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Le naturisme, laboratoire des tensions touristiques : comment cohabiter entre vacanciers ?

Quand les « textiles » côtoient les naturistes, l’art de vivre ensemble en vacances se voit réinterrogé.

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À Fouesnant (Finistère), sur les dunes de Mousterlin. Wikimédia/Olybrius, CC BY

POINTS IMPORTANTS

  • À Euronat, dans le Médoc, qui est le plus grand centre naturiste d'Europe, il arrive de voir des personnes habillées. On les appelle des « textiles ».

  • Quand des personnes habillées et des naturistes sont ensemble, cela change l'expérience et peut créer un peu de gêne, pour les naturistes comme pour les « textiles », car chacun se sent regardé.

  • Pour les endroits qui reçoivent des touristes, il faut mieux communiquer et adapter les espaces pour que tout le monde passe de bonnes vacances.


  • Imaginez un lieu où les gens viennent depuis cinquante ans pour se sentir libres des règles de la société. Là où ne pas porter de vêtements n'est pas une provocation, mais une façon de vivre : respecter soi-même, les autres et la nature. Bienvenue à Euronat, le plus grand centre naturiste d'Europe, près de l'océan Atlantique en France. Ici, on ne porte pas de vêtements pour cacher ou montrer les différences sociales, et on ne juge pas les corps.

    Cependant, depuis quelques années, une nouvelle situation perturbe cette harmonie : des touristes « textiles », c'est-à-dire des vacanciers qui préfèrent rester habillés, viennent aussi. Cela pose une question importante : comment garder l'esprit d'origine d'un lieu tout en accueillant des visiteurs différents ?

    Ce problème n'est pas seulement lié au naturisme. On le retrouve dans beaucoup d'autres endroits touristiques, où des groupes de personnes avec des attentes très différentes doivent vivre ensemble, et cela peut changer l'image du lieu.

    Et si un camping naturiste nous apprenait comment bien vivre ensemble pendant les vacances ?

    Le naturisme, une philosophie en pratique

    Le naturisme, ce n'est pas seulement une question de vêtements ou de leur absence. C'est une petite révolution sociale. Dès le 19ème siècle, des penseurs, comme Heinrich Pudor en Allemagne, ou des groupes comme le Lebensreform, ont dit que ne pas porter de vêtements permettait de revenir à une vie plus naturelle et de se libérer des contraintes de la société moderne. Le naturisme donne une grande importance à la (re)connexion à la nature.

    Pour ceux qui pratiquent le naturisme depuis longtemps, c'est une expérience qui rend libre. Mais quand des touristes habillés arrivent, cette atmosphère peut changer. Pourquoi ? Parce que la façon dont on se regarde change tout.

    Quand le regard des autres influence nos vacances

    En 1990, le sociologue John Urry a parlé du « tourist gaze » (« regard touristique »). Il expliquait que les touristes ne font pas que visiter un lieu, ils l'interprètent avec leur propre regard. Plus tard, des chercheurs, comme Darya Maoz, une chercheuse israélienne en anthropologie, ont montré que ce regard était dans les deux sens : les habitants regardent les touristes, et les touristes se regardent entre eux.

    À Euronat (Gironde), cette dynamique est encore plus particulière. Les naturistes peuvent avoir l'impression d'être vus comme des choses étranges par les touristes « textiles ». De leur côté, ces derniers peuvent se sentir mal à l'aise, ne pas savoir où regarder, ou au contraire être intrigués par cette nouvelle liberté.

    Ce phénomène, appelé « intra-tourist gaze » (le regard que les touristes portent sur les autres touristes), est important. C'est comme un miroir.

    Pour les naturistes, leur corps, qui est normalement libre, devient soudainement l'objet d'une attention particulière. Pour les touristes « textiles », la nudité des autres peut créer un sentiment de confusion :

    « Est-ce que je dois me déshabiller ? Est-ce que je suis à ma place ici ? »

    Les résultats d'une étude basée sur les commentaires de clients d'Euronat montrent que des tensions peuvent apparaître. D'un côté, certains naturistes pensent que la présence de « textiles » change l'esprit du lieu :

    « En tant que couple naturiste, nous venons à Euronat pour passer nos vacances nus, mais comme la plupart des visiteurs sont habillés, on a l'impression d'être dans un zoo, et on nous regarde comme si c'était nous qui étions bizarres. »
    – R96, septembre 2019.

