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La formation ne suffit pas à garantir une reconversion des femmes sorties de l’emploi dans l’univers du numérique

Les femmes restent très sous-représentées dans l’univers du numérique, malgré la multiplication des dispositifs de formation. Comment l’expliquer ? Comment lever les freins ?

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Les femmes restent très peu représentées dans le monde du numérique, malgré l’augmentation des formations disponibles. Comment expliquer cette situation ? Quels obstacles faut-il surmonter ?


L’intégration des femmes, et en particulier de celles qui ont quitté leur emploi, dans le secteur du numérique est essentielle pour créer des technologies plus justes et équitables. Elle est aussi importante pour la compétitivité de l’Europe. Selon la Commission européenne, atteindre 45 % de femmes dans le numérique d’ici 2027 pourrait augmenter le produit intérieur brut (PIB) européen de 260 à 600 milliards d’euros.

Pourtant, moins de 29 % des emplois dans ce domaine sont occupés par des femmes aujourd’hui. Pire, ce chiffre n’a presque pas bougé depuis 2025. En France, leur présence dans les métiers techniques reste très faible.

Ces dernières années, de nombreux programmes de formation ont été créés pour aider à acquérir rapidement des compétences et faciliter l’insertion dans ces métiers. Certains, comme ceux-ci, ciblent spécifiquement les femmes issues de milieux défavorisés. Le gouvernement a même fait de l’égalité dans les métiers de la tech une priorité depuis 2023.

Alors, comment mieux aider les femmes sans emploi à se reconvertir dans ce secteur ?

Notre étude, publiée en même temps que deux livres blancs sur les méthodes pédagogiques innovantes pour une reconversion inclusive et sur les parcours d’e-learning personnalisés et accessibles, montre que la formation seule ne suffit pas.

Un univers complexe et difficile d’accès

Les entretiens que nous avons réalisés avec des femmes accompagnées et des conseillères en emploi révèlent un manque de familiarité avec le numérique. Beaucoup se sentent incapables de s’y engager, car ce secteur leur semble trop complexe et inaccessible.

« Ce qui leur importait vraiment, c’était de comprendre concrètement de quoi il s’agit : quel métier existe, en quoi consiste chaque poste, quels outils on utilise, ou encore le langage informatique ? Elles voulaient du concret », explique Astrid, une conseillère en emploi.

Au-delà des solutions classiques comme la découverte du numérique ou l’importance des modèles féminins, nos entretiens soulignent aussi l’utilité de rendre les formations plus visibles :

« Organiser des ateliers pour leur faire découvrir les formations, c’est utile. Sans cela, ces femmes n’auraient jamais consulté les sites de formation », précise Sylvie, une autre conseillère.

Il est également crucial d’adapter le contenu des formations pour les rendre plus accessibles :

« Par exemple, on leur demande ce qu’est le cloud. Pour des personnes éloignées du numérique, ce terme ne signifie rien, même si elles l’utilisent au quotidien. Il faut donc le rendre moins intimidant », ajoute Astrid.

Une autocensure liée aux contraintes techniques et financières

Les femmes accompagnées cumulent souvent une méfiance envers les technologies, une longue période sans emploi, des responsabilités familiales et un réseau professionnel limité. Les solutions proposées peinent parfois à répondre à leurs besoins.

La plupart ont un accès limité au numérique, ce qui rend une reconversion encore plus difficile à envisager.

« Nous travaillons avec un public très fragilisé, souvent sans accès à un ordinateur chez elles. Sur les femmes que nous accompagnons, aucune n’en possède », déclare Sarah, une conseillère.

Les obstacles financiers et logistiques jouent aussi un rôle majeur :

« L’argent est un vrai frein. Nous proposons des formations financées par les Conseils régionaux, gratuites pour elles. Mais les difficultés financières et le manque de temps restent des problèmes importants. Beaucoup sont des mères célibataires ; leur quotidien est déjà très chargé. Elles ont besoin de travailler », explique Astrid.

Comme le souligne Sarah :

« Enlever les obstacles autour de l’insertion professionnelle aide à concrétiser des projets. Nous, on mise sur l’action. Les ateliers permettent justement de gagner en autonomie », ajoute-t-elle.

Parallèlement, des formations adaptées aux smartphones, modulables et personnalisées, sont nécessaires pour faciliter un apprentissage progressif. Les plateformes d’apprentissage renforcées par l’intelligence artificielle générative pourraient offrir une solution intéressante.

Des parcours adaptés et progressifs

Certaines formations, parfois trop théoriques ou éloignées des besoins locaux, peuvent même aggraver la précarité :

« J’ai accompagné des femmes en reconversion dans le numérique pendant trois ans. Aujourd’hui, elles ne trouvent pas de travail en tant que développeuses. Elles ont appris une technologie, mais avec l’arrivée de l’IA, elles se retrouvent dépassées », raconte Astrid.

Il est donc essentiel de concevoir des parcours en plusieurs étapes, adaptés aux envies, aux compétences et aux réalités du marché du travail.

Renforcer la collaboration entre les Régions, France Travail et les acteurs locaux du numérique, ainsi qu’avec les femmes déjà présentes dans ce secteur, permettrait d’améliorer l’accompagnement vers l’emploi. Ces partenariats faciliteraient l’accès à des opportunités concrètes.

Former, mais à quoi et pourquoi ?

De nombreux acteurs encouragent la formation et l’accompagnement des femmes dans le numérique dès le collège, voire avant.

Cependant, cette approche ne répondra pas aux besoins immédiats du marché ni ne corrigera rapidement le manque de parité dans ces métiers.

S’intéresser aux femmes sans emploi ou souhaitant se reconvertir reste une priorité pour accélérer la mixité dans le numérique dès maintenant. Encore faut-il identifier leurs obstacles, les surmonter et s’assurer que les formations correspondent à leurs attentes et aux besoins du marché.

Cette recherche s’inscrit dans le cadre du projet « Dispositifs France Formation Innovante NUMérique – Deffinum », porté par un consortium incluant l’Institut Catholique de Lille, la Fédération Nationale des Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (FNCIDFF) et l’association Social Builder, en tant que chef de file. Une partie de ce projet a été financée par la Banque des Territoires.

Abir Karami et Mourad Ellouze ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne détiennent pas de parts et ne perçoivent aucun fonds d’une organisation susceptible de tirer profit de cet article. Ils n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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Mots clés · key words

intimider (intimidant)
— to intimidate
concrètement
— in concrete terms
concrétiser
— to materialise
compétitivité
— competitiveness
méfiance
— distrust, mistrust, suspicion
défavoriser (défavorisés)
— to put at a disadvantage
apprentissage
— learning, apprenticeship
peiner (peinent)
— to toil, labor, struggle
théorique (théoriques)
— theoretical
frein
— brake

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  1. Quel est le sujet principal de cet article ?
  2. Selon la Commission européenne, quel pourrait être l'impact de la présence des femmes dans le numérique d'ici 2027 ?
  3. Que peut-on déduire de la déclaration de Sarah, la conseillère, concernant les femmes accompagnées ?
  4. Dans la phrase « Ce qui leur importait vraiment, c’était de comprendre concrètement de quoi il s’agit : quel métier existe, en quoi consiste chaque poste, quels outils on utilise, ou encore le langage informatique ? Elles voulaient du concret », que signifie « du concret » ?
  5. Quel est le but principal de cet article ?

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