
L’ESSENTIEL
Les experts en enquêtes sous l'eau travaillent sur des scènes de crime qui sont sous l'eau.
Les robots sous-marins télécommandés (ROV) peuvent rester sous l'eau cinq à dix fois plus longtemps qu'un plongeur. Ils permettent d'observer la scène longtemps et de prendre beaucoup de photos.
Une grande expérience a été faite pour tester le ROV Victor 300 dans des conditions réelles.
Dans les eaux sombres du lac de Saint-Cassien, dans le Var, les caméras des enquêteurs montrent des morceaux d'un avion. D'abord une aile, puis le corps de l'avion, et enfin des objets autour de l'appareil. Où se trouve l'avion exactement ? Y a-t-il des traces de feu ou d'explosion ? Des objets ont-ils été éparpillés autour de l'épave à cause du choc violent ? Faut-il envoyer des plongeurs tout de suite ?
La scène semble réelle. Elle utilise les mêmes méthodes qu'une enquête de police. Il faut localiser, observer, protéger et documenter. Mais ce n'est pas une affaire en cours. Ce n'est pas non plus un dossier déjà jugé. C'est un scénario pour une expérience.
Notre travail a commencé en septembre 2022. Un ancien avion Cessna 152, qui devait être détruit, a été volontairement plongé dans l'eau. La Gendarmerie nationale a fait cette opération pour former et entraîner ses plongeurs. En juillet 2026, cette opération nous a permis d'évaluer l'aide d'un drone sous-marin télécommandé pour les enquêtes sous l'eau.
Victor 300, un prototype de drone sous-marin pour les enquêtes sous l'eau
Il existe deux grandes sortes de drones sous-marins. Il y a les véhicules autonomes, appelés AUV (Autonomous Underwater Vehicles). Et il y a les engins télécommandés, appelés ROV (Remotely Operated Vehicles). Ces derniers sont reliés à la surface par un câble. Ils reçoivent les ordres de pilotage. En même temps, ils envoient les informations qu'ils collectent en direct.
Le nôtre fait partie de la deuxième catégorie. Il s'appelle Victor 300. Ce nom est un hommage au Victor 6000 de l'Ifremer. Le Victor 6000 peut descendre jusqu'à 6 000 mètres de profondeur. Notre Victor 300 pèse 15 kilogrammes. Il ne peut pas rivaliser avec les cinq tonnes de son célèbre modèle. Il a la taille d'une valise de cabine. Il n'est pas fait pour explorer les grandes profondeurs. Mais il peut descendre jusqu'à 300 mètres. C'est suffisant pour la plupart des enquêtes.
Il a une caméra haute définition. Il a aussi un système de vision en 3D pour faire des images en trois dimensions. Il a un sonar qui envoie plusieurs faisceaux. Il a ses batteries et un éclairage adapté à la visibilité sous l'eau.
Victor 300 a été créé avec des logiciels et des technologies libres. Ils viennent de l'entreprise américaine Blue Robotics. Au début, il était conçu pour des usages variés. Mais il a été beaucoup modifié. Par exemple, la position des moteurs a été changée. C'est très important dans un lac où l'eau est trouble. Les mouvements du ROV peuvent soulever la boue. Cela peut rendre la visibilité très mauvaise.
Le pilotage à distance, une nouvelle compétence pour l'enquêteur
En France, la Gendarmerie nationale forme des techniciens en enquêtes sous l'eau depuis 1962. Ils apprennent à chercher et à protéger les preuves. Ils apprennent à faire des constats. Ils prélèvent des preuves sous l'eau. Ils s'assurent que la chaîne de conservation des preuves est respectée.
Le Centre national d’instruction nautique de la Gendarmerie nationale (CNING) est à Antibes. Il est très important pour leur formation. Il travaille avec l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN). Ensemble, ils créent des méthodes d'enquête adaptées aux milieux aquatiques.
Dans ce cadre, piloter un ROV n'est pas une spécialité à part. Ce n'est pas non plus un service fait par quelqu'un d'autre. C'est une compétence supplémentaire pour l'enquêteur sous-marin. La personne qui le pilote ne fait pas que manœuvrer un engin. Elle analyse une scène. Elle prépare une stratégie de recherche. Elle examine les points importants. Et elle prépare l'intervention des plongeurs si c'est nécessaire.
Ce que l'expérience de Saint-Cassien a montré
L'expérience à Saint-Cassien a permis de résoudre un problème très concret. Comment explorer une scène sous l'eau sans la modifier ? Autour de l'avion, Victor 300 devait avancer lentement. Il devait garder une bonne distance. Il devait éclairer la zone sans rendre l'image trop claire. Et il devait éviter de soulever la boue. Ses propulseurs pouvaient troubler l'eau. Son câble pouvait s'accrocher au fond ou à une partie de l'avion. Le moindre contact involontaire risquait de déplacer une preuve avant qu'elle ne soit repérée.
