Selon l'endroit où ils habitent, les jeunes peuvent se rendre à leur école en quelques minutes à pied, ou alors passer une dizaine d'heures par semaine dans les transports. Penser ces déplacements n'est pas seulement une question de logistique et d'écologie, mais aussi d'équité.
Chaque jour, en France, près de 13 millions d'élèves font un trajet plus ou moins long entre chez eux et leur établissement scolaire. Que ce trajet dure quelques minutes à pied ou plus d'une heure en bus, ce temps qui n'est pas toujours visible façonne leurs journées, affecte leur sommeil et a une influence sur leur réussite à l'école.
Ce déplacement quotidien, longtemps ignoré, fait maintenant l'objet d'une nouvelle attention. En septembre 2025, l'Agence de la transition écologique (Ademe) a publié la première grande étude nationale sur la mobilité des enfants et adolescents, qui inclut les trajets pour aller à l'école. Le transport scolaire est maintenant considéré comme un enjeu important pour la santé publique, l'équité et l'environnement.
Les cars scolaires et les inégalités entre les régions
Le transport scolaire a une longue histoire. Il existe depuis les années 1960, lorsque les premiers services organisés par les départements ont été mis en place pour desservir les collèges et les lycées qui étaient éloignés. En 1963, il y avait environ 4 000 trajets en car scolaire ; dix ans plus tard, ce nombre était déjà supérieur à 23 000, ce qui dépassait largement la simple augmentation de la population. Ce développement visait à garantir un accès égal à l'éducation dans les zones rurales.
Aujourd'hui, ce sont les Régions qui ont la responsabilité de ce transport depuis la réforme de 2017. Elles organisent le transport de plus de 2 millions d'élèves dans les zones qui ne sont pas des villes. Il faut ajouter à cela environ 2 millions d'élèves qui sont transportés par les réseaux de transport dans les villes (bus, tramway, métro).
Au total, presque un jeune sur trois scolarisé utilise un moyen de transport en commun chaque jour pour aller à l'école. La pénurie actuelle de conducteurs de bus scolaires met en danger l'égalité d'accès à l'école, surtout dans les zones rurales qui dépendent de ce type de transport. Cela montre une rupture territoriale qui s'accentue. En effet, certains élèves bénéficient de transports réguliers, tandis que pour d'autres, les trajets deviennent plus longs ou sont même impossibles.
Quels sont les moyens de transport pour aller à l'école ?
L'étude de l'Ademe de 2025 confirme que la voiture est très utilisée pour les trajets entre le domicile et l'école. Un tiers des enfants l'utilisent chaque jour, et ce pourcentage monte à 54 % dans les DROM (Départements et régions d'outre-mer).
Ces chiffres sont similaires à ceux d'une étude de 2020. La marche représente 25 % des déplacements, suivie par les transports en commun dans les villes (19 %), le car scolaire (18 %) et le vélo (2 %). Si la marche reste le moyen le plus utilisé pour les courtes distances, son utilisation diminue avec l'âge des élèves.
Cependant, ces moyennes nationales ne montrent pas les évolutions importantes qui se passent localement. Dans certaines villes, l'utilisation du vélo augmente de façon notable, grâce à la création de pistes cyclables sécurisées. De plus, de nombreuses initiatives apparaissent pour encourager les déplacements à pied ou à vélo entre le domicile et l'école. Le pédibus, qui consiste en des trajets à pied encadrés par des parents d'élèves, des bénévoles ou les municipalités, fait l'objet de plusieurs études. Il demande une organisation et des règles claires, mais il pourrait apporter de très bons résultats pour la santé des élèves.
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De son côté, le vélobus, qui est un groupe d'enfants à vélo accompagnés par des adultes, connaît un vrai succès. Il en va de même pour l'hippobus, une sorte de calèche tirée par des chevaux qui a été testée dans certaines communes. Ces projets montrent une volonté grandissante des autorités locales et aussi des parents de repenser la manière d'aller à l'école.
La répartition géographique des trajets scolaires montre de grandes différences. Dans certains départements ruraux, un collégien peut passer jusqu'à deux heures par jour dans les transports, alors qu'un élève qui habite en centre-ville n'en passe que quelques minutes.
