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Comment lutter contre les informations toxiques : trois leviers pour protéger le débat démocratique

Face aux informations toxiques, la régulation des plateformes est indispensable mais insuffisante. Quelles stratégies permettent de limiter durablement la désinformation ?

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Selon une fausse information et des images créées par l'intelligence artificielle qui circulent sur Internet, le monde va perdre sa gravité pendant sept secondes le 12 août 2026 à 14h33, ce qui propulsera les gens à plusieurs mètres dans les airs. Instagram / Les Vérificateurs

Dans un monde où les informations circulent beaucoup sur Internet et avec l'aide de l'intelligence artificielle, les fausses informations sont un grand problème pour les démocraties. Il faut trouver des solutions globales qui combinent des règles, des adaptations et une meilleure compréhension scientifique.


Les fausses informations sont partout : elles viennent des entreprises qui veulent protéger leurs activités, des pays qui justifient leurs actions, des militants qui défendent leurs idées ou des personnes qui cherchent à être reconnues. Ces informations dégradent notre capacité à comprendre le monde qui nous entoure et à agir dans notre propre intérêt ou dans l'intérêt général.

Face à ce déluge d'informations douteuses ou sorties de leur contexte, où des opinions sont présentées comme des faits et où il existe des "vérités alternatives", il devient difficile de savoir à qui faire confiance et comment réagir. Il est tentant de penser que toutes les informations se valent, ce qui peut avoir des conséquences négatives pour la démocratie.

La démocratie ne repose pas seulement sur le droit de vote et les lois. Elle a aussi besoin d'un débat public où chacun peut accéder à des informations fiables. Mais comment garantir cet accès aujourd'hui, dans un environnement informationnel et mental pollué, soutenu par un modèle économique qui vise surtout à capter notre attention ? Quelles mesures prendre pour lutter efficacement contre les fausses informations ?

La réglementation européenne a du mal à être efficace

La plupart des grandes plateformes numériques (sauf X, anciennement Twitter) se sont engagées à respecter un code de conduite contre la désinformation dans tous les pays de l'Espace économique européen. Ce code propose des mesures utiles : créer des réseaux de vérificateurs de faits, partager des informations sur les sources et les méthodes de désinformation, et réduire ou supprimer la publicité qui finance les fausses informations. En février 2025, la Commission européenne a officiellement inclus ce code dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA). Cependant, son efficacité, qui dépend d'une collaboration entre la Commission et les plateformes, reste incertaine.

Après deux ans d'application du DSA, seulement quatre des dix procédures lancées pour violation de ce règlement ont été clôturées. Trois de ces procédures ont abouti à des engagements de la part des entreprises concernées. Pour Ali Express, il s'agit du renforcement des systèmes pour détecter les produits illégaux. Pour Tik Tok, il y a eu d'une part le retrait de son programme de récompenses, jugé trop addictif, et d'autre part, la transparence de son répertoire publicitaire. La quatrième procédure a mené à une amende de 120 millions d'euros pour X/Twitter, suite à la violation du DSA. Ce montant est faible comparé aux bénéfices tirés des activités illégales et n'incite pas vraiment les entreprises à changer leur comportement.

Le problème du cadre européen ne vient pas tant de sa conception, qui pourrait être améliorée, mais plutôt de la manière dont il est appliqué. Cela s'explique d'une part par la complexité du système, et d'autre part par la crainte de réactions de la part des États-Unis. Aux États-Unis, surtout depuis la réélection de Donald Trump en 2024, la régulation d'Internet est souvent vue comme une atteinte inacceptable à la liberté d'expression.

Cependant, la réglementation, bien qu'importante, n'est qu'une partie d'une stratégie plus large pour lutter contre les fausses informations.

Selon nos recherches, qui ont abouti aux conclusions d'un rapport de l'Académie des technologies publié en juin 2026, trois types d'actions doivent être menés en même temps.

  • des actions pour réduire la diffusion des fausses informations et leurs conséquences ;

  • des méthodes pour s'adapter à une situation où le faux et la manipulation ne pourront jamais être totalement éliminés ;

  • des initiatives pour promouvoir la vérité et donner envie de la défendre.

  • Réduire la désinformation

    Avant que les fausses informations ne se propagent, de nombreuses actions sont possibles pour renforcer le cadre réglementaire. Nous recommandons notamment que ce cadre :

  • oblige les plateformes à supprimer les faux comptes et à mieux détecter les programmes informatiques (agents non humains) qui sont utilisés de manière coordonnée pour diffuser de fausses informations ;

  • attribue aux algorithmes de recommandation des plateformes et aux systèmes d'intelligence artificielle générative une responsabilité éditoriale, similaire à celle de la presse et des médias audiovisuels ;

  • impose un principe de diversité dans les réponses fournies par ces outils numériques, lorsque les sujets abordés font l'objet d'un débat public important.

