L’ESSENTIEL
Depuis mai 2026, tous les étudiants peuvent manger pour un euro dans les restaurants universitaires.
Cette mesure répond à un besoin urgent. Mais quelles sont les solutions pour améliorer leur alimentation sur le long terme ?
Une recherche menée à Lyon avec la participation des étudiants donne des idées.
Depuis le 4 mai 2026, les étudiants peuvent manger pour un euro dans tous les restaurants universitaires en France. Cette mesure existait déjà pour les étudiants qui reçoivent une bourse. Maintenant, elle est proposée à tous les étudiants. Le but est d'améliorer leur pouvoir d'achat. En effet, la précarité étudiante augmente de plus en plus. Les dernières informations montrent que la difficulté à bien manger devient plus grave pour les étudiants en France.
Une enquête a été réalisée en 2023 par l'Observatoire national de la vie étudiante. Elle montre que seulement un peu plus de la moitié des étudiants (52 %) disent avoir assez de nourriture. 13 % disent qu'ils n'ont pas assez à manger. 22 % disent qu'ils sautent souvent des repas. Ils font cela pour économiser du temps, par manque d'organisation ou surtout pour des raisons financières. 9 % des étudiants ont reçu une aide alimentaire.
L'université peut aider les étudiants à mieux manger. Elle peut améliorer ce qui est proposé dans les restaurants universitaires. Elle peut aussi améliorer les conditions de repas pour les étudiants. Mais l'université ne peut pas résoudre tous les problèmes liés à l'alimentation des étudiants.
L'insécurité alimentaire des étudiants est un vrai problème de santé publique. Cela signifie qu'ils ont des difficultés à avoir régulièrement une nourriture suffisante. Cette nourriture doit être de bonne qualité et adaptée à leurs besoins. Les raisons sont principalement financières.
Comment améliorer l’alimentation des étudiants ?
Pour trouver des réponses, nous avons mené une recherche à Lyon. Des étudiants et des partenaires locaux ont participé à cette recherche.
Les habitudes alimentaires des étudiants sont très différentes. Pourtant, il y a un point commun. Ils savent ce qu'est une bonne nutrition et ils ont l'intention de bien manger. Mais leur comportement alimentaire ne correspond pas toujours à leurs connaissances et intentions. Notre étude avait donc pour objectif de créer des solutions durables. Ces solutions doivent aider les étudiants à choisir une alimentation saine et respectueuse de l'environnement.
Construire ensemble l'alimentation des étudiants
Nous avons utilisé une méthode de co-construction. Cela signifie que nous avons créé les solutions avec les étudiants et les acteurs concernés. Cette méthode est basée sur les principes du "design thinking".
Les premières étapes ont montré qu'il faut agir sur trois points importants pour aider les étudiants à avoir une alimentation saine et durable :
L'accessibilité financière : pouvoir acheter des aliments à un prix raisonnable.
L'accessibilité physique : trouver facilement des endroits pour acheter ces aliments.
L'accessibilité cognitive : avoir les informations et les connaissances pour faire de bons choix alimentaires.
Cette observation est confirmée par une enquête sur le terrain. Elle montre un décalage entre ce qui est réellement disponible et accessible pour manger. Les étudiants ne perçoivent pas toujours cette offre de la même manière.
Deux dispositifs testés
Après cette première observation, nous avons organisé des séances de brainstorming. Les étudiants et les partenaires du projet ont participé. Cela a permis de définir deux axes d'action.
Premièrement, nous avons mis en place un soutien financier. Le but est de réduire les difficultés économiques et de rendre les étudiants plus autonomes. Ce projet a été développé avec une association de monnaie locale, la Gonette. Chaque étudiant reçoit un budget mensuel de 50 euros. Cet argent est donné en monnaie locale. Il peut être dépensé dans le réseau alimentaire local.
Deuxièmement, nous avons organisé des actions de sensibilisation et d'accompagnement. Le but est de renforcer les connaissances des étudiants. Nous voulons aussi créer un lien direct entre eux et les producteurs. Un dispositif de sensibilisation a été créé avec une association de producteurs biologiques locaux, Agribio. Il comprend des conférences, des visites de ferme, des interventions de producteurs et des ateliers de cuisine.
Quels dispositifs fonctionnent vraiment ?
Pour tester l'effet de ces dispositifs sur les attitudes et les comportements des étudiants, nous avons mené une expérience. Elle a duré six mois.
L'expérience montre qu'un soutien financier aide à améliorer les habitudes alimentaires des étudiants sur le moyen terme. Quand ce soutien est combiné avec des actions de sensibilisation par des acteurs locaux, cela aide aussi à mieux comprendre les enjeux de santé, d'environnement et d'origine des aliments.
Au contraire, un dispositif qui propose seulement des actions de sensibilisation, sans aide financière, n'attire pas beaucoup d'étudiants. Pourtant, il s'agissait des mêmes activités : visite de ferme, atelier de cuisine, conférence sur l'agriculture biologique. Ces activités étaient plus appréciées quand elles étaient proposées avec une aide financière. Le fait qu'elles soient organisées en dehors des campus et en fin de journée a aussi pu limiter la participation. Cela montre qu'il est important d'adapter les dispositifs aux contraintes et aux conditions de vie des étudiants pour qu'ils participent.
À une période importante de leur vie, où ils développent leurs habitudes et gagnent en autonomie, beaucoup d'étudiants ne mangent pas équilibré par manque d'argent. Cela peut avoir des conséquences sur leur santé, leur bien-être et leur réussite à l'université. Face à ces problèmes, les solutions ne doivent pas se limiter à l'aide alimentaire d'urgence. Elles doivent aussi permettre d'avoir accès durablement à une alimentation de qualité. Nos résultats montrent qu'il est utile de créer des dispositifs qui combinent un accompagnement concret et des actions éducatives. Cela permet de favoriser des changements durables.
L’étude mentionnée sera publiée dans la revue Décisions Marketing, numéro 125, en janvier-mars 2027.
Stéphanie Verfay a reçu des financements de la Ville de Lyon.
Marie-Claire Wilhelm ne travaille pas pour, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas d'argent d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article. Elle n'a pas d'autre affiliation que son organisme de recherche.