
L'Insee a récemment donné les chiffres du chômage, indiquant que 7,9 % de la population active est considérée comme « chômeur ». Vous avez sûrement déjà vu ou entendu ce type d'information. Mais savez-vous vraiment ce que cela veut dire ? En effet, derrière les chiffres et les phrases qui marquent, le chômage est un sujet compliqué. Pour mieux le comprendre, je vais expliquer ce que c'est et casser 4 idées fausses courantes.
Les statistiques utilisent le plus souvent la définition du chômage du Bureau International du Travail (BIT). Une personne est considérée au chômage si elle a au moins 15 ans et remplit 3 conditions :
Elle n'a pas travaillé pendant une semaine spécifique ;
Elle est disponible pour travailler dans les 2 semaines qui suivent ;
Elle a cherché activement un emploi durant les 4 dernières semaines, ou bien elle a trouvé un emploi qui commence dans moins de 3 mois.
Cette définition permet de comparer les pays avec une statistique qui est la même partout. Par exemple, en France (sans compter Mayotte), il y a environ 2 500 000 personnes au chômage.
Cependant, si l'une de ces conditions n'est pas remplie, la personne n'est pas comptée comme au chômage. Par exemple, une personne qui a travaillé quelques heures par semaine pour garder des enfants et qui ne sait pas si elle sera rappelée la semaine suivante, n'est techniquement pas au chômage, même si elle se sent sans emploi et est perçue comme telle.
Au lieu de se baser sur cette définition stricte, France Travail compte les personnes inscrites à l'organisme : les demandeurs et demandeuses d'emploi. Au quatrième trimestre 2025, en France hors Mayotte, 7 556 600 personnes étaient inscrites à France Travail. Il y a une différence avec le nombre de personnes au chômage, car les demandeurs d'emploi ne sont pas forcément sans emploi (et inversement). En effet, 2 404 900 demandeurs d'emploi ont déjà un travail, mais cherchent quand même un autre poste.
Les personnes inscrites à France Travail ne sont donc pas toutes sans emploi. Certaines ont déjà un travail et sont inscrites pour trouver un meilleur poste ou pour compléter leurs revenus grâce aux allocations chômage.
1 personne sur 3 inscrite à France Travail a déjà un emploi
Première conséquence : 1 personne sur 3 inscrite à France Travail a déjà un emploi. Ces emplois sont souvent des contrats à temps partiel qui ne sont pas choisis. 3 personnes sur 4 en CDD ou en intérim ne voulaient pas de ces contrats ; 1 personne sur 2 en CDI à temps partiel aimerait travailler plus d'heures.
Pourquoi ont-elles accepté ces emplois ? Une raison pourrait être qu'il n'y a pas assez d'emplois pour tout le monde, car seulement 441 300 emplois sont considérés comme « vacants » (un poste est créé, ou va bientôt se libérer et un recrutement est en cours). Il y a donc 1 emploi vacant pour 5 à 6 personnes au chômage ; et 1 emploi vacant pour 13 demandeurs d'emploi qui cherchent un travail.
Il ne suffit pas de regarder les chiffres. Il faut aussi considérer si les personnes ont les compétences pour ces emplois, si elles habitent près de ces postes, ou si elles souhaitent vraiment ces emplois. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'emplois, mais qu'il n'y en a pas pour tout le monde.
1 058 € net par mois d’indemnisation moyenne
Le chômage ne dépend pas seulement des personnes sans emploi, mais aussi de la société et de la situation économique. C'est un risque social normal, tellement normal qu'au moins 1 personne sur 2 a connu le chômage avant ses 50 ans. En France, les gens doivent se protéger contre ce risque en souscrivant une assurance chômage obligatoire. Cette assurance est prélevée sur leur salaire et leur apporte une sécurité financière et psychologique.
Pour recevoir une allocation, une personne doit :
Avoir travaillé pendant au moins 6 mois au cours des 24 derniers mois ;
Avoir perdu son emploi sans l'avoir voulu, par exemple être licenciée ou en fin de contrat ;
Chercher activement un emploi.
