L’ESSENTIEL
En Méditerranée, les opérations de secours en mer sont de moins en moins bonnes. Le nombre de personnes qui se noient augmente, même si moins de bateaux traversent la mer.
Les pays européens demandent à la Libye et à la Tunisie de s'occuper des sauvetages en mer. Cela a rendu le rôle des ONG plus important pour trouver et aider les bateaux en danger. Mais les ONG rencontrent de plus en plus d'obstacles. Cela les empêche d'intervenir rapidement.
Léon XIV est sensible au sort des migrants. Il peut changer les choses sur ce sujet. Il peut agir pendant son séjour en France. Il pourra faire encore plus quand il sera de retour au Vatican. L'Italie est le pays le plus concerné par ce problème.
Léon XIV va passer du temps en France. Son programme sera rempli de moments importants. Il aura des rendez-vous qui ont une grande valeur symbolique et politique. Est-ce qu'il parlera des migrants qui se noient en Méditerranée ?
Aujourd'hui, il est possible de s'allier avec des personnes publiques respectées. Ce n'est pas une question de religion. C'est une stratégie pour changer les politiques publiques. Car ces politiques ont des conséquences dramatiques.
Rappelons que le pape a visité les îles Canaries en juin dernier. Il a clairement parlé du drame des naufrages de migrants en mer. Il a continué ce que son prédécesseur, le Pape François, disait. Il a déclaré : « Nous ne pouvons pas nous habituer à compter les morts. » Il a dit cela après son voyage en Espagne.
Le mois suivant, il est allé à Lampedusa, en Italie. Il a ajouté : « L'Europe peut gérer cette crise de manière organisée. Elle doit inclure les premiers secours dans un plan stratégique à long terme. Ce plan doit pouvoir accueillir, protéger, aider et intégrer les migrants. L'Europe doit aussi travailler pour le développement. Ainsi, personne ne sera obligé d'émigrer. »
En France, le pape aura une rencontre importante à Metz. Il rencontrera des représentants de l'Union européenne (UE). L'UE a de nombreux problèmes pour les sauvetages en Méditerranée. La Méditerranée est devenue un grand cimetière. Depuis 2014, 35 000 personnes y ont perdu la vie en se noyant. Cela nous rappelle que nous sommes tous humains. Dans ce cimetière, les différences de religion n'ont pas d'importance.
Une situation qui empire
Cette année, moins de personnes sont arrivées en Europe. Pourtant, le nombre de morts sur les routes de la Méditerranée centrale ne cesse d'augmenter.
L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a de nouvelles données. Selon l'OIM, près de 60 000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la mer depuis le début de l'année 2026. C'est 39 % de moins que l'année dernière. L'année dernière, 98 040 personnes étaient arrivées pendant la même période. Mais au moins 2 292 personnes sont mortes ou ont disparu en essayant de traverser. L'année précédente, ce chiffre était de 1 999 pour la même période.
Les derniers chiffres montrent que les systèmes de secours continuent de se dégrader. Les équipes de SOS Méditerranée observent, documentent et analysent cette dégradation depuis dix ans. Elles le font en même temps qu'elles mènent des actions de sauvetage. Elles travaillent avec d'autres ONG.
Trois choses se combinent. Elles causent la destruction organisée et volontaire des capacités de secours.
Les États côtiers ne s'engagent plus
Le droit maritime international dit que les États côtiers doivent surveiller leurs zones. Ils doivent aussi répondre aux alertes. Ils doivent coordonner efficacement les moyens de secours. Et ils doivent débarquer rapidement les personnes secourues dans un lieu sûr.
Entre 2017 et 2025, SOS Méditerranée a constaté un changement. Au début, 70 % des alertes sur les bateaux en détresse venaient des autorités. Maintenant, seulement 4 % des alertes viennent d'elles. Le rôle des associations est devenu très important. Elles permettent de repérer tôt les situations de danger de noyade.
Les autorités ne surveillent pas assez. En plus, elles refusent d'aider. Elles coupent la communication pour organiser ou lancer les secours. Elles ne collaborent pas assez avec les navires des ONG humanitaires. Elles ne collaborent pas non plus avec la marine marchande. Pourtant, les capitaines de ces navires ont une obligation légale. S'il y a un risque de naufrage, ils doivent porter secours. Ils doivent le faire sous la direction des autorités maritimes de la zone.
La Libye et la Tunisie prennent en charge les responsabilités
L'Italie a officiellement donné ses responsabilités à la Libye en février 2017. Entre 2016 et 2025, 192 000 personnes ont été arrêtées pendant leur traversée. Elles ont été renvoyées en Libye. Ces retours forcés sont contraires à un principe important. Ce principe s'appelle le non-refoulement. Il dit qu'on ne doit pas renvoyer des personnes dans un pays où leur vie est en danger. Or, la Libye est connue pour mettre la vie des personnes en danger.
