Economy
7 min read

Le prix du bœuf explose aux États-Unis et le pire pourrait être à venir

Le bœuf n’a jamais été aussi cher aux États-Unis depuis des décennies. Entre sécheresse, parasite ravageur et menaces de Donald Trump sur l’accord commercial nord-américain, tout concourt à réduire l’offre et à faire grimper les prix.

💡 Tip: Click any word to see its translation

La viande de bœuf consommée aux États-Unis dépend beaucoup des échanges avec le Canada et le Mexique. Mike Newbry/Unsplash, CC BY

Le marché du bœuf en Amérique du Nord fonctionne comme un seul système : les vaches voyagent plusieurs fois entre les pays avant d'arriver dans nos assiettes. Les tensions commerciales voulues par Donald Trump, ajoutées à une crise sanitaire dans les fermes, mettent en danger cet équilibre et risquent de rendre la viande encore plus chère.


C'est la saison des barbecues, mais beaucoup d'Américains ne mangent pas de bœuf à cause de la forte augmentation des prix. Ces prix, qui ne cessent de monter depuis le début de l'année 2025, subissent une nouvelle pression. La raison est la propagation de la lucilie bouchère, un insecte nuisible qui a touché les fermes au Mexique avant d'arriver aux États-Unis. Or, le nombre de vaches aux États-Unis était déjà au plus bas depuis les années 1950, en partie à cause de la sécheresse.

À ces problèmes s'ajoutent des incertitudes sur le commerce. Juste avant les discussions des 16 et 17 juin 2026 entre les représentants américains et mexicains sur l'accord de libre-échange nord-américain, le président Donald Trump avait prévenu que Washington pourrait ne pas renouveler cet accord, négocié pendant son premier mandat, ou même le quitter complètement. (Note de la traduction : Les États-Unis et le Mexique ont commencé le 21 juillet un troisième cycle de discussions pour modifier l'accord de libre-échange nord-américain, sans la participation du Canada. Ces discussions ont lieu après la décision du gouvernement Trump de ne pas prolonger automatiquement l'accord, ce qui ouvre une période de dix ans pendant laquelle il prendra fin s'il n'y a pas de nouvel accord.)

En tant qu'économistes spécialisés dans le commerce international et l'élevage, nous étudions depuis longtemps comment les marchés du bétail en Amérique du Nord sont très connectés, en particulier pour le bœuf. Cette connexion influence la production, les prix et les échanges d'animaux vivants et de viande entre le Canada, le Mexique et les États-Unis. Le bœuf étant un produit agricole important, à la fois importé et exporté par les États-Unis, le secteur est très sensible à toute remise en question de l'accord commercial actuel. Par exemple, le prix du bœuf haché a augmenté de plus de 20 % depuis janvier 2025.

L'incertitude commerciale actuelle, qui montre l'approche plus divisée et bilatérale de Donald Trump dans les négociations, ne pouvait pas arriver à un pire moment pour les consommateurs déjà touchés par l'inflation. Les difficultés croissantes sur le marché nord-américain du bœuf risquent d'augmenter encore les problèmes d'approvisionnement et de faire monter les prix davantage.

Un marché très connecté

Les échanges de bétail et de viande entre les États-Unis, le Canada et le Mexique ont été organisés à partir de 1994 par l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). En 2020, Donald Trump l'a remplacé par l'Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC, ou USMCA). Contrairement à l'ALENA, ce nouvel accord doit être revu tous les six ans par les trois pays et il a une date de fin après seize ans. Le bœuf, comme les autres produits concernés par l'accord, a été exempté des taxes douanières imposées par Donald Trump à ses partenaires commerciaux en 2025.

En théorie, les trois pays devaient décider avant le 1er juillet 2026 s'ils prolongeaient l'accord pour seize années supplémentaires ou s'ils le laissaient entrer dans une phase de révisions annuelles jusqu'à sa fin définitive en 2036. Mais le Canada, dont les relations avec Donald Trump sont particulièrement tendues, reste pour le moment à l'écart des négociations. Les discussions se font donc seulement entre les États-Unis et le Mexique, qui abordent maintenant les questions agricoles, le secteur du bœuf étant l'un des sujets les plus importants.

Les prix du bœuf, les décisions de production et l'approvisionnement sont très liés entre les trois pays, au point de former un véritable marché nord-américain unique. Les vaches et les produits issus du bœuf circulent facilement d'un pays à l'autre grâce à la baisse des taxes douanières et à l'uniformisation des règles mises en place par les accords commerciaux de 1994 et de 2020.

