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Coupe du monde 2026 : chaleur, altitude, pollution, décalage horaire… la victoire ne dépendra pas seulement du niveau de jeu

La Coupe du monde de football ne se gagnera pas seulement par le talent. Chaleur extrême, altitude, pollution, décalage horaire… les équipes qui maîtriseront ces défis pourraient bien faire la différence.

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La Coupe du monde de football masculin 2026 ne se jouera pas seulement sur le terrain, mais aussi en fonction de la capacité des équipes à prévoir et à gérer les problèmes liés à l'environnement. Il sera important d'utiliser des méthodes basées sur des études scientifiques pour protéger la santé des joueurs et améliorer leurs performances.


La Coupe du monde de football masculin 2026, organisée ensemble par les États-Unis, le Mexique et le Canada, est une édition spéciale pour plusieurs raisons.

Jamais une Coupe du monde n'avait réuni autant de facteurs de stress environnementaux. En effet, 16 villes hôtes s'étendent sur environ 4 300 km d'est en ouest et 4 000 km du nord au sud. Parmi elles, 14 devraient avoir des températures moyennes entre 19,1 °C et 32,7 °C, et les matchs se dérouleront en altitude à Guadalajara (1 566 mètres) et à Mexico (2 240 mètres).

Les nombreux déplacements et l'arrivée de beaucoup de spectateurs lors de grands événements augmentent aussi le risque de propagation de maladies. De plus, il y a l'impact des différents polluants et allergènes entre les pays d'origine des joueurs et les villes où se déroulent les matchs.

Face à ces défis, un groupe de chercheurs a récemment publié dans Sports Medicine une analyse des problèmes environnementaux attendus ainsi que des conseils pour les équipes.

Voici les points importants à retenir.

La chaleur : le plus grand danger

La situation. En regardant les données des années précédentes, on constate qu'à la période de la future coupe du monde, 14 des 16 villes hôtes dépassent la température au thermomètre-globe mouillé (ou température WBGT) de 28 °C en juin et juillet. Parmi elles, 6 atteignent un WBGT entre 30 et 35 °C. Un quart des villes dépassent le seuil de la FIFA de 32 °C (WBGT) et 25 % dépassent la limite pour l'arrêt des activités en extérieur proposée par l'ACSM pour les personnes habituées à la chaleur (ce pourcentage monte à 44 % pour les personnes qui n'y sont pas habituées).

Les conséquences. Les températures WBGT élevées font augmenter la température du corps des joueurs. Des études ont montré que, dans ces conditions, elle peut dépasser 40 °C pendant le jeu ! Cette augmentation réduit les capacités physiques et mentales des joueurs et augmente le risque de coups de chaleur.

Lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, les matchs joués avec une température humide (WBGT) supérieure à 28 °C ont montré une baisse de l'intensité du jeu. La distance parcourue à haute intensité et le nombre de sprints ont diminué, et les tactiques ont changé : les joueurs ont choisi des passes plus sûres et un rythme plus lent, consciemment ou non. Cela a entraîné moins de duels et de pressing, et une augmentation de 25 % du temps de possession du ballon.

L'effort physique par forte chaleur augmente le stress du corps, les pertes d'eau et de sels minéraux, ainsi que l'utilisation des sucres. Cela expose les joueurs, qu'ils soient habitués à la chaleur ou non, à une transpiration excessive. La déshydratation devient alors un risque majeur, affectant le cœur, la régulation de la température corporelle, les capacités physiques et la pensée.

Les mesures prévues. La FIFA prévoit des pauses de trois minutes pour boire et se rafraîchir vers les 22e et 67e minutes de jeu, si la température WBGT est supérieure à 32 °C. Le report ou l'annulation du match sont laissés à la décision de l'organisateur local. Quelle que soit la température, cette pause de refroidissement sera appliquée à tous les matchs de cette Coupe du monde 2026.

De plus, pour mieux supporter la chaleur et réduire son impact sur les performances, des stratégies d'adaptation basées sur des études scientifiques sont recommandées pour les joueurs. La meilleure stratégie d'adaptation à la chaleur consiste idéalement en un programme long de 10 à 15 jours d'exposition à la chaleur avec de l'exercice, visant une température corporelle centrale supérieure ou égale à 38,5 °C, une température de peau supérieure ou égale à 35 °C et une transpiration importante (conditions nécessaires pour que le corps s'adapte à la transpiration et au système cardiovasculaire).

Cependant, le calendrier de la Coupe du monde 2026, très proche de la fin des saisons européennes, rend ce programme difficile à mettre en place. Des stratégies à court terme (environ cinq jours) peuvent néanmoins réduire la température corporelle et le rythme cardiaque, et maintenir les performances par temps chaud, comme cela a été observé chez des joueurs semi-professionnels.

Arriver plus tôt sur le lieu du tournoi peut aider à une adaptation naturelle. Une autre solution est l'adaptation passive (sauna, bains chauds, chambre thermique), qui est efficace lorsqu'elle est réalisée au moins trente minutes après l'entraînement, pendant six jours de suite.

