
Le risque lié au climat augmente rapidement. Les assureurs doivent donc aider davantage les entreprises. La question n'est plus seulement de savoir combien cela va coûter, mais aussi comment empêcher que certaines activités ne deviennent tout simplement impossibles à assurer. Regardons de plus près les petites et moyennes entreprises, qui sont très importantes pour l'économie française.
L'assurance, qui servait autrefois à compenser les pertes, est aujourd'hui en difficulté. Les événements qui causent des dégâts sont plus fréquents et plus coûteux. Par exemple, pour les tempêtes Nils et Pedro en février 2026, ainsi que pour les inondations dans l'ouest et le sud-ouest de la France, France Assureurs et la Caisse centrale de réassurance estiment que les dégâts coûtent 1,2 milliard d'euros.
Le changement climatique n'est plus seulement un problème pour l'environnement. Les risques financiers causés par le climat ont maintenant un impact concret sur l'économie en France, en Europe et dans le monde. Ainsi, 80 % des entreprises ont vu leurs activités perturbées, ont dû fermer temporairement (70 %) et ont vu leurs coûts d'assurance augmenter de plus de 150 %.
Si les compagnies d'assurance ne veulent plus couvrir certaines zones ou certains secteurs, les entreprises devront payer plus cher. Cela pourrait rendre les entreprises plus fragiles et moins stables financièrement.
Un monde qui se réchauffe de 4 °C serait inassurable
En 2015, Henri de Castries, qui dirigeait AXA à l'époque, avait prévenu : « Un monde où la température augmente de 2 °C pourrait être assurable, mais un monde où elle augmente de 4 °C ne le serait certainement pas. » Selon les prévisions de France Assureurs pour 2026, le fait que certaines choses ne soient plus assurables est la principale préoccupation à long terme, tout comme le risque climatique et les questions liées à l'intelligence artificielle.
En effet, les événements climatiques extrêmes se produisent plus souvent et sont plus violents. Ils deviennent une nouvelle normalité. Dans certaines régions, ces événements obligent déjà les assureurs à se retirer. La Californie en a donné un exemple avec les incendies qui ont dévasté l'État : près de 100 000 Californiens ont perdu leur assurance entre 2019 et 2024.
En France, la Direction générale des entreprises (DGE) estime que « deux millions d'entreprises pourraient être fortement touchées par une augmentation du risque de tempête ». Elle souligne que les tempêtes et les inondations affectent directement les biens, tandis que les fortes chaleurs réduisent la productivité du travail.
Pour les entreprises, il y a des risques physiques, qui sont des événements soudains et extrêmes, et des risques chroniques, qui sont des changements qui se produisent sur une longue période. Ces risques finissent par affecter les finances des entreprises, c'est-à-dire leurs biens, leurs chaînes d'approvisionnement, leurs conditions de travail et, finalement, leur capacité à produire.
Seulement 12 % des entreprises ont un plan pour s'adapter
Selon l'Insee, en 2021, la France comptait 159 000 petites et moyennes entreprises (PME) qui ne sont pas dans l'agriculture ou la finance (sans compter les microentreprises). Ces entreprises employaient 4,3 millions de personnes. En Europe, il y a 23 millions de PME, ce qui représente environ deux tiers des emplois.
Il devient nécessaire de gérer les risques climatiques de manière préventive, même si cela n'est pas encore très courant, sauf dans certains secteurs très exposés comme l'agriculture. Dans ce secteur, le coût de l'adaptation est élevé (plus de dix milliards d'euros d'investissements d'ici à 2050), mais il est moins cher que le coût de l'inaction.
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Selon une enquête de Bpifrance réalisée en 2024, « 68 % des dirigeants ne pensent pas que s'adapter au changement climatique soit très important ». Seulement 12 % ont un plan d'adaptation et 57 % pensent que leur entreprise est peu exposée aux risques climatiques aujourd'hui.
Trop peu d'entreprises ont de vrais plans pour faire face aux imprévus, alors que la capacité à y faire face devrait devenir un « élément clé pour prendre des décisions stratégiques ». Cela vient de la nature même du risque : tant que l'impact financier n'est pas ressenti concrètement – sur les biens, l'activité ou la trésorerie – il est difficile pour un dirigeant d'en comprendre l'importance et de prendre des mesures d'adaptation.
Les PME sont en première ligne
Les PME ont rarement les mêmes possibilités que les grandes entreprises : elles ont moins d'argent pour faire face à un choc, moins d'équipes pour gérer les risques et moins de poids pour négocier les conditions de couverture. Leur exposition est souvent très directe, avec des dégâts sur leurs bâtiments et leurs machines, des arrêts de production, des problèmes logistiques et des effets sur les fournisseurs ou les clients.
Elles peuvent se retrouver mal assurées, voire pas du tout, contre certains événements comme les inondations, les glissements de terrain, les submersions ou les canicules. En 2025, 74 % des très petites entreprises (TPE) et des PME ont une assurance qui n'est pas adaptée, ce qui concerne environ 3,3 millions d'entreprises.
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Comme beaucoup de PME ne sont pas directement obligées de publier des informations sur leur durabilité, comme le fait la Directive sur la publication d'informations en matière de durabilité (CSRD), le risque est de repousser le problème. Pourtant, mesurer quelques informations importantes – l'exposition, les vulnérabilités, les plans d'action – aide à gérer l'adaptation et à discuter avec les partenaires financiers, les assureurs et les grands clients.
Assurance paramétrique
L'étude de Bpifrance rappelle que les dirigeants de PME et d'entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont besoin d'aide. Dans ce contexte, les acteurs externes (banques, assureurs, grands clients) attendent davantage, ce qui ouvre la voie à de nouveaux outils de conformité et à des changements stratégiques.
Pour un assureur, le risque est un événement qui cause des dommages, dont la survenue est incertaine, et qui devra être indemnisé. La Caisse centrale de réassurance (CCR) estime que « l'augmentation des sinistres due au climat serait comprise entre 27 % et 62 % en moyenne d'ici à 2050 ». Certaines zones, plus exposées, ont déjà du mal à accéder à l'assurance.
Parmi les solutions possibles, l'assurance paramétrique – qui permet un paiement basé sur des conditions météorologiques spécifiques – est un moyen intéressant de résister aux changements climatiques.
Le nouveau rôle des assureurs
C'est là que l'assurance peut jouer un rôle important. En plus de payer les dégâts, elle peut aider à réduire les dommages en amont et à faire en sorte que le tissu économique reste assurable. Trois pistes, déjà utilisées sur certains marchés, méritent d'être examinées :
Encourager la résilience : ajuster les primes et les franchises, offrir des réductions ou de meilleures conditions lorsque des mesures de prévention sont mises en place ;
Partager les données et l'expertise : fournir des cartes, des retours d'expérience et des indicateurs pour aider les PME à comprendre leur exposition et à agir ;
Proposer des services de prévention : diagnostics, conseils pratiques et accompagnement vers des solutions adaptées, y compris l'assurance paramétrique.
Pour que toutes les solutions d'assurance soient efficaces face aux risques climatiques, il faut que les entreprises et le public soient plus conscients de ces enjeux.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas d'actions, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait profiter de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.