Cette nécessité de prudence demande une méthode très stricte. Avant de prendre quoi que ce soit, chaque objet doit être localisé et décrit avec précision. À quelle profondeur se trouve-t-il ? Est-il posé, coincé ou un peu enfoui ? Dans quelle direction est-il ? Est-il près d'un autre élément ? Dans le cas de l'avion, un morceau de structure, un câble, un sac ou un objet en métal n'ont pas la même signification selon leur position par rapport au corps de l'avion.
L'utilisation du ROV augmente et améliore les capacités d'exploration. Il peut rester sous l'eau cinq à dix fois plus longtemps qu'un plongeur. Cela dépend de la profondeur. Cela permet d'observer la scène longtemps. On peut prendre beaucoup de photos. On peut vérifier les points importants sans mettre les plongeurs en danger inutilement. Les plongeurs peuvent ainsi utiliser leur temps d'intervention, qui est limité, pour les opérations qui nécessitent leur présence. Par exemple, faire des constats de près, prélever des échantillons et faire des manipulations délicates. Le ROV permet d'observer avant de toucher. Il aide à protéger les preuves. Il permet de mieux préparer l'intervention humaine. Et finalement, il fait gagner un temps précieux pour l'enquête.
Observer, enregistrer, prouver
Quand on regarde une vidéo sous-marine depuis la surface, on peut penser que l'invisible devient enfin facile à contrôler. Mais dans une enquête de police, voir ne suffit pas. L'eau trouble change la perception des distances. Les projecteurs créent des reflets. Les petites particules cachent les formes. Même une bonne caméra peut être peu efficace dans une eau chargée.
La photogrammétrie sous-marine permet de reconstruire une scène ou un objet en trois dimensions. Pour cela, on prend des photos sous différents angles. Elle peut ainsi montrer la position des éléments autour d'une épave ou d'un véhicule sous l'eau. Il faut cependant bien contrôler l'éclairage, la distance et la qualité des images.
Cette technique est déjà utilisée par les plongeurs-enquêteurs. Elle est aussi intégrée au Victor 300. Cependant, pour une qualité d'image égale, le plongeur reste plus efficace. Il voit directement l'environnement. Il est mobile. Il peut ajuster tout de suite son cadrage et son éclairage. Cela lui permet d'obtenir des images plus précises. Le pilote à distance, lui, est limité par le champ de vision des caméras. Il est aussi limité par la tension du câble et les mouvements des propulseurs. Ces mouvements peuvent soulever les sédiments. Mais s'il n'y a pas de plongeur humain, par exemple quand les conditions sont trop dangereuses, les images du drone sous-marin sont très utiles. Si elles sont bien expliquées et documentées, elles donnent des informations d'observation et d'analyse essentielles pour l'enquête.
Le sonar multifaisceaux permet de dépasser certaines limites de la vidéo. Il utilise des ondes sonores au lieu de la lumière. Il est donc très efficace dans une eau très trouble. Il peut même fonctionner sans aucune visibilité. Il permet de repérer des formes. Il mesure des distances. Il montre le relief du fond. Il cartographie l'environnement proche de l'épave. Il ne remplace pas l'image optique. Mais il la complète. Il révèle des structures ou des anomalies que la caméra ne voit pas. Il guide le pilote du ROV vers les zones qui ont besoin d'une observation plus détaillée.
Un outil au service de la méthode
L'expérience de Saint-Cassien l'a rappelé. La technologie est utile seulement si elle respecte la scène. Sous l'eau, tout est plus lent, plus fragile, plus incertain. Le ROV ne décide pas ce qui est une preuve. Il donne à l'enquêteur une vision supplémentaire. Il offre plus de temps pour observer. Il renforce la capacité de documentation.
C'est à cette condition que les drones sous-marins pourront vraiment améliorer les enquêtes sous l'eau. Ils ne sont pas des machines autonomes. Ce sont des outils au service d'une expertise humaine. Ils aident une méthode d'enquête et une chaîne de preuves.
Cet article a été écrit avec le capitaine Julien Fabrini et l'adjudant Pierre Vadam du CNING. Il fait partie du projet de recherche "DIVER". Ce projet vise à concevoir et développer un ROV (Remotely Operated Vehicle) pour aider les enquêteurs judiciaires sous-marins lors des plongées profondes. Ce projet est soutenu par l'Agence de l'innovation de défense (AID). Les auteurs remercient le lieutenant-colonel Philippe Baron, commandant du CNING. Ils remercient aussi le colonel Alexis Bourges, commandant du Centre de recherche de la Gendarmerie nationale (CRGN). Enfin, ils remercient le colonel David Bièvre, ancien directeur-adjoint du CRGN et directeur du programme de recherche interdisciplinaire PRISMES, pour leur relecture attentive.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts et ne reçoivent pas d'argent d'une organisation qui pourrait profiter de cet article. Ils n'ont déclaré aucune autre relation que leur organisme de recherche.