    De l'autre côté, des vacanciers « textiles » se sentent exclus ou jugés :

    « L'établissement a trois piscines extérieures et deux piscines intérieures ; je pense donc qu'ils pourraient au moins prévoir un endroit pour les personnes qui ne veulent pas être nues devant des inconnus. La seule raison que je vois pour obliger les gens à être nus, c'est pour que les autres naturistes se sentent bien, mais c'est justement pour cette raison que nous ne voulions pas nous déshabiller dans la piscine. »
    – R86, juillet 2019.

    Cette tension peut nuire à l'image de la destination, qui doit trouver un équilibre entre garder son identité et accueillir de nouveaux publics.

    Euronat, un exemple qui ressemble à beaucoup d'autres endroits

    Ce qui se passe à Euronat n'est qu'un exemple des problèmes de coexistence dans le tourisme. Partout dans le monde, des destinations doivent gérer des visiteurs avec des attentes différentes.

    Un village « authentique » où beaucoup de touristes viennent juste pour une courte visite doit garder son âme tout en accueillant ces visiteurs de passage. Un hôtel de luxe, apprécié par les jeunes couples pour leur lune de miel, doit aussi accueillir des familles en vacances pendant les vacances scolaires. Il faut gérer cette diversité de visiteurs.

    Dans tous ces cas, le problème n'est pas la diversité, mais la manière de l'organiser. Sans règles claires et sans une bonne communication, les tensions augmentent. À Euronat, certains visiteurs regrettent le temps où tout le monde était nu. D'autres, au contraire, aiment cette mixité, qui permet de découvrir le naturisme plus facilement. Qui a raison ? Ni les uns ni les autres. La vérité est que la destination doit évoluer sans oublier ce qu'elle est.

    Comment faire cohabiter des mondes différents ?

    Alors, comment concilier la préservation de l'identité et l'accueil de la diversité ? Voici quelques idées inspirées par des recherches sur le tourisme ou par ce que font déjà certaines destinations.

    Créer des espaces séparés peut être une bonne solution. À Euronat, comme dans d'autres lieux naturistes, des zones où tout le monde est nu, comme les piscines ou les plages, sont réservées à ceux qui veulent vivre pleinement cette expérience. Cette organisation de l'espace permet à chacun de trouver sa place, sans imposer ses règles aux autres. C'est une méthode déjà utilisée avec succès dans d'autres destinations, comme les plages naturistes en Croatie ou en Espagne.

    Éduquer et informer est aussi très important. Beaucoup de tensions viennent de malentendus. Des ateliers pour découvrir le naturisme, des panneaux d'information ou des guides de bonnes pratiques pourraient aider à mieux comprendre cette philosophie et à faciliter la vie ensemble.

    Raconter une histoire commune est une autre idée. Chaque destination a une identité forte. Pour la garder, il faut la mettre en avant dans la publicité, les animations et les histoires des visiteurs. Organiser des événements qui célèbrent les valeurs du lieu, comme des ateliers sur le respect de l'environnement ou des discussions, peut aussi renforcer le sentiment d'appartenance.

    Tous à nu ?

    Si pour Sartre, « l'enfer, c'est les autres », pour le sociologue Jean-Didier Urbain, « le touriste, c'est toujours l'autre ». Dans un monde où voyager devient plus accessible et où les destinations accueillent des publics de plus en plus variés, il est inévitable de rencontrer des groupes avec des pratiques, des valeurs et des attentes différentes. Que l'on soit naturiste, « textile », voyageur riche ou routard, chacun regarde les autres et subit leur regard.

    Pour que les destinations gardent le contrôle de leur image et assurent des séjours de qualité, il est essentiel de comprendre ces regards mutuels et de s'assurer qu'ils sont en harmonie. C'est dans cette harmonie des points de vue que résident la durabilité des lieux et le plaisir de tous.

    Élodie Manthé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas d'argent d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

    Currently reading at B1 level (Intermédiaire)

    Mots clés · key words

    résident
    — foreign national, foreign resident
    textile (textiles)
    — textile
    harmonie
    — harmony
    arrivé
    — arrived
    panneau (panneaux)
    — sign, notice, panel
    provocation
    — provocation
    concilier
    — to reconcile
    authentique
    — genuine, authentic
    subit
    — sudden
    touristique (touristiques)
    — holiday, tourist

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    1. Quel est le sujet principal de cet article ?
    2. Dans le centre naturiste d'Euronat, qu'est-ce qui peut perturber l'harmonie ?
    3. Que peut-on comprendre de l'expression « intra-tourist gaze » ?
    4. Dans la phrase « Ce phénomène, appelé « intra-tourist gaze » (le regard que les touristes portent sur les autres touristes), est important. », que signifie le mot « phénomène » ?
    5. Quel est le but principal de l'auteur en écrivant cet article ?

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