Enfin, les stratégies d'hydratation doivent commencer dès l'arrivée au camp de base et se poursuivre tout au long du tournoi. Il faut commencer à boire plusieurs heures avant le match et consommer des boissons enrichies en sucres et en sels minéraux pour compenser les pertes et l'utilisation accrue des ressources par le corps.

L'altitude : un avantage ou un inconvénient ?

La situation. La Coupe du monde de football 2026 comprendra neuf matchs joués en altitude modérée au Mexique, à Guadalajara (1 566 mètres ; pression partielle d'oxygène dans l'air ≈ 133 mmHg) et à Mexico (2 240 mètres ; ≈ 121 mmHg) : 4 matchs dans le groupe A, 2 dans le groupe K, 1 dans le groupe H, 1 en huitièmes de finale et 1 en quarts de finale.

Les conséquences. Les échanges d'oxygène dans les poumons dépendent principalement de la pression partielle d'oxygène. Or, celle-ci diminue avec l'altitude, ce qui réduit la capacité aérobie (endurance) et retarde la récupération. Par conséquent, les mouvements sont modifiés.

Ainsi, lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, les matchs joués à plus de 1 200 mètres d'altitude ont entraîné une réduction de 3 à 9 % de la distance totale parcourue et jusqu'à 21 % des courses à haute vitesse, surtout chez les milieux de terrain. Cela est dû à une fatigue neuromusculaire accrue, à un ajustement du rythme et à des tactiques moins efficaces.

À l'inverse, la moindre densité de l'air peut favoriser les sprints et modifier la trajectoire du ballon : des analyses historiques de la FIFA montrent qu'une différence d'altitude de 1 000 mètres donne à l'équipe locale un avantage d'environ un demi-but. De plus, les équipes qui ont joué entre 950 et 1 700 mètres lors de la Coupe du monde 2010 ont doublé leurs chances de victoire par rapport aux équipes venant du niveau de la mer, lors de matchs joués entre 1 170 et 1 390 mètres.

Les équipes habituées à l'altitude ont également marqué plus en seconde mi-temps dans les stades les plus élevés.

Dans ce contexte, il est essentiel de mettre en place des programmes d'entraînement adaptés à chaque joueur et des stratégies spécifiques aux postes pour réduire les difficultés physiologiques et tactiques liées à l'altitude et maintenir les performances lors des matchs concernés.

Les mesures prévues. L'entraînement en altitude améliore la capacité du corps à répondre à l'effort. Dans ces conditions, le corps produit plus de globules rouges (hémoglobine). L'augmentation de la quantité d'hémoglobine et de la consommation maximale d'oxygène (VO₂ max) améliore le transport de l'oxygène et la capacité aérobie.

Des cycles d'entraînement courts et intenses de sprints répétés en chambre hypoxique (dans ces pièces, aussi appelées chambres d'altitude, le taux d'oxygène dans l'air est artificiellement maintenu à un niveau aussi bas qu'en haute altitude) peuvent aussi entraîner des changements physiologiques et neuromusculaires positifs, améliorant la condition physique et la performance au niveau de la mer.

Les méthodes traditionnelles d'entraînement en altitude incluent les approches dites « vivre en altitude, s'entraîner en altitude » (Live High–Train High, LHTH) et « vivre en altitude, s'entraîner en basse altitude » (Live High–Train Low, LHTL). La méthode LHTH consiste à vivre et s'entraîner en altitude, généralement entre 1 600 et 2 500 mètres, pendant deux à quatre semaines. Cependant, pour les équipes participant à la Coupe du monde, sa mise en œuvre est limitée par le manque de temps mentionné précédemment.

À l'inverse, la méthode LHTL est plus flexible et est considérée comme la meilleure stratégie pour se préparer à l'altitude. Les études scientifiques montrent que 10 à 14 jours de LHTL permettent d'augmenter la masse d'hémoglobine de 3 à 4 %, même chez des joueurs ayant déjà des taux élevés, avec des améliorations notables des performances spécifiques au football.

Une troisième méthode, appelée « vivre en basse altitude – s'entraîner en altitude » (Live Low–Train High, LLTH) est une stratégie d'entraînement en altitude pratique, économique et particulièrement adaptée aux contraintes de préparation des joueurs pour la Coupe du monde 2026, par rapport aux approches LHTH ou LHTL.

Enfin, la méthode « vivre en altitude et s'entraîner en basse altitude et en altitude » (Live High–Train Low and High, LHTL + H) combine les avantages pour l'endurance de la LHTL avec les adaptations pour les efforts courts et intenses et le système nerveux induites par la LLTH. Cette approche, qui gagne en popularité, est une stratégie efficace de préparation avant un tournoi, mais le manque de temps pour la Coupe du monde 2026 rend probablement son application difficile.