Seulement 4 personnes inscrites à France Travail sur 10 reçoivent une allocation chômage. Le montant moyen est de 1 058 € net par mois. C'est peu, comparé au salaire minimum, qui est de 1 443 € net par mois (auquel peut s'ajouter une prime d'activité, pour une personne seule, de 150 € à 200 € par mois). En moyenne, 6 allocataires sur 100 reçoivent plus de 2 000 € net par mois, alors que 60 Français sur 100 gagnent plus de 2 000 € net par mois.
Par conséquent, l'Insee estime que 1 personne au chômage sur 3 vit dans la pauvreté monétaire. Cela signifie que l'assurance chômage aide beaucoup à payer les dépenses nécessaires (loyer, nourriture, école...). Mais, elle n'est pas très généreuse en termes de couverture et de montant. Si l'on compare avec d'autres pays d'Europe, l'indemnisation française est même un peu moins élevée que la moyenne.
9 demandeurs d’emploi sur 10 cherchent un emploi
Même s'il n'y a pas assez d'emplois pour tout le monde, la grande majorité des personnes sans emploi cherchent activement du travail. En 2016, Pôle emploi a vérifié au hasard la recherche d'emploi de 45 870 demandeurs et demandeuses d'emploi. Sur 100 personnes contrôlées, 88 cherchaient activement un emploi et 12 ont été radiées.
France Travail a refait cette étude en 2023, en réalisant 136 084 contrôles aléatoires, et a trouvé des résultats similaires. La conclusion est que, même s'il n'y a pas d'emploi pour tout le monde, les personnes inscrites à France Travail cherchent très majoritairement un emploi.
Cela signifie qu'une personne sur 10 ne cherche pas vraiment un emploi, alors qu'elle devrait le faire. Ce qui m'amène à vous parler de la fraude aux allocations chômage.
390 000 à 690 000 personnes ne demandent pas leurs allocations chômage
Début 2026, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a dit que les personnes au chômage frauderaient et a déclaré vouloir suspendre les allocations chômage en cas de « suspicion sérieuse de fraude. »
Il a annoncé que le montant des fraudes détectées était de 146 millions d'euros en 2025. En comparaison, en 2024 (les chiffres de 2025 ne sont pas encore disponibles), l'Unédic a dépensé 36 617 657 070 € (36 milliards d'euros) en indemnisations. Cela signifie que la fraude représente 0,40 % du total des allocations.
À l'inverse, environ 1 personne sur 3 qui a droit à l'assurance-chômage ne l'a pas demandée. Cela représente entre 390 000 et 690 000 personnes qui ont cotisé, mais ne demandent pas leurs allocations. Il est difficile de savoir combien cela représente en argent, mais c'est sûr que cela représente un montant bien plus élevé que les fraudes.
Pourquoi casser ces idées reçues
La France aura des élections importantes en 2026 et 2027. Il est donc important de casser les idées fausses sur le chômage, pour un débat démocratique plus clair.
Les politiques pour l'emploi menées récemment ont réduit le chômage, mais elles ont aussi créé du sous-emploi (temps partiel non choisi, horaires décalés, apprentissage, micro-entrepreneurs), qui ne permet pas de sortir de la pauvreté.
Entre 2014 et 2025, le taux d'emploi a augmenté et le taux de pauvreté monétaire aussi. Par conséquent, le problème du chômage ne vient pas des chômeurs, mais de la création d'emplois de qualité, accessibles et à temps plein, qui donnent des droits et des protections sociales.
Il faut donc passer de l'objectif du « plein emploi » à l'objectif du « bon emploi », car « travailler rapporte plus que l'aide sociale » mais « travailler ne garantit pas de sortir de la pauvreté. » Aborder ces sujets ne résout pas les désaccords politiques, mais permet de les formuler en se basant sur la réalité.
Charly Marie a reçu des financements de l'ANRT pour sa thèse de doctorat, réalisée en contrat CIFRE avec Pôle emploi / France Travail. Charly Marie a travaillé quatre ans pour Pôle emploi / France Travail, ne travaille plus pour France Travail, et intervient régulièrement pour des organisations qui accompagnent les personnes au chômage.