Les États-Unis importent du Mexique de jeunes vaches destinées à être engraissées avant d'être abattues, ainsi que du Canada des animaux déjà prêts à être abattus, qui vont ensuite dans les abattoirs américains. Dans l'autre sens, les États-Unis exportent vers le Mexique de la viande de bœuf et des vaches prêtes à être abattues pour répondre à la demande des consommateurs mexicains.

Cette connexion est aussi importante pour assurer l'approvisionnement des États-Unis. En 2024, les États-Unis ont importé presque uniquement du Canada et du Mexique environ 2,1 millions de vaches, pour une valeur de plus de 3 milliards de dollars. Ce nombre peut sembler petit par rapport aux quelque 32 millions de vaches abattues cette année-là aux États-Unis, mais ces flux réguliers venant des deux pays voisins aident à stabiliser l'offre et à limiter les changements de prix.

L'importance de cette relation commerciale est devenue évidente en 2025, lorsque les importations de vaches vivantes ont baissé de plus de 50 %. Cette baisse a continué en 2026 : les importations de jeunes vaches venant du Mexique ont chuté de plus de 80 % à cause de l'épidémie de lucilie bouchère. L'insecte a maintenant été trouvé sur des vaches dans le sud du Texas et au Nouveau-Mexique, ce qui a poussé le Canada à interdire les importations de vaches vivantes venant de ces régions.

Un secteur important en première ligne

Les négociations commerciales actuelles ne concernent pas seulement le bœuf, ni même l'agriculture. Elles touchent aussi aux règles d'origine des produits, aux normes sociales et environnementales, au commerce en ligne ou encore aux règles concernant les investissements, autant d'éléments qui organisent les chaînes d'approvisionnement en Amérique du Nord. Les négociateurs américains y défendent en même temps l'approche plus protectionniste et basée sur des transactions de l'administration Trump.

Le secteur du bœuf est cependant parmi les plus touchés en cas d'échec des négociations. En 2025, le Mexique était le troisième marché d'exportation du bœuf américain, avec plus de 1,3 milliard de dollars d'achats, tandis que le Canada était quatrième avec 874 millions de dollars. Inversement, le Canada et le Mexique étaient les deuxième et troisième fournisseurs de viande de bœuf des États-Unis, pour une valeur totale de plus de 5 milliards de dollars.

Malgré les menaces de Donald Trump, les États-Unis auraient beaucoup à perdre s'ils quittaient complètement l'accord conclu en 2020. Après que la Cour suprême a annulé, plus tôt cette année, une grande partie des taxes douanières d'urgence imposées par le président, son administration a tout intérêt à garder les autres moyens dont elle dispose dans les négociations commerciales. De plus, les organisations agricoles américaines, qui soutiennent beaucoup Donald Trump politiquement, font pression pour maintenir l'accord.

Si les États-Unis se retiraient, les échanges nord-américains reviendraient probablement au cadre général des règles de l'Organisation mondiale du commerce. Le Canada et le Mexique seraient alors libres d'imposer leurs propres taxes douanières, ce qui augmenterait les coûts pour les éleveurs, les entreprises de la filière et, finalement, pour les consommateurs.

Les deux partenaires commerciaux auraient aussi plus de liberté pour mettre en place des obstacles non tarifaires, comme des contrôles plus stricts, des démarches administratives supplémentaires ou encore des limites sur les exportations américaines. Toutes ces mesures ralentiraient les échanges. Or, les vaches traversent souvent plusieurs fois les frontières pendant leur élevage et leur transformation : même de petits retards peuvent donc perturber toute la filière.

Le résultat serait probablement une chaîne d'approvisionnement moins efficace, une baisse des importations de vaches, une offre plus limitée aux États-Unis et, finalement, une nouvelle augmentation des prix. Certains éleveurs américains craignent déjà une situation similaire à celle vécue par les producteurs de soja, qui ont vu disparaître un marché d'exportation essentiel.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des débouchés pour nos produits. Regardez ce qui est arrivé au soja quand la Chine a arrêté d'en acheter », nous a dit un éleveur.

Andrew Muhammad a reçu des financements du département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) pour faire des recherches sur les échanges commerciaux dans la filière bovine.

Charles Martinez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait profiter de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Currently reading at B1 level (Intermédiaire)