Il est important de noter que tous ces bénéfices peuvent être renforcés par le développement d'une plus grande résistance psychologique acquise dans des environnements difficiles, préparant mieux les joueurs aux contraintes des compétitions internationales jouées en basse altitude ou près du niveau de la mer.

Pollution et allergènes : des dangers cachés

La situation. Les 16 villes hôtes de la Coupe du monde 2026 exposeront les équipes à une grande variété de polluants dans l'air et d'allergènes saisonniers (pollens). De plus, on sait que les grands événements comme la Coupe du monde augmentent les impacts sur l'environnement, y compris sur la qualité de l'air mesurée et ressentie.

Comme la Coupe du monde 2026 se déroulera en été, des concentrations élevées d'ozone (O₃) sont attendues. Cela est dû aux réactions chimiques entre les oxydes d'azote, les composés organiques volatils (provenant surtout du trafic routier et des industries), et les effets du soleil.

Les particules fines, en particulier celles de diamètre inférieur à 2,5 μm (PM2,5), pourraient également rester le polluant principal dans certaines villes. L'ouest des États-Unis et du Canada, notamment Los Angeles, San Francisco, Seattle et Vancouver, ont connu ces dernières années des incendies de forêt sans précédent, entraînant une forte dégradation de la qualité de l'air observée et prévue. Le niveau de risque y est particulièrement élevé.

En cas d'incendies importants, toutes les villes hôtes de la Coupe du monde 2026 pourraient être touchées, car environ 54 % de la fumée présente aux États-Unis provient des régions de l'ouest du pays.

Les conséquences. Des analyses systématiques d'études scientifiques et des méta-analyses récentes confirment que l'ozone a un effet important sur les problèmes respiratoires (principalement la toux ou la difficulté à respirer profondément), la fonction pulmonaire et les performances physiques, y compris celles spécifiques au football.

Bien que la qualité des études dans ce domaine soit variable, certaines données issues du football de haut niveau montrent clairement que la dégradation de la qualité de l'air peut affecter les performances, et que ces effets ne peuvent pas être totalement compensés par le haut niveau de compétence des joueurs d'élite. De plus, ces effets surviennent même lorsque la qualité de l'air est modérément dégradée (indice AQI entre 51 et 100).


À lire aussi : Comment la pollution de l'air affecte la pratique sportive


Une augmentation des concentrations de particules PM10 et d'ozone a été liée à une baisse des performances lors de tests physiques (temps sur sprint de 30 mètres, capacité à changer de direction) et techniques (avec des outils d'évaluation spécifiques au football). Par ailleurs, une augmentation du dioxyde d'azote (NO₂) est associée à une altération des performances cognitives, notamment des fonctions exécutives des joueurs (c'est-à-dire les fonctions qui influencent leur vitesse, leur temps de réaction, ou le nombre d'erreurs qu'ils commettent).

D'autres études menées lors de matchs, dans des environnements très pollués, ont montré une réduction de la distance totale parcourue, une diminution du nombre de courses à haute intensité, des sprints plus lents, une baisse de la vitesse et de la précision lors des tâches techniques, y compris un nombre de passes par match plus faible, quel que soit le polluant.

Les joueurs venant de régions peu polluées sont souvent plus sensibles que ceux habitués à ces environnements, ce qui peut désavantager les équipes visiteuses lors d'un tournoi international comme la Coupe du monde 2026.

Les mesures prévues. Il n'existe pas vraiment de stratégie d'adaptation pour lutter contre les effets de la pollution. S'entraîner ou jouer lorsque la qualité de l'air se dégrade n'est jamais sans risque, même pour les sportifs de haut niveau.

Dans ce contexte, les recommandations de santé publique déjà discutées restent très importantes : surveiller la qualité de l'air en temps réel, tenir compte des niveaux de pollens et éviter, lorsque c'est possible, les moments et les lieux les plus pollués pour l'entraînement. Ces stratégies ne sont pas toujours applicables lors d'une compétition majeure, mais elles peuvent aider à prendre certaines décisions logistiques, comme ajuster les horaires d'entraînement ou prévoir l'arrivée sur le site.

Chez les joueurs allergiques, un suivi personnalisé est essentiel. Identifier les allergènes responsables et mettre en place des stratégies adaptées permet de limiter les symptômes et d'éviter que la pollution, la chaleur et les allergies ne s'accumulent. Dans un environnement où ces problèmes peuvent s'additionner, l'anticipation et l'adaptation restent les meilleurs moyens de protéger la santé des joueurs et de maintenir leurs performances.

En fin de compte, les vainqueurs de la Coupe du monde de football masculin 2026 pourraient bien être ceux qui auront le mieux préparé ces aspects secondaires, transformant les difficultés en opportunités. Une préparation sérieuse et personnalisée, combinée à une gestion proactive des risques, fera peut-être la différence entre une équipe qui survit et une équipe qui gagne !

Valérie Bougault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas d'actions, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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