  • Un autre moyen essentiel pour limiter la propagation des fausses informations est de couper leur financement par la publicité, qui représente des dizaines de milliards de dollars. Le non-respect des engagements de ne pas monétiser ces contenus, prévus dans le règlement DSA, devrait être sévèrement sanctionné. L'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) devrait être autorisée à contrôler le montant des revenus publicitaires liés aux campagnes de désinformation visant le public français. Des systèmes devraient être mis en place pour que les annonceurs honnêtes ne financent pas involontairement de fausses informations. Des taxes devraient être appliquées sur la revente de listes d'abonnés et de données personnelles.

    En se penchant sur la réception des fausses informations, selon le psychiatre Serge Tisseron, ces dernières exploitent les faiblesses psychologiques et sociales des individus, et contribuent à les aggraver. Les personnes qui sont "intoxiquées par l'information" sont souvent celles qui manquent de reconnaissance, d'écoute et de visibilité. Pour réduire leur attirance pour les "vérités alternatives", il faudrait donc apaiser leur colère et leur frustration, les considérer avec bienveillance, prendre le temps d'aller à leur rencontre et de les écouter. C'est un travail considérable auquel des agents conversationnels (robots capables de dialoguer) pourraient contribuer.

    Prendre en compte la désinformation et s'y adapter

    Pour s'adapter, il est d'abord important de mieux comprendre le problème que l'on cherche à résoudre. Les recherches sur les problèmes liés à l'information doivent se poursuivre et s'étendre à tous les domaines où le faux et la manipulation sont présents : comment naissent les fausses informations, comment se propagent-elles, quelle est leur nature, leur quantité et leurs effets, et quelle est l'efficacité des solutions possibles ?

    Ensuite, l'éducation aux médias et à l'information, menée en France par le CLEMI (Centre pour l'éducation aux médias et à l'information) à l'école, au collège et au lycée, est essentielle. D'une part, elle permet de prendre conscience de nos propres biais cognitifs, comme le biais de confirmation, qui nous pousse à croire plus facilement les informations qui confirment nos idées préexistantes. D'autre part, elle aide à développer l'esprit critique : il ne s'agit pas de se méfier de tout, mais d'évaluer le degré de confiance que l'on accorde aux différentes sources. Il faut noter que ceux qui créent de fausses informations utilisent souvent l'esprit critique comme prétexte.


    À lire aussi : Ces images qui informent ou désinforment : sur les réseaux numériques, cultiver l’esprit critique


    Parallèlement, les médias audiovisuels et leurs sites web, ainsi que les sources d'information en amont comme l'AFP (Agence France-Presse), doivent contribuer à améliorer la qualité de l'information. Ils devraient notamment consacrer plus de temps aux documentaires et aux débats sur la science, la technologie et l'industrie.

    Le travail des vérificateurs de faits (fact-checking), les enquêtes sur les opérations de désinformation, ainsi que l'encyclopédie collaborative Wikipédia, qui est généralement très fiable, même si elle n'est pas parfaite, doivent être considérés comme des missions d'intérêt général et recevoir des financements suffisants.

    Pour plus de transparence, les grandes plateformes en ligne (réseaux sociaux, YouTube, Amazon...) devraient avoir l'obligation de calculer et d'afficher un score indiquant le niveau d'artificialité de leurs contenus les plus populaires. Ce score combinerait deux éléments : d'une part, la probabilité que le contenu ait été créé par une intelligence artificielle, et d'autre part, la probabilité que sa diffusion massive soit orchestrée par un réseau de faux comptes coordonnés.

    De plus, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, il semble nécessaire de renforcer la capacité de la France à lutter contre les interférences numériques étrangères.

    Préparer la contre-offensive

    Enfin, pour mener une contre-offensive de la vérité face au faux, une action prioritaire et de longue durée consiste à construire une base de connaissances scientifiques solides au sein de toute la population. Nous pensons qu'un effort particulier doit être fait auprès des dirigeants et des responsables politiques, afin qu'ils aient les connaissances nécessaires pour prendre des décisions éclairées sur les questions sociétales qui impliquent des aspects technologiques importants.

    Les experts, les enseignants, les éducateurs, les scientifiques, mais aussi les personnes qui, sans que ce soit leur métier, contribuent à transmettre une approche rigoureuse de l'information, jouent un rôle essentiel dans cette contre-offensive. Ils peuvent servir de modèles et influencer positivement l'attitude à adopter face à l'information et à la connaissance, en combinant une recherche commune de la vérité et la reconnaissance de ce que nous ignorons dans certains domaines.

    Une plateforme donnant accès à une variété de ressources pédagogiques destinées aux différents types d'enseignants et d'apprenants devrait être créée et mise à jour régulièrement. Les personnes qui luttent contre les fausses informations doivent être correctement équipées.

    Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

    Currently reading at B1 level (Intermédiaire)