Le projet Elmhurst doit commencer à Montréal à l’automne 2026. Il comprendra environ 50 logements temporaires pour des femmes sans abri. Cependant, comme c’est souvent le cas pour ces projets, l’aide financière est liée au logement, pas à la personne qui y vit. Il reste donc à savoir comment les femmes seront soutenues pour trouver leur prochaine adresse.
Le projet Elmhurst a été annoncé le 15 juillet 2026. Il prévoit la construction d’environ 50 unités préfabriquées dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal. Ces logements sont destinés aux femmes qui sont sans abri ou qui risquent de le devenir.
Le projet est développé par Communia, en collaboration avec l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM). La construction doit commencer en septembre 2026. Le projet utilise des modules préfabriqués pour construire plus rapidement et maîtriser les coûts. L’objectif est aussi de pouvoir utiliser ce modèle ailleurs. Il s’agira de logements de transition. Il y aura des unités individuelles et des espaces communs. La Mission Old Brewery assurera l’accompagnement des résidentes.
Les femmes qui pourront vivre dans ce projet recevront une aide pour payer leur loyer. Elles ne devront payer que 25 % de leur revenu. La Société d’habitation du Québec (SHQ) paiera 90 % de cette aide. La Ville de Montréal paiera les 10 % restants. Pour une femme qui vit avec des allocations, un petit emploi ou un revenu instable, cette aide est essentielle. Elle permet de payer un loyer ou non.
L’aide suit-elle la femme ou le logement ?
Mes recherches doctorales portent sur la vie des femmes après avoir été sans abri. Je m’intéresse moins au moment où elles trouvent un logement qu’à ce qui leur permet d’y rester.
À lire aussi : L’itinérance des femmes commence souvent avant la rue
Elmhurst est un lieu de transition. La question n’est donc pas seulement combien les femmes y paieront. Il faut aussi penser à ce qu’elles paieront une fois qu’elles auront trouvé un autre logement. Quitter la rue est une première étape. Mais il faut aussi s’assurer de ne pas y retourner.
La Ville de Montréal explique que les femmes pourront rester dans ces logements pour une durée variable. Cela dépendra de leurs besoins. Il n’y aura pas de durée fixe imposée au départ. Cette flexibilité évite de devoir partir à un moment précis. Cependant, cela ne crée pas le logement permanent et abordable qui sera nécessaire ensuite.
La Mission Old Brewery aidera les résidentes à trouver un logement permanent. Cependant, ni la description du projet ni le communiqué de presse ne précisent ce qu’il adviendra de l’aide au loyer quand une résidente quittera le logement. Un modèle d’entente montre que l’aide au loyer est liée au logement, et non aux personnes qui l’occupent. Il faut encore confirmer comment cela fonctionnera pour le projet Elmhurst.
Si cette règle s’applique, le logement restera abordable pour la prochaine personne qui y vivra. Mais on ne sait pas comment la femme qui partira pourra payer son nouveau logement. Recevra-t-elle une autre aide ? Trouvera-t-elle une place en HLM (Habitation à loyer modique) ? Ou un logement communautaire ? Ou une autre solution durable ?
C’est ce point qui doit être clarifié. Sans une aide pour passer à l’étape suivante, la transition n’est qu’un court répit.
Les avantages d’une approche à long terme
Une étude réalisée aux États-Unis a montré l’importance de la durée de cette aide et du type d’accompagnement. Au début des années 2010, une recherche nommée Family Options Study a été menée. Elle a été commandée par le département américain du Logement et du Développement urbain (HUD). L’Université Vanderbilt a aussi participé à cette recherche. Une équipe de spécialistes en politiques publiques, en économie et en psychologie communautaire a été formée. Ils ont recruté 2 282 familles qui étaient dans des refuges dans 12 villes. Ces familles ont été divisées au hasard en quatre groupes. Un groupe recevait une subvention à long terme. Un autre groupe recevait une aide courte pour se reloger. Un troisième groupe recevait un logement temporaire avec des services intensifs. Le dernier groupe recevait les services habituels offerts en refuge.
À lire aussi : Face aux violations de droits en itinérance : soutenir la participation démocratique des personnes marginalisées
Après 37 mois de suivi, 16 % des familles ayant reçu une subvention à long terme ont déclaré avoir été sans abri ou avoir dû vivre chez des proches dans les six mois précédents. Dans le groupe qui recevait les services habituels, ce pourcentage était de 34 %. Les familles du premier groupe ont aussi signalé moins de problèmes de nourriture, moins de stress psychologique et moins de violence conjugale.
Ces familles américaines avaient des enfants. Elles ne sont donc pas exactement comme les futures résidentes d’Elmhurst. Cependant, 91,8 % des adultes dans cette étude étaient des femmes. L’étude montre clairement que l’aide à long terme donne les meilleurs résultats parmi les différentes interventions étudiées.
Au Canada, une équipe de chercheurs de l’Université McGill, de l’Université Western et du Centre de recherche Douglas a publié en 2024 une analyse sur ce qu’il advient des femmes après un séjour en refuge. Ils ont examiné 20 études quantitatives ou mixtes. La plupart venaient des États-Unis (16), trois du Canada et une des Pays-Bas. Selon cinq de ces études, entre 23 % et 46 % des femmes avaient encore une situation de logement instable dans l’année suivant leur sortie du refuge.
Les conclusions sont similaires d’une étude à l’autre. Le logement subventionné et l’aide financière sont des facteurs positifs. Les loyers élevés, les baux de courte durée, les limites de temps et les listes d’attente sont des obstacles. Les chercheurs suggèrent de se concentrer sur la stabilité du logement plutôt que sur la gestion des situations d’urgence.
Ces résultats ne signifient pas que l’accompagnement n’est pas important. Ils rappellent qu’il ne remplace pas un loyer abordable. Le logement met fin à l’absence de domicile. La subvention permet de le payer. L’accompagnement aide à le conserver.
Suivre les résidentes après leur départ
Le projet Elmhurst est présenté comme une expérience pilote qui peut être répétée. Son évaluation ne devrait donc pas se limiter au coût de construction, au temps de construction ou au taux d’occupation. Le nombre de personnes qui quittent le logement n’est pas suffisant non plus. Un départ rapide n’est pas une réussite si la personne se retrouve dans un logement trop cher. De même, un long séjour n’est pas forcément un échec si aucune autre solution plus stable n’est disponible.
Des milliers de personnes sont déjà abonnées à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux actuels.
Il faudra suivre les résidentes six mois, un an et deux ans après leur départ. Vivent-elles toujours dans un logement stable ? À quel prix ? Combien retournent dans un refuge ou vivent à nouveau chez des proches de manière précaire ? L’aide financière et l’accompagnement continuent-ils après le déménagement ?
Construire rapidement une cinquantaine de logements répond à un besoin urgent. Le chantier montrera si la préfabrication permet d’ouvrir des portes plus vite. Les mois et les années qui suivront le départ des résidentes diront si ces portes mènent vers une stabilité durable.
Mélanie Fournier travaille comme agente de recherche à La rue des Femmes. C'est un organisme de Montréal qui aide les femmes sans abri. La rue des Femmes ne participe pas au projet Elmhurst et n’a pas contribué à la rédaction de cet article.
>