
Même si beaucoup de spectateurs viennent voir les matchs et que de nombreuses personnes regardent à la télévision, tous les clubs de football féminin ne gagnent pas assez d'argent. Pourquoi est-ce comme ça ? Et surtout, qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer la situation ?
Le 5 avril 2026, Pierre-Henri Deballon, qui possède le club Dijon Football Côte-d’Or, explique qu'à cause de la « baisse des droits TV sur lesquels le football professionnel féminin comptait pour se développer, [sa] section féminine perd 1,5 million d’euros pour la saison 2025/2026 ».
Comme le dit l'économiste du sport Wladimir Andreff en 2023, on voit bien en France que le modèle économique du football féminin ne fonctionne pas pour tous les clubs, surtout parce qu'il y a peu de revenus venant des transferts de joueuses. Seulement quinze équipes en Europe voient leurs revenus augmenter de 35 %. Seule la section féminine du PSG est dans ce groupe, avec 4,6 millions d’euros pour la saison 2024/2025.
Pourtant, la Fédération française de football a compté 733 672 spectateurs pendant la première partie de la saison 2025/2026 de la Première Ligue féminine. C'est une augmentation de plus de 79 % par rapport à la saison précédente.
Pourquoi cette situation ? Qu'est-ce qui va arriver aux clubs de football féminin en France ? Qui va pouvoir continuer ?
Ce problème existe depuis longtemps dans le football ; c'est quelque chose que j'étudie depuis 1996.
Le championnat féminin existe depuis 1974
Environ un tiers des joueuses de football dans le monde jouent aux États-Unis. En Europe, il y a presque 1,5 million de joueuses licenciées ; 250 000 d'entre elles jouent en France. Le championnat de France féminin a été créé en 1974. À cette époque, seize équipes jouaient dans quatre groupes régionaux. Le format a changé quatre fois pour arriver au système actuel avec 12 équipes qui jouent dans l'Arkema Première Ligue féminine.
Au début des années 2000, presque tous les clubs étaient amateurs. Aujourd'hui, la plupart des sections féminines appartiennent à des clubs de football masculin professionnels. C'est le cas pour 21 des 24 clubs des deux premières divisions. Ces clubs sont souvent situés dans de grandes villes. Contrairement au football masculin, pour lequel la Direction nationale du contrôle de gestion publie un rapport chaque année, il y a peu d'informations disponibles sur le football féminin.
Selon les chercheurs Luc Arrondel et Richard Duhautois, les problèmes financiers viennent de plusieurs raisons : des raisons historiques (le football féminin a été mis à l'écart), des raisons sociales et politiques (les femmes ont mis plus de temps à avoir les mêmes droits), des raisons économiques (peu de revenus et de droits TV) et des raisons structurelles (la professionnalisation est arrivée tard et les carrières sont souvent instables).
Peu d'argent rentre dans les caisses
Sauf pour les clubs qui ont des propriétaires riches ou qui jouent souvent dans les compétitions européennes, comme l'OL Lyonnes de Michele Kang, les revenus ne sont pas suffisants.
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Pendant longtemps, les sections féminines des clubs masculins professionnels ont pu recevoir de l'argent grâce aux droits TV des équipes masculines. Mais ces droits ont beaucoup diminué : ils valaient plus de 1 000 millions d'euros pour la période 2020/2021, et moins de 500 millions d'euros pour la période 2024/2029. Cela réduit beaucoup la possibilité de recevoir cet argent.
Les revenus d'un club de football féminin dépendent de la vente de droits : droits TV, droits pour montrer les matchs, droits d'entrée et droits de nommage. Pour les saisons 2023-2024 à 2028-2029, le montant total des droits TV pour l'équipe de France féminine et la D1 Arkema est estimé à 5,3 millions d’euros par saison. C'est presque 100 fois moins que pour le football masculin.
En 2019, la Coupe du monde masculine a distribué 400 millions de dollars (344,68 millions d’euros) de primes, alors que la compétition féminine n'en a reçu que 30 millions (25,8 millions d’euros) selon la FIFA.
Près de 2,9 millions d’euros de dépenses pour 1,4 million d’euros de recettes
Cependant, certaines dépenses sont obligatoires. La plus grosse dépense est la rémunération des joueuses. Elle a augmenté depuis la création de la Ligue de football féminin professionnel en 2004. Les meilleures joueuses peuvent gagner jusqu'à 750 00 euros brut par mois. Les frais de déplacement, l'organisation des matchs et le fonctionnement des centres de formation s'ajoutent à ces dépenses.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la plupart des clubs féminins aient des problèmes financiers. Pour la section féminine du Dijon Football Côte-d’Or, le budget est d'un peu moins de trois millions d'euros. Cet argent ne vient pas seulement des revenus de l'équipe féminine. Les dépenses sont d'environ 2,9 millions d'euros, alors que les recettes sont de 1,4 million d'euros.
Presque aucune joueuse n'est transférée à l'international avec paiement d'indemnités. Cela réduit certaines dépenses (comme l'amortissement des joueuses, les frais de mutation et les commissions des agents), mais cela empêche aussi les sections féminines de faire du *trading* de joueuses, ce qui pourrait aider à réduire les déficits.
Trois types de clubs
En regardant la situation actuelle des clubs qui jouent en Arkema Première Ligue et en deuxième division du championnat de France féminin, on peut distinguer trois catégories :
Les clubs qui, grâce à leur histoire ou à leur situation actuelle, peuvent être optimistes pour l'avenir : OL Lyonnes, Paris Saint-Germain, Olympique de Marseille ;
Les clubs qui ont un fort soutien du public : RC Lens, AS Saint-Étienne, FC Nantes. Pendant la première partie de la saison 2024/2025, Nantes a eu la meilleure moyenne de spectateurs (5 776 personnes) sur cette période, devant l'OL Lyonnes (5 001) et le RC Lens (4 277).
Les clubs qui, en principe, peuvent compter sur l'argent de leur riche propriétaire (fonds d'investissement ou personnes fortunées) : Paris FC, RC Strasbourg, Montpellier HSC.
À l'avenir, ces clubs devraient former le groupe principal de la ligue 1 féminine. Selon leurs résultats, d'autres clubs pourraient les rejoindre : FC Fleury 91, Dijon FCO, Le Havre FC, Toulouse FC, Lille OSC, OGC Nice.
Il est important de réfléchir à l'avenir du football professionnel féminin en Europe. Une idée pourrait être de créer une ligue fermée ou semi-fermée qui regrouperait les équipes ayant assez d'argent pour y participer. En même temps, il faudrait continuer à organiser des championnats nationaux, moins coûteux, pour que les sections féminines des « petits clubs » puissent y rester.
Patrice Bouvet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.