À ces inégalités entre les territoires s'ajoutent des inégalités sociales. Le prix des abonnements de transport peut représenter une charge importante pour les familles modestes, même avec les aides des régions ou des départements. Certaines municipalités offrent la gratuité, tandis que d'autres appliquent des tarifs qui varient selon les revenus, ce qui crée un sentiment d'injustice.
L'étude de l'Ademe révèle aussi un recul de l'autonomie. L'âge auquel les jeunes font leur premier déplacement seuls est aujourd'hui de 11,6 ans, alors qu'il était de 10,6 ans pour leurs parents. Les inquiétudes des parents concernant la sécurité expliquent en partie cette diminution, avec une différence notable selon le genre. Les filles sont considérées comme plus vulnérables : 40 % des parents pensent qu'elles risquent davantage d'être agressées, ce qui retarde leur autonomie.
L'importance du temps de trajet
Bien que le transport scolaire assure l'accès à l'éducation, il pèse aussi sur la vie de tous les jours. Dans certaines régions, ce temps peut représenter jusqu'à dix heures par semaine passées dans un bus, ce qui réduit le temps disponible pour faire les devoirs, se divertir ou se reposer.
Un élève qui passe plus d'une heure par jour dans les transports dort en moyenne une demi-heure de moins que ses camarades qui habitent près de l'école. Une enquête réalisée auprès de lycéens a montré ce lien. Le transport scolaire n'est donc pas sans conséquence : il influence directement la réussite scolaire et le bien-être.
Une étude sur des adolescents montre que les longs trajets affectent non seulement le sommeil, mais aussi les capacités à apprendre, l'équilibre émotionnel et les notes scolaires.
Les « rues scolaires » : des lieux pour innover
Inspirées par ce qui se fait en Grande-Bretagne et en Belgique, les « rues scolaires » se développent en France depuis 2019. Le principe est simple : fermer temporairement la rue devant une école à la circulation des voitures pendant les heures d'entrée et de sortie des élèves. Les avantages observés sont nombreux : une diminution mesurable de la pollution de l'air, une réduction du bruit, une amélioration du sentiment de sécurité et une augmentation des déplacements actifs (à pied ou à vélo).
À Paris, plus de 300 rues apaisées ont été créées pour la rentrée 2025, ce qui couvre près de la moitié des écoles primaires. Ce mouvement s'étend maintenant aux grandes villes, mais aussi aux villes de taille moyenne et aux villages. Ils y voient un moyen concret de sécuriser et de transformer les trajets domicile-école, mais aussi de diminuer la pollution de l'air. Ces aménagements aident également à renforcer l'autonomie des enfants, en leur permettant de se déplacer seuls ou entre amis dans un environnement plus calme et moins stressant.
Les rues scolaires permettent d'expérimenter de nouvelles manières d'organiser l'espace public, tout en encourageant une utilisation collective de la rue par les enfants et les familles. Elles ne sont pas seulement un aménagement technique, mais elles représentent aussi une réflexion sur le plan social et politique concernant la place que l'on veut donner aux enfants dans la ville.
Transformer le trajet scolaire en moment d'apprentissage
Ces expériences nous invitent à voir le transport scolaire différemment : ce n'est pas du temps perdu, mais un espace où l'on peut apprendre. Marcher ou faire du vélo pour aller à l'école contribue à la santé physique et à l'autonomie. L'aménagement d'espaces sûrs transforme le chemin de l'école en un moment de partage entre parents, adultes et enfants. Dans certaines écoles, cela est intégré dans des projets éducatifs sur la mobilité durable ou dans des apprentissages sur l'environnement local.
Le transport scolaire est donc bien plus qu'un simple moyen technique : il organise la vie quotidienne de millions d'élèves, il met en évidence les inégalités entre les régions et il a une influence directe sur la réussite scolaire. Ce temps, longtemps ignoré, mérite d'être reconnu et repensé. Car l'expérience de l'éducation ne se limite pas aux salles de classe ; elle commence dès le trajet et continue dans la vie de tous les jours des enfants.
Sylvain Wagnon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.