Un simple échantillon d'eau ou de terre pris dans la nature suffit maintenant pour trouver les traces génétiques des animaux. Cela permet de bien comprendre la biodiversité d’un endroit.
Au Québec, comme partout dans le monde, la biodiversité diminue de plus en plus vite. On compte plus de 150 espèces animales en danger sur le territoire québécois. C’est surtout à cause du changement climatique, de la perte de leur habitat, de la pollution et de l’arrivée d’espèces étrangères envahissantes.
Pourtant, en prenant un verre d’eau dans une rivière ou un peu de terre dans une forêt, on peut aujourd'hui découvrir le passage d’un vieux poisson, d’une salamandre rare ou d’une toute petite musaraigne.
Cette méthode utilise l’ADN environnemental (ADNe). C’est le matériel génétique que les êtres vivants laissent dans la nature, par exemple avec leurs cellules de peau, leurs écailles, leurs poils ou leurs excréments. Pendant longtemps, les biologistes devaient voir, entendre ou attraper les animaux pour être sûrs qu'ils étaient là. L’ADNe change complètement cette approche car on peut détecter les espèces sans les voir directement. Mes collègues et moi avons écrit un livre pour expliquer l’ADNe. Il s’appelle Décoder la nature et il est publié aux Presses de l’Université du Québec.
On utilise de plus en plus l’ADNe pour faire l'inventaire de la biodiversité plus vite et sans blesser les animaux. Chaque rivière et chaque poignée de terre devient ainsi une sorte d’archive biologique invisible.
Avant, cette méthode servait surtout à savoir si une espèce était présente. Elle ne donnait pas d'informations sur ce que les animaux faisaient chaque jour. Nos recherches récentes montrent que ces limites techniques vont bientôt disparaître. On pourra alors suivre la biodiversité de façon beaucoup plus précise.
Suivre la reproduction de l’esturgeon jaune
L’esturgeon jaune est le plus grand poisson des lacs et des rivières du Québec. Il peut vivre plus de 100 ans ! On peut détecter sa présence avec l’ADNe dans l’eau. Mais pour savoir si la population est en bonne santé, il faut savoir où et quand les poissons se reproduisent. C'est très important car cette espèce est menacée au Québec et elle commence à se reproduire seulement à l'âge de 25 ans. Les méthodes habituelles, comme utiliser des filets, peuvent stresser ces gros poissons. De plus, ces méthodes coûtent cher et sont difficiles à refaire souvent.