En 2016, 7 % des personnes étaient renvoyées en Libye contre leur volonté. En 2025, ce chiffre est passé à 25 %. Ces chiffres viennent de trois sources de l'OIM. La première est la Displacement Tracking Matrix. Elle recueille des données sur les arrivées. La deuxième est l'OIM en Libye. Elle recueille des données sur les personnes arrêtées. La troisième est le Projet Migrants Disparus. Il compte les personnes qui ont perdu la vie.
On voit donc que de plus en plus de personnes sont renvoyées contre leur volonté. Elles sont renvoyées vers un pays qui n'est pas sûr. Les migrants y subissent des violences et de l'exploitation. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés dénonce cette situation.****
De plus, l'agence Frontex a été prise en faute plusieurs fois. Quand il y avait des personnes en danger en mer, Frontex a donné les informations aux gardes-côtes libyens. Elle n'a pas donné les informations aux ONG. Pourtant, les ONG avaient des moyens d'intervention près des personnes en danger.
La Tunisie a aussi créé une zone maritime de recherche et de sauvetage (SAR) en juin 2024. Mais il faut savoir que dans ce pays, les migrants d'Afrique subsaharienne sont souvent victimes de violences. Des universitaires et des militants des droits de l'homme tunisiens s'en indignent. Des groupes d'ONG européennes aussi.
La Tunisie a enregistré 5077 retours volontaires de migrants sans papiers. C'est le chiffre depuis le début de l'année 2026. Ces chiffres ont été donnés par le ministère des Affaires étrangères. C'était après une rencontre entre le ministre Mohamed Ali Nafti et la directrice générale de l'OIM, Amy Pope. La rencontre a eu lieu le 22 septembre à New York.
La création de zones SAR est liée à des intérêts financiers. Ces deux pays reçoivent beaucoup d'argent de l'UE. L'Union européenne veut aussi mieux contrôler les mouvements de migrants.
Les obstacles et la criminalisation des ONG humanitaires de sauvetage
Plusieurs méthodes sont utilisées pour limiter l'action des ONG humanitaires. Elles ne peuvent pas intervenir efficacement près de l'Union européenne.
D'abord, les agences humanitaires européennes ne peuvent absolument pas obtenir d'argent public. L'accès aux fonds publics est presque bloqué. En plus, il y a des campagnes de diffamation. Elles accusent les humanitaires d'être complices des passeurs. Elles les accusent aussi de contribuer au « grand remplacement ». Mais des publications dans des revues scientifiques sérieuses ont prouvé que ces accusations sont fausses.
Ensuite, les autorités italiennes envoient toujours les navires vers des ports de débarquement très éloignés. Ces ports sont loin des zones où les naufragés sont secourus. C'est un obstacle majeur. Cela fait perdre du temps et coûte beaucoup d'argent inutilement. En 2025, cette méthode a causé 87 jours de navigation inutile pour l'Ocean Viking. C'est le navire de sauvetage de SOS Méditerranée. Cela a coûté 600 000 euros de carburant en plus.
Cette stratégie d'épuisement financier a poussé Médecins sans frontières à arrêter les activités du Geo Barents. Le Geo Barents est un navire. Comme l'Ocean Viking, il peut accueillir plusieurs centaines de personnes secourues, même en hiver.
Ce temps perdu loin des zones de naufrage a une conséquence. Il rend beaucoup plus difficile de repérer tôt les situations dangereuses. Or, les ONG jouent maintenant un rôle essentiel dans ce repérage.
Enfin, il y a des actions violentes et volontaires des gardes-côtes libyens. C'est la forme la plus extrême des obstacles. Par exemple, l'Ocean Viking a subi une attaque très violente le 24 août 2025.
Tous ces mécanismes forment une stratégie claire. Elle vise à limiter ou à supprimer la présence de témoins et d'acteurs indépendants en Méditerranée.
Le pape peut peser
Il y a une action concrète qui pourrait aider tout de suite les personnes qui se noient en Méditerranée. Le Pape pourrait y contribuer grâce à son autorité morale. Il pourrait le faire à son retour au Vatican. Il s'agit de mettre fin au harcèlement du gouvernement italien envers les ONG de sauvetage. Ce harcèlement consiste à désigner toujours des lieux de débarquement très éloignés. Ces lieux sont à des centaines de kilomètres des zones où il y a le plus de disparitions en mer.
Les personnes secourues pourraient alors être déposées le plus vite possible dans le sud de l'Italie. Cela permettrait aux navires humanitaires d'économiser beaucoup de carburant. C'est très important en ce moment, car les prix augmentent beaucoup. Cette décision permettrait aussi de mieux repérer tôt les bateaux en détresse. Ainsi, on pourrait intervenir plus tôt et réduire le nombre de morts.
Parfois, les politiques publiques sont clairement mauvaises ou dangereuses. Dans ce cas, tous les acteurs sociaux peuvent se mobiliser ensemble. Ils peuvent utiliser les forces de chacun. Il faut le faire sans fausse modestie ni vouloir convertir les gens. Et il faut que ces acteurs soient respectables.
Cette analyse est aussi disponible sur le site Reforme.net
Pierre Micheletti est le président de l'ONG SOS Méditerranée.
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