À l’université, l’intelligence artificielle générative est devenue courante pour les étudiants. Elle s’est imposée beaucoup plus vite que les programmes d’études et les méthodes d’évaluation. On s’inquiète beaucoup de la fraude. Les administrations sont lentes à réagir et les professeurs manquent de formation. C’est pourquoi on se demande si le diplôme a encore un sens.
Nous sommes docteurs dans des domaines différents. L’une est docteur en sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal. L’autre est doctorante en linguistique et didactique des langues à l’Université Laval. Nous avons commencé notre doctorat quand les premiers outils d’intelligence artificielle générative (IAG) sont apparus dans nos centres de recherche. Six ans plus tard, l’IAG est un outil utilisé tous les jours par la plupart des étudiants universitaires. Les chiffres le montrent bien.
Selon un rapport de KPMG Canada, 59 % des étudiants canadiens utilisent maintenant des outils d’IAG pour leurs travaux scolaires. De plus, 67 % disent que cela a affecté leur capacité à retenir les informations et à réfléchir de manière critique. Au Québec, un sondage récent a été réalisé dans 11 établissements de la région de Montréal. Il montre que près de 73 % des étudiants de ces universités utilisent l’IAG. Les enseignants pensent souvent que les étudiants utilisent moins ces outils qu’en réalité.
Nous voulons discuter de deux points importants. Premièrement, comment les programmes d’études doivent changer. Deuxièmement, comment former les enseignants à utiliser ces nouveaux outils.
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Le diplôme face à l’IA
Dans leur livre « Ne faites plus d’études : apprendre autrement à l’ère de l’IA », Laurent Alexandre et Olivier Babeau expliquent bien un problème. Laurent Alexandre est chirurgien et spécialiste français de l’IA. Olivier Babeau est professeur français en gestion. Ils disent que les universités « forment pour un monde déjà disparu ». Cela montre que les institutions sont en retard.
Le titre de leur livre est volontairement choquant. Il suggère qu’il faut abandonner le modèle universitaire traditionnel. Il propose plutôt un enseignement personnalisé grâce à l’IA. Mais cette idée repose sur une base peu solide. Elle suppose que les étudiants peuvent apprendre seuls et avoir un bon jugement critique pour utiliser l’IA. En réalité, ces deux qualités ne s’obtiennent pas facilement. Elles s’apprennent et tout le monde ne les développe pas au même niveau. C’est là que l’université a un rôle important à jouer.
Nos universités offrent un accompagnement et des interactions humaines. Ces éléments permettent de transformer l’IA. Elle passe d’un simple outil technique à un moyen de développer des compétences. En pensant que l’apprentissage peut se faire seul et sans l’aide des institutions, les auteurs oublient cette fonction. Une petite partie des étudiants peut réussir ainsi. Mais la majorité risque d’être désavantagée.
En réalité, l’IA ne remplace pas le jugement critique, la capacité à comprendre le contexte et l’expertise des enseignants. Au contraire, il faut une meilleure maîtrise de ces éléments pour utiliser l’IA correctement. Sandrine Decamps et Axelle Zanichelli, toutes deux docteurs et maîtres en sciences de l’éducation en Belgique, le confirment. L’université n’est pas dépassée. Elle est l’endroit le mieux adapté pour développer le sens critique. Le sens critique est une bonne protection contre la diminution de l’effort intellectuel et la perte d’autonomie face aux intelligences artificielles qui peuvent converser.
Le Québec face à l’IA : une bonne idée ralentie par la bureaucratie
Le Québec a montré une volonté d’agir dès mai 2023. Le gouvernement a publié des recommandations du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) et de la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST). Ces recommandations visaient une utilisation intelligente de l’IA. Mais même si la direction a été donnée tôt, il a été difficile de passer à l’action.
Il a fallu attendre août 2025. C’est presque trois ans après l’arrivée de ChatGPT. Le ministère de l’Enseignement supérieur a publié ses premiers documents de référence et des conseils pour une bonne utilisation. Peu d’universités québécoises avaient vraiment pris des mesures pour encadrer l’IA avant l’hiver 2024.
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Au Canada, des universités comme l’Université de British Columbia et l’Université de Waterloo ont aussi créé des guides pour les enseignants. Cependant, comme au Québec, ces initiatives semblent plus axées sur le contrôle de l’utilisation actuelle de l’IA. Elles ne visent pas vraiment à transformer les programmes d’études.
Encadrer ou transformer ?
Jusqu’à présent, les universités se sont surtout concentrées sur la lutte contre la fraude et la protection de l’intégrité académique. Mais cette approche oublie un aspect essentiel. Une partie importante des étudiants ne voit pas seulement l’IA comme un moyen de tricher. Ils l’utilisent avec prudence.
Selon Andreanne Sabourin Laflamme et Frédérick Bruneault, chercheurs en éthique de l’IA et du numérique, 70 % des étudiants qui n’utilisent pas l’IA le font pour garder leur autonomie intellectuelle. Ils veulent pouvoir faire leurs travaux eux-mêmes. Ces données montrent que le discours sur la « paresse cognitive » n’est pas toujours vrai.
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Le problème n’est pas l’IA elle-même. C’est son manque d’intégration dans l’enseignement. Hamsa Bastani, docteur en ingénierie électrique aux États-Unis, l’a prouvé par des expériences. Les étudiants qui utilisent l’IA sans règles pédagogiques obtiennent des résultats 17 % moins bons que les autres une fois que l’outil est retiré. L’IAG utilisée comme une aide, favorise la rapidité au détriment d’une compréhension profonde.
C’est exactement ce que les universités doivent apprendre à gérer. Si les enseignants ne savent pas comment intégrer ces outils, comment peuvent-ils former leurs étudiants ? C’est une question de pédagogie et de savoir, mais aussi de réglementation.
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Former les formateurs : le point faible à améliorer
Adopter des cadres de référence, comme celui proposé par l’UNESCO, serait une stratégie importante pour commencer la réforme. L’UNESCO suggère de mettre la maîtrise humaine au centre de la technologie. Ainsi, l’enseignant garde le contrôle sur les choix pédagogiques. L’apprentissage s’organise autour d’une relation dynamique entre l’enseignant, l’outil et l’élève.
En utilisant ces cadres comme guide, les universités pourront modifier leurs programmes. L’évaluation devra privilégier la synthèse et la réflexion critique. Elle ne devra plus se concentrer sur la simple restitution des connaissances.
Il est temps de choisir une direction
L’université ne peut plus attendre les directives du gouvernement. L’IA est déjà utilisée par près des trois quarts de nos étudiants. Il faut donc une vraie transformation des programmes d’études et de la formation initiale des enseignants.
Cette transformation se fait dans les comités qui créent les programmes et dans les salles de classe. C’est là que les méthodes d’évaluation de demain seront décidées. C’est un travail complexe. Il va au-delà d’une simple adaptation technologique. Il touche à la mission principale de l’université.
Les auteurs ne travaillent pas pour, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts et ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article. Ils n'ont pas d'autres affiliations que leur organisme de recherche.
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