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De la science qui fait rire ? Des ingénieurs canadiens remportent un prix Ig Nobel pour avoir fait de la « nécro-impression 3D » à l’aide de moustiques

Les prix Ig Nobel démontrent que les recherches scientifiques issues des recoins les plus improbables de l’esprit humain peuvent engendrer des découvertes intéressantes.

Par Changhong Cao, Canada Research Chair and Associate Professor, Mechanical Engineering, McGill University ; Justin Puma, Graduate researcher, Mechanical Engineering, McGill University · The Conversation (CC BY-ND 4.0) · Adaptation pédagogique par Easy French News

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Parmi les lauréats des prix Ig-Nobel 2026, on trouve une étude sur l’aérodynamique du mouchage de nez et une autre qui a démontré que les personnes des classes supérieures sont plus enclines à piquer des bonbons destinés aux enfants. (Unsplash/Zyanya Citlalli)

Nos recherches menées à l’Université McGill ont remporté le prix Ig Nobel 2026 en technologie. Ce prix récompense notre découverte : on peut utiliser des moustiques pour l’impression 3D haute résolution.

Notre étude a consisté à recycler des moustiques morts. Nous avons extrait soigneusement leur pièce buccale, appelée « proboscis ». Ensuite, nous l’avons fixée à un système d’impression 3D.

Ces pièces buccales servent de buses pour distribuer du fluide. Nous avons appelé ce procédé « nécro-impression 3D ». Il nous permet d’imprimer des structures très petites et précises. Produire ces structures autrement serait difficile et coûteux.

Des prix pour rire

Les prix Ig Nobel récompensent des travaux de recherche du monde entier. Ces travaux font d’abord rire, puis réfléchir.

Marc Abrahams a fondé ces prix en 1991. Leur but est de montrer que des recherches scientifiques, même venant des endroits les plus surprenants, peuvent mener à des découvertes intéressantes.

Chaque année, environ 9 000 projets sont proposés. Un prix est décerné dans dix catégories différentes. Cette année, les catégories étaient : biomécanique, économie, chimie, médecine, biologie, physique, technologie, olfaction, paix et science des sols.

Généralement, les prix sont remis par des lauréats du prix Nobel. La cérémonie a lieu dans des universités comme Harvard, le MIT ou l’Université de Boston. Cette année, la cérémonie a eu lieu à Zurich, en Suisse. C'était différent de la tradition. Le public a lancé des avions en papier pendant la remise des prix.


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Les moustiques sont naturels, bon marché et uniformes

Comment avons-nous décidé de démonter des moustiques morts pour un usage industriel ? La réponse est simple. Pourquoi inventer et fabriquer quelque chose ? La nature nous offre une solution parfaite, améliorée pendant des millions d’années.

La trompe du moustique est une microaiguille naturelle. Sa largeur est environ la moitié de celle d’un cheveu humain. Fabriquer des aiguilles aussi petites pour en faire des buses d’impression 3D est un grand défi. Les microbuses commerciales de moins de 100 microns coûtent environ 80 $ chacune. Un micron est 0,001 millimètre.

Les aiguilles en verre peuvent avoir un tel diamètre. Cependant, il est difficile de les fabriquer de manière uniforme. Elles sont aussi très fragiles.

Un autre problème avec les buses traditionnelles est qu'elles sont faites de matériaux non organiques. Ces matériaux ne sont pas biodégradables. La trompe du moustique, au contraire, est 100 % organique. Elle coûte aussi moins cher et sa taille est constante.

D'autres tubes d'insectes ou de plantes pourraient-ils convenir ? Peut-être. Nous n'avons exploré qu'une petite partie des ressources naturelles disponibles pour ce type d'usage.

Une structure alvéolaire et une feuille d’érable imprimées en 3D

Pour développer cette technologie de nécro-impression 3D, nous avons étudié en détail la trompe du moustique.

Une structure striée en forme de nid d’abeilles
Structure alvéolée imprimée en 3D à l’aide d’une buse faite avec une trompe de moustique. (Justin Puma)

Nous avons déterminé la pression maximale que la trompe de moustique peut supporter. Nous avons aussi appris à ajuster les paramètres d’impression et les pressions. Cela nous permet de fabriquer des éléments dont la taille peut atteindre un tiers du diamètre d’un cheveu humain.

Nous avons aussi imprimé des échantillons de différents éléments. Il y avait une structure alvéolée. Il y avait aussi un support avec des cellules vivantes pour l'ingénierie tissulaire. Et bien sûr, une feuille d’érable canadienne.

Chacune de ces structures avait à peu près la taille d’un grain de sable.

Cette technologie d’impression 3D haute définition pourrait aussi servir à produire de petites pièces très détaillées. Par exemple, des puces microfluidiques pour les tests de diagnostic. Ou encore des prototypes miniatures de dispositifs biomédicaux ou de robotique souple.

Les origines de notre idée

Avec le recul, utiliser la trompe de moustique semble une solution logique pour la micro-impression 3D. Mais cette idée n’est pas née d'un raisonnement logique basé sur des études précédentes.

Une structure striée en forme de feuille d’érable
Feuille d’érable imprimée en 3D à l’aide d’une buse faite avec une trompe de moustique. (Justin Puma)

Elle vient d'un autre projet de notre groupe. Ce projet s'appelle « Skinbarrix ». Nous y développons une barrière cutanée pour empêcher les piqûres d'insectes.

Pendant que je travaillais sur ce projet, je cherchais des moyens de rendre la barrière cutanée plus efficace contre les piqûres d'insectes. J'étais entouré de moustiques. Au même moment, un étudiant parlait d’impression 3D.

C'est là que j'ai eu l'idée d'utiliser des tubes organiques naturels. J'ai pensé particulièrement à la trompe de moustique. Elle pourrait servir à créer des buses à l'échelle microscopique. Après des mois d'essais, Justin, un membre important de notre équipe, a réussi à faire fonctionner le système.

La science peut être un jeu

D'autres lauréats du prix Ig Nobel cette année ont été récompensés pour différentes études. Il y a une étude qui définit précisément le baiser. Il y a aussi une étude sur l'aérodynamique du mouchage du nez.

La 36e cérémonie annuelle des prix Ig Nobel à Zurich, en Suisse (2026).

Nos projets de recherche préférés commencent souvent par des questions qui semblent stupides ou inutiles. Mais ces questions mènent à des études sérieuses avec des résultats surprenants.


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Par exemple, une étude a analysé la mécanique de séparation des biscuits Oreo. Les chercheurs ont découvert que la crème reste le plus souvent sur une seule moitié du biscuit. En effet, la liaison entre le biscuit et la crème se brise avant que la crème elle-même ne se sépare.

Quand nous lisons ce genre de travaux, nous pensons : "Quel genre de personne, très attentive aux détails, remarque un problème aussi intéressant ? Et qui a la capacité de le résoudre avec une telle rigueur scientifique ? C'est incroyable !"

Plus on lit ce type de recherches, plus la créativité semble se développer naturellement. Sortir des sentiers battus devient alors une habitude, plutôt qu'un effort.

Les prix Ig Nobel ont peut-être aussi un autre rôle important. Ils nous rappellent que la science peut naître du jeu, de la curiosité et de questions qui dépassent les limites habituelles.

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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