirt en polyester, par exemple, émet un peu moins de CO₂ qu'un T-shirt en coton (7,9 contre 8,1 kg équivalent CO₂). Il semble donc être le « bon » choix pour le climat, en apparence. Mais il produit en plus 184 grammes de particules plastiques, soit près de 57 % de sa masse totale.

    Si l’on regarde seulement son bilan carbone, un T-shirt en polyester est meilleur pour l'environnement qu'un T-shirt en coton. Mais ce dernier libère plus de la moitié de sa masse sous forme de particules plastiques tout au long de sa vie. Keagan Henman/Unsplash

    Autre exemple : notre petite caisse en plastique réutilisable économise 280 g de CO₂ par rapport à une caisse en bois jetable. Mais elle cause 21 g de pollution plastique particulaire supplémentaire, ce que le bilan carbone ne montre pas.

    L'alerte sur ce problème fondamental des analyses du cycle de vie a été lancée dès 2022, dans Nature Sustainability et précisée en 2025. En considérant le plastique enfoui ou utilisé comme inerte, les analyses du cycle de vie et leur indicateur principal, l'empreinte carbone, ignorent le danger de la pollution plastique.

    L'EPP transforme aujourd'hui cette alerte en un outil pratique et propose de corriger l'avantage comparatif injustement donné aux matériaux plastiques dans les ACV.

    Les décharges, des réservoirs empoisonnés pour nos petits-enfants

    Un des résultats les plus surprenants de nos recherches concerne le moment où ces particules plastiques sont libérées. Contrairement à ce que l'on pense, la majorité n'est pas libérée pendant que l'objet est utilisé, mais bien après, et très longtemps après qu'il ait été mis en décharge.

    Les chiffres sont impressionnants. Pour une bouteille en PET, 83,8 % des particules sont libérées plus tard. Pour un vêtement en polyester, ce pourcentage atteint 87,6 %. Pour une peinture, dont toute la masse se transforme en microparticules faute d'incinération, les émissions différées sont d'environ 75 %.

    Les décharges ne sont donc pas des lieux de stockage sans danger : elles libèrent continuellement des particules plastiques qui polluent notre environnement sans être prises en compte dans les bilans environnementaux officiels.

    Depuis 1950, 10,5 milliards de tonnes de plastique se sont accumulées sans être incinérées. Les émissions de particules déjà présentes dans les « jus » qui s'échappent des décharges sont importantes et ne feront qu'augmenter dans les décennies et siècles à venir. Enfouir du plastique, c'est léguer une dette de toxicité aux générations futures, avec des intérêts.


    À lire aussi : Décharges sauvages, décharges anciennes : comment surmonter la tentation de l’oubli ?


    Quand recycler ne suffit pas : le piège du décyclage

    Il reste l'argument qui rassure, l'idée principale du plastique circulaire : le recyclage. Mais là encore, l'EPP nous invite à revoir son efficacité. D'abord, en nous rappelant que la pollution plastique ne se limite pas à la gestion des déchets, car elle commence dès la fabrication de l'objet.

    Ensuite, en faisant la différence entre le recyclage (en boucle fermée) et le décyclage (en boucle ouverte).

    Le recyclage en boucle fermée réutilise la matière plastique usagée pour refaire les mêmes objets : ainsi, une bouteille redevient une bouteille. Mais cette boucle ne peut se faire qu'un nombre limité de fois : trois à quatre cycles, surtout pour le PET, avec une perte d'un tiers de la masse à chaque cycle. En Europe, cela ne concerne qu'environ 12 % des bouteilles, soit moins de 0,5 % de tous les plastiques que nous utilisons.

    Tout le reste, c'est-à-dire la grande majorité de ce que l'on appelle recyclage, est du décyclage : la bouteille devient un vêtement, le vêtement devient un isolant, le pneu devient du gazon synthétique.

    Or, cette transformation en matériau de moins bonne qualité n'arrête pas la fragmentation du plastique : au contraire, nos calculs montrent qu'elle l'accélère. Un vêtement fabriqué à partir d'une bouteille en PET décyclé libère 50 % de microfibres en plus à l'usage.

    Autrement dit, le décyclage ne réduit pas l'empreinte plastique totale ; il la déplace simplement dans le temps en accélérant les émissions immédiates.

    En Europe, 55 % des pneus usagés collectés sont transformés en granulés de caoutchouc pour le gazon synthétique, où le plastique se dégrade encore plus vite. Florian Berger/Unsplash

    Le pneu en est une illustration claire.

    En Europe, 55 % des pneus usagés collectés sont décyclés en granulés de caoutchouc utilisés pour fabriquer du gazon synthétique, une pratique souvent présentée comme « circulaire ». Or, ce traitement augmente considérablement l'empreinte particulaire à court terme (pendant la fabrication et l'utilisation des produits) : elle passe de 12,2 % de sa masse initiale (émise pendant leur usage) à 24,3 %.

    Sur les terrains de sport où jouent nos enfants, ces granulés décyclés, exposés au soleil et aux frottements, se fragmentent encore plus rapidement qu'un plastique neuf.


    À lire aussi : Déchets plastiques : la dangereuse illusion du tout-recyclage


    Bien évaluer pour mieux choisir un avenir durable

    L'EPP ne vise pas à remplacer le bilan carbone, mais à le compléter en mettant en lumière son principal point faible. Elle ne doit pas être vue comme un remplacement de l'évaluation des impacts, mais comme un lien nécessaire entre les connaissances actuelles et les futures méthodes d'évaluation. Elle ne mesure pas la toxicité des particules libérées, mais elle offre enfin un moyen visible, transparent et immédiatement utilisable de ce que nos outils ignorent : l'empreinte durable et partout présente de nos objets sous forme de micro- et nanoplastiques.

    Cette nouvelle perspective ouvre, dès maintenant, la voie à des choix plus équilibrés entre les stratégies « bas carbone » et « bas plastique », pour continuer à réduire nos émissions de gaz à effet de serre sans augmenter la quantité de particules plastiques.

    Il serait bon d'appliquer rapidement cette réflexion aux secteurs impliqués dans les transitions numérique, énergétique ou agroécologique, qui utilisent beaucoup de plastiques, comme le secteur agroalimentaire, premier consommateur mondial de plastique.

    Cela permettrait d'aller au-delà des approches centrées sur le « tout recyclable » pour donner la priorité nécessaire aux actions en amont, c'est-à-dire à la réduction des utilisations de plastiques non essentiels, mais aussi en aval, comme la dépollution des décharges existantes. Sans l'EPP, cette priorisation est impossible.

    Car une vérité dérangeante s'impose : on ne peut pas réduire ce que l'on ne sait pas mesurer.

    Tant que les particules de plastique resteront invisibles et non quantifiées, nos responsables politiques continueront de viser à côté de la cible.


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    Margaux Escudier, titulaire d'un master en politique environnementale de Sciences Po Paris, et assistante de projet Policy and Outreach Plastic Particle Footprint à l'Inrae, a contribué à la rédaction de ce texte.

    Cet article a reçu le soutien financier de l'Université de Montpellier (I-Site Muse).

    Cet article a bénéficié d'un financement du programme de recherche et d’innovation « Horizon Europe » de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101081776, pour le projet AgriLoop, coordonné par Nathalie Gontard.

    Currently reading at B1 level (